L'ordinaire et le propre des livres – Petite philocalie
Comment peut-il encore se trouver des professionnels du livre hostiles à Internet ? – j'entends : quant au principe de leur présence active sur la Toile, et non sur tel ou tel point, qui n'est pas toujours de détail, loin de là, tel l'élémentaire respect du droit moral (le droit à ce que l'œuvre soit signée par son auteur, non dénaturée, etc.). Et lorsque j'évoque les professionnels du livre, je compte bien entendu les éditeurs [1], mais aussi les auteurs eux-mêmes. Et je précise encore : y compris les libraires.
La preuve a été largement assénée ces dernières années que, si chacun de nous n'occupe pas sa place et son rang sur la Toile, d'autres les occuperont pour nous. C'est, par ailleurs, une sottise absolue que de considérer qu'un courrier électronique n'est pas un courrier à part entière (et qu'il autorise la désinvolture, l'absence de formule donc d'égards), ou qu'Internet exigerait – en soi, par je ne sais quel décret même tacite – de dévoyer le contenu ou la forme de ce qu'on y injecte. D'entériner, enfin, les termes d'un débat déjà caduc, exténué avant même d'avoir été sérieusement instruit, qui a voulu opposer à une virtualité du support électronique (qui relève de la rumeur – l'état de mes yeux, le soir, en témoigne !) l'irréductible suprématie de l'écrit consigné sur la page en papier.
C'est peu dire que de constater que les professions du livre s'avancent un peu plus chaque année dans une crise dont l'échéance, certaine, consistera en un salutaire grand ménage de printemps, ou d'automne. D'ici là, il faut bien lire, si l'on est lecteur, continuer d'écrire et, peut-être, de publier si l'on s'estime auteur. Lecteur, c'est sur la Toile que mes curiosités trouvent les références de leur manne et poussent leurs surgeons, c'est par l'écran que des voix parviennent à moi, dont les rythmes m'aimantent vers les livres où elles se font entendre, quand c'est le cas. C'est à la Toile que je dois de n'avoir pas désespéré d'écrire, sans relâche, alors qu'un changement de statut professionnel, il y a huit ans, me rétrécissait cruellement le temps et que, durant la même période, les règles du jeu imposées à l'auteur qui cherche éditeur continuaient de devenir de plus en plus étrangères à l'écrit et au livre.
L'idée de développer, sur le domaine intexte.net, un portail professionnel dédié à la diffusion de l'écrit imprimé a lentement cheminé. Au même rythme que l'amitié professionnelle qui, de fort longue date désormais, me lie à Jean-Luc Aribaud : de ces cheminements distants qui engrangent, avec lenteur et soin, les raisons d'établir un jour – quand importe alors encore très peu – les fondements d'une œuvre commune. Professionnels du livre l'un et l'autre, nous œuvrons désormais de conserve sur la Toile.
La création du site des éditions n&b a été engagée en début d'année 2007, dans une logique professionnelle. C'est dans cet esprit que le dossier a été présenté à la Direction régionale des Affaires culturelles, qui lui a accordé son soutien initial. Ni la nature des contenus édités, ni les relations confraternelles nouées entre les opérateurs ne suggèrent d'éluder la règle d'un strict professionnalisme : en tant qu'éditeur, Jean-Luc Aribaud a charge d'auteurs, en tant qu'éditeur en ligne, InTexte a pour devoir de faire bénéficier les contenus (le catalogue des éditions n&b, en la circonstance) des principales potentialités de l'hypertexte et des réseaux.
Une première étape importante a été franchie juste avant la fin de l'année : l'ensemble des livres était intégré, le dispositif de paiement en ligne était opérationnel, les premières rubriques destinées à ce que le site ne soit pas seulement un catalogue et un outil marchand (fonctions qui, toutefois, justifient son existence) étaient ouvertes.
Il reste désormais à faire vivre ce lieu des livres, à le lier, à inciter les auteurs à ce qu'ils s'y sentent bienvenus. À conduire ceux qui n'en seraient pas encore convaincus que le travail de leur éditeur au bénéfice de leur œuvre tire, désormais, un surcroît significatif d'efficacité de sa présence sur la Toile.
[1] Ce que j'avais d'abord pris, sous bénéfice d'inventaire et selon un principe de magnanimité dont je me fais une règle, pour un cas d'imbécillité isolée s'avère une tendance de fond : dans nombre de maisons d'édition (non des moindres, semble-t-il), les BTS force de vente, dont le pouvoir jubile à s'exercer sur les attaché(e)s de presse, refusent explicitement aux auteurs le service gratuit de leur livre au bénéfice de chroniqueurs susceptibles d'en rendre compte en ligne : ainsi, avec ses deux mille visites quotidiennes au compteur, son index et, surtout, son référencement qui garantit à l'éditeur de voir son auteur et son livre repérés, en moins d'une semaine, par les moteurs de recherche, le présent site est compté pour rien par les experts du marketing éditorial. Voilà le genre de d'inculture dont il serait pour ainsi dire immoral de vouloir tirer ceux qui s'en prévalent.
Les commentaires sont fermés pour cet article.
Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|---|---|---|---|---|---|
| << < | > >> | |||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 |
| 29 | 30 | 31 | ||||

Index général
Le fil du temps
Jours précédents
ÉDITION EN LIGNE
Thésaurus de l'éphémère
Paul-Émile Autié
Alcoolisme abstinent
De l'alexithymie
Indications
All the world's a stage
Le sac de billes
Wara'
Corps préparés
Manuels portatifs
Qu'est-ce qu'on va devenir
about Dominique Autié
L'agenda / bloc-notes








