blog dominique autie

 

Vendredi 4 janvier 2008

07: 55

Courts manuels portatifs de survie
en milieux hostiles – 33

 

 

De l'entourage,
cadratin_blog
de l'au-delà.

 

crematorium_pere_lachaise

 

 

J'ai pris quelques journées de recul avant de revenir à ce bref article paru en ligne le jeudi 27 décembre (2007) à 19 h 02 sur le site du Nouvel Observateur :

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L'écrivain Julien Gracq a été incinéré, jeudi 27 décembre, au crématorium de Montreuil-Juigné (Maine-et-Loire), près d'Angers. Ses obsèques étaient simplement civiles, selon l'avis publié dans la presse locale. En effet, ses proches ont indiqué que l'auteur du Rivage des Syrtes ne se préoccupait pas de l'au-delà.

Les temps sont tels que nul ne fronce plus le sourcil à la lecture de lignes comme celles-ci. J'ai toujours trouvé glaciale la prose de l'auteur et mon imaginaire semble retors aux dispositifs inventés par le sien pour construire ses fictions. Je n'ai donc pas la moindre compétence à évaluer la dimension métaphysique de l'œuvre de M. Gracq.

En revanche, disposant moi aussi d'un entourage et convaincu que m'attend, à terme, la même déconvenue que celle qui a surpris M. Poirier le 22 décembre, je suis effrayé qu'il ressortisse désormais aux prérogatives dudit entourage d'indiquer la nature, l'intensité, la direction ou – ici – l'absence des réflexions qu'une question comme la survie de l'âme suscitait chez quelqu'un qui n'est plus vivant pour en répondre lui-même. Et, cela va de soi, écœuré jusqu'à la nausée qu'il se trouve encore et toujours un journaliste pour colporter avec componction l'inqualifiable ragot.

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*
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[Je lisais Jean Bottéro le jour même où j'appris, presque incidemment, que Jean Bottéro était mort depuis un demi-mois – soit une semaine exactement avant M. Poirier. Je suppose que le silence assourdissant autour de l'auteur de Naissance de Dieu – La Bible et l’historien tient précisément à l'absence de glose, de la part de l'entourage, devant des titres qui disent de quoi il a pu en retourner quant aux préoccupations de celui qui a écrit de tels livres.]

 

 

En ouverture : Jean Camille Formige, Crématorium du Père-Lachaise, élévation principale, 1886, Musée d'Orsay.

 

 

 

 

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Commentaires:

Commentaire de: Marc Briand [Visiteur] · http://catherine.briand.club.fr/index.html
Vous m'apprenez la mort de Jean Bottéro et je partage votre indignation. Quant à Julien Gracq, c'était surtout un lecteur sympathique mais certainement pas un romancier.
Permalien Vendredi 4 janvier 2008 @ 09:50
Commentaire de: iPidiblue, décor funèbre [Visiteur]
Vous préféreriez des obsèques nationales dévolue à tout écrivain dans le besoin ?
Permalien Vendredi 4 janvier 2008 @ 16:19
Commentaire de: iPidiblue pour qui sont ces serpents qui sifflent sur votre front ? [Visiteur]
On rajoutera le s à "dévolue" pour faire plus littéraire !
Permalien Vendredi 4 janvier 2008 @ 16:20
Commentaire de: Pierre Guinot [Visiteur]
J'ai appris par Finkelkraut, que j'écoutais avec une attention variable sur France-Inter, en voiture - moi qui ne regarde jamais la télévision - que dans une émission de grande audience on avait joué au jeu du mort le moins important de l'année. C'est Mgr Lustiger qui l'a emporté devant Noiret, Serrault et les autres. Quoiqu'on pense de l'œuvre de Julien Gracq, je me demande si je n'aime pas cet homme pour sa tenue, pour la prémonition qui lui a enjoint de ne rien concéder au siècle. On commence par le livre de poche et le prix Goncourt, où finit-on ? J'aime aussi que cette "valeur sûre" entrée dans les sujets d'agrégation ait constamment repoussé le monde des thésards de Lettres guidés par leurs profs (non, formateurs). Les derniers mots que j'ai appris de lui datent de quelques mois et étaient la réponse à une amie : " Je suis désolé de ne plus être visitable. " Et les derniers mots publics de celui qui, non publié en livre de poche, fut le seul - si je ne m'abuse, à l'être dans la Pléiade de son vivant - sont cette galéjade (en substance : " Je n'ai plus de confrères. J'ignore non seulement l'ordinateur, mais la machine à écrire. Dans la littérature française je joue le rôle du pain poilâne et du jambon fumé chez l'habitant. " Paix à cet homme, non du XXe, mais du XIXe siècle, qui aimait chez Wagner Lohengrin mais pas la Tétralogie. On se demande si l'imprimatur délivré par Breton n'a pas trompé tout le monde. Qu'en eût-il été sans cela, finalement ?
À titre personnel, j'ai envie de relire non le Rivage des Syrtes, mais Un balcon en forêt. Gracq a accueilli les blindés allemands dans les Ardennes. Il en a fait ce très beau livre- qui le contesterait ? Accident au sens fort dans vie et œuvre. Avant (le roman formaté) et après (le géographe agréable et le lecteur sympathique dont parle Marc Briand). La tâche de cet homme a peut-être été de vivre et d'écrire cela. La simple grâce tragique d'un l'événement, corseté pour ce faire dans un espace et un temps très installés.
Le point abolit le perpétuel et instaure l'éternel.
La longévité de l'homme, dans cette perspective, figurerait presque la célébration de son œuvre.
Gracq a eu la chance élégante de mourir après "l'émission de télé" citée. Peu importe, il n'aurait pas concouru !
Je ne suis pas absolument pessimiste. À sonder les voix et les cœurs, à recueillir des confidences, on veut croire que ce sont eux les perdants, ceux qui ciblent du vide. Ça ne marche pas, comme Dominique nous le répète à propos d'édition. Non. Non, on ne joue pas au mort le moins important. Chacun a eu ses morts, chacun sait qu'il va mourir. Laissant sa bière ou sa pizza, qui a passé l'adolescence ne rit pas devant l'abjection. D'accord, il ne va pas jusqu'à éteindre le poste et penser qu'il paie pour ces vomissures. Mais espérons un malaise. À l'occasion ce malaise deviendra mot, voire phrase - point besoin d'une métaphore filée à la Gracq.






