Actualité et/ou inactualité du livre

[Début décembre, je me suis entretenu avec Bertrand Racine, libraire d'ancien, en sa libraire de la rue Riquet à Toulouse. Je mets la dernière main à cette page, qui devrait être publiée ici dans les tout prochains jours. Bertrand Racine m'a proposé, sans attendre, de publier ses impressions à la suite d'un salon du livre auquel il a participé ce dimanche. Je le fais d'autant plus volontiers que ce qu'il relate et les réflexions qu'il en tire illustrent de façon emblématique plusieurs questions qu'il évoque dans notre entretien – dont je souhaite qu'elles se prolongent, ici, par de véritables échanges avec celles et ceux que le destin du livre concerne. Dominique Autié.]
Ce dimanche 20 janvier 2008, j’ai assisté en direct à la mort d’un salon du livre et cet évènement grave – qui n’a heureusement pas fait d’autre victime – m’a profondément troublé.
Organisé par le Lion's Club, le salon du livre de Castelsarrasin accueillait samedi et dimanche, pour la douzième édition consécutive, une douzaine de bouquinistes et de libraires en livres anciens du Sud-Ouest, quelques auteurs régionaux, ainsi que la médiathèque et la bibliothèque sonore. À l’heure de l’apéritif, offert par la municipalité, quand tous les officiels ont pris la parole pour se féliciter de l’évènement et de son rôle important pour le progrès de la lecture et la défense de la langue française, tout était pourtant déjà consommé : le salon de Castelsarrasin était en train de vivre ses derniers instants ; tout (ou presque) s’était joué dans les premières heures de la matinée.
Trois emplacements restés vides après que leurs réservataires eurent fait faux bond, sans doute attirés par un quelconque marché de plein vent, puisque les services de Météo France avaient annoncé douceur et soleil sur le grand Sud-Ouest. Un exposant fut prié de remballer son stock dès l’ouverture, après que l’on s'aperçut qu’il s’agissait d’un particulier travaillant en toute illégalité : malgré un impressionnant stock de BD neuves et d’occasion, aucune inscription au registre du commerce, aucune assurance professionnelle et, surtout, aucune intention de régulariser sa situation ! Une assistance plus que clairsemée (une centaine de visiteurs dans la matinée), à peine curieuse (il y avait pourtant de quoi passer plus de quinze minutes sur chaque stand pour découvrir l’ensemble des trésors, petits et grands, que les libraires avaient pris le peine de réunir) et qui semblait avoir des hérissons ou des coques de châtaignes dans les poches, tant les achats furent rares et de faible niveau.
Quand les libraires s’attablèrent pour déjeuner, trois d’entre eux n’avaient pas encore « dérouillé » et la recette moyenne ne dépassait pas 100 euros. C’est dire combien l’atmosphère était morose.
Le brouillard matinal s’étant dissipé à l’heure de la sieste, les visiteurs furent un peu plus nombreux en milieu d’après-midi, sans que la fréquentation ne parvienne jamais à atteindre celle des éditions précédentes : on était loin de se marcher sur les pieds et un stand pouvait rester vide de tout curieux pendant de très longues minutes. Un premier libraire (et pas le moindre) entreprit de plier son stand vers 15 h 30, avec pour tout résultat une seule vente et 25 euros de recette. Il fut bientôt suivi par deux ou trois autres. Vers 17 heures, le mouvement était quasi général, même si nous travaillions tous plus ou moins au ralenti pour ne pas vexer les organisateurs ni décourager ceux et celles qui avaient pris la peine de se déplacer.
Au moment du départ quelques libraires, dont plusieurs étaient là depuis la première édition, prirent le temps d’expliquer au responsable du Lion's Club pourquoi ils ne reviendraient plus : frais de route, manque à gagner, fatigue, temps perdu, découragement, Internet… Découragé autant qu’il l’étaient eux-mêmes, il leur avoua qu’il n’y aurait probablement pas de treizième édition. Seuls les bénévoles, qui s’activaient à ranger les tables et nettoyer la salle, ne savaient pas qu’ils étaient en train de faire la toilette du mort.
En ouverture : Illustration pour Le Conte du Tonneau de Jonathan Swift (« Bataille entre les livres anciens et modernes dans la bibliothèque de St-James »), 1704. © Le Blog du bibliophile
Lire ma mise au point dans la zone des commentaires (trente-deuxième commentaire).
Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
|---|---|---|---|---|---|---|
| << < | > >> | |||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 |
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 |
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 |
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||

Index général
Le fil du temps
Jours précédents
ÉDITION EN LIGNE
Thésaurus de l'éphémère
Paul-Émile Autié
Alcoolisme abstinent
De l'alexithymie
Indications
All the world's a stage
Le sac de billes
Wara'
Corps préparés
Manuels portatifs
Qu'est-ce qu'on va devenir
about Dominique Autié
L'agenda / bloc-notes