Permalien Lundi 14 janvier 2008 @ 10:40
Commentaire de: Marc Briand [Visiteur] · http://catherine.briand.club.fr/index.html
Peut-être, Pierre Guinot, connaissez-vous ce site:
http://fragmentsdegeographiesacree.hautetfort.com/
Permalien Mardi 15 janvier 2008 @ 09:39
Commentaire de: Pierre Guinot [Visiteur]
Marc Briand, je vous remercie pour la suggestion (non, je ne connais pas le site). Je vais suivre la piste et suis heureux de prendre langue avec vous.
Permalien Mercredi 16 janvier 2008 @ 08:57
Cher ami, je parle de vous dans ma dernière note.
Gracq... L'auteur phare des mauvais lecteurs, celles et ceux qui aiment une littérature sans force, colonne vertébrale, tripes, coeur, couilles, âme...
A Pierre Guinot : Julien Green fut aussi édité dans la Pléiade de son vivant bien sûr...
Permalien Mercredi 16 janvier 2008 @ 21:11
Commentaire de: Pierre Guinot [Visiteur]
Merci d'avoir rectifié mon erreur. Pour le reste je savais, j'ai lu votre billet de décembre et y ai fait mon tri. Je maintiens mon Balcon en forêt (peut-être : je n'en suis qu'à une envie de relire) et ne ferraillerai pas au premier échange que nous avons, car votre plume me fait (parfois) le plus grand bien. D'ailleurs je ne ferraille plus jamais. Je guerroie à l'occasion parce que j'ai fait des enfants dans un monde pareil. Sinon j'espère prendre rang parmi les "pontifices" aux côtés de Dominique.
Marc Briand, c'est comme un livre acheté et mis de côté, j'ai humé ce site et il est dans mon marque-page. Je serais curieux de savoir ce qui vous a amené là.
Permalien Jeudi 17 janvier 2008 @ 13:23
Commentaire de: Pierre Guinot [Visiteur]
Un ajout, tout de même. Pour revenir au propos. Je suis toujours attentif au nombre de commentaires suscité par les pages, au temps qu'ils demandent pour être envoyés. Certes j'ai parlé de monsieur Poirier, et Dominique aussi. Mais il me semble avoir surtout rendu compte d'une émission télévisée, et c'était cela qui faisait écho au titre de la page. Ma vie actuelle me donne peu de temps à consacrer à l'écriture et à la correspondance. Je me suis laissé aller une fois sur ce site à m'emporter contre une réaction intempestive, méchante et hors de propos, et cela m'a donné à penser. Le danger du protocole ici est, comme dans toute conversation, de sélectionner de quoi encenser ou de quoi honnir, quand l'instance est autre. Je propose donc de clore cette page en oubliant ou non monsieur Poirier et en méditant sur l'extraordinaire titre de Dominique.
Permalien Jeudi 17 janvier 2008 @ 15:27
Commentaire de: Marc Briand [Visiteur] · http://catherine.briand.club.fr/index.html
C'est très simple et, en même temps, étrange.
Je me suis aperçu un jour, en regardant les statistiques de notre site, que quelqu'un m'envoyait du monde. Vérification faite, il y avait un lien, sur le blog "Fragments de géographie sacrée", vers notre page d'accueil et l'article sur Guillaume d'Aquitaine, le premier troubadour connu.
C'était bien joué de la part de Robin qui me compte depuis parmi ses fidèles: beaucoup de choses nous rapprochent.
A l'origine:
"Géographie sacrée du monde grec"de Jean Richer(Hachette 1967)
"Géographie sidérale" de Guy-René Doumayrou (10x18,1975)
Au plaisir de vous lire, Pierre Guinot.
Permalien Jeudi 17 janvier 2008 @ 17:07

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
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Quand le labeur
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vous tendent un seul
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