blog dominique autie

 

Dimanche 23 mars 2008

08: 37

 

La stratégie
intertresetroit
du tombeau vide

cadratin_blog
cadratin_blogbouts_detail
cadratin_blog
Zoom

 

 

Comme nombre d'entre nous, j'ai pris connaissance du document filmé de sept minutes au cours duquel Chantal Sébire décrivait le calvaire qu'était devenue son existence et exprimait, en présence de ses enfants, sa volonté qu'on l'aide à mourir.

Parce que Chantal Sébire est morte durant la semaine sainte, ma méditation m'a conduit jusqu'aux abords du tombeau pascal – la plus folle affirmation du droit de Vie qui nous est offert (et non le dénouement incongru d'une comédie macabre en forme de mythe, que l'Occident n'en finirait pas de congédier). Nous savons que les femmes seront sidérées de le trouver vide ; il faudra qu'un ange les informe : Celui que vous cherchez n'est plus ici. Les anges servent à cela ; dans la Bible, la presse c'est eux.

Vous avez, Chantal, laissé la clique des anges rôder autour de ce moment d'amour douloureux au cours duquel, entre vos enfants et vous vivante, ont été passées au crible les dernières pépites de vie. Quelqu'un a filmé votre dialogue avec eux. Il n'était peut-être pas inutile que chacun puisse venir, une fois encore, chanter sa partition, sa leçon de Ténèbres : représentants des associations, des Églises, de l'État, professionnels de l'éthique ; et peut-être ne fut-il pas superflu qu'un ministre – une femme ! – rappelât à quel étiage de basse haine l'homme peut consentir à venir échouer.

Encore une fois, il s'est agi de droit – et j'ai éprouvé une grande tristesse à constater qu'il ne s'est agi que de cela – qu'il ne pouvait en être autrement : droit de mourir (a-t-on pris quelques instants pour méditer ces trois mots ? leur extravagance, ainsi ajointés ?)

Vendredi, à l'aube, j'ai laissé mon esprit cheminer. J'avais appris, la veille, par les anges journalistes, qu'on vous avait retrouvée sans vie mercredi soir. Un scénario différent se jouait. On vous cherchait, car il s'était ébruité que, parmi l'humanité souffrante, votre passion était d'une singulière cruauté, pour vous-même et pour vos proches. On vous cherchait, mais vous sembliez brouiller les pistes, afin qu'on ne puisse vous atteindre. J'ai entrevu l'interminable cortège des délégations, des comités, des associations, des commissions chargées de remettre leur rapport au chef de l'État ; ils étaient venus refaire avec componction l'itinéraire insensé, expertiser les cailloux du chemin qui serpente vers le Golgotha, ils convoquaient jusqu'au dernier témoin, exigeaient de soupeser les clous, demandaient à voir le marteau. Les anges cameramen, les anges perchistes, les putti responsables du banc-titre et du sous-titrage Antiope triplaient le nombre des officiels et des politiques. À tous, cela devait valoir deux nuits blanches. Enfin, on allait une bonne fois trancher cette agaçante question du droit de mourir. On devrait, comme toujours, ce grand pas vers moins d'humanité aux archanges du JT de vingt heures.

Mais, dimanche matin…

 

 

En ouverture :
Bouts, Dieric the Elder (ca. 1415-1475), Résurrection (détail),
Norton Simon Museum of Art, Pasadena, U.S.A.

 

cadratin_blogichtus_indexcadratin_blog
CE BLOG DISPOSE D'UN INDEX
Retrouvez une chronique ancienne
Naviguez par thèmes…

cadratin_blog
Cliquez ici

 

Commentaires:

Commentaire de: Éric poindron [Visiteur] · http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites
Cher(e)s amie(s),

Après « l’étrange questionnaire », je vous propose un nouveau petit jeu littéraire que vous pouvez faire passez à vos contacts si vous le souhaitez. L'énoncé en est fort simple ; ensuite, ça peut se corser :

« Racontez en un mot, ou en cent, CETTE étrange nuit ou vous vous êtes perdu(e) dans LA BIBLIOTHÈQUE... »



Toutes les formes littéraires sont bien entendu acceptes.

Alors à vos bougies, à vos boussoles et à vos plumes…

Et toujours au plaisir de vous lire...

Avec les amitiés de Éric Poindron


Le Cabinet de curiosités d'Éric Poindron

http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites
Permalien Dimanche 23 mars 2008 @ 12:53
Commentaire de: Marc Briand [Visiteur] · http://catherine.briand.club.fr/index.html
Celui-là s'il se perd, on n'ira pas le chercher!
Pour revenir au sujet, je dirai que le tombeau ouvert me rappelle les tranchées et le Saint Suaire le visage de Chantal Sébire.
La gravité n'exclut pas la joie de Pâques: c'est ce que je vous souhaite cher Dominique.
Permalien Dimanche 23 mars 2008 @ 15:11
Commentaire de: Viviane [Visiteur] · http://viviane.monjournalweb.com/
Au cours de cette semaine Sainte, il est évident que beaucoup ont fait un rapprochement entre "calvaire" et "calvaire".
Nos dirigeants "jouent" sur les mots. Avoir le droit... Avoir des Droits...
Vous dites que "avoir le droit de mourir" sont des mots qui une fois assemblés sont une "extravagance". C'est certain, les mots n'ont que la valeur que lui donne celui qui lit.
Et si on écrivait plutôt : " Avoir le droit de mourir dignement." Le respect de l'être humain devrait être une priorité sans qu'on ait besoin de le rappeler ( il y aura toujours des sourds de toute façon).
Bonnes fêtes pascales.
Permalien Dimanche 23 mars 2008 @ 17:58
Commentaire de: iPidiblue et les horreurs des fins dernières [Visiteur]
Antigone n'est pas morte, elle s'est réincarnée en Dominique !
Permalien Mardi 25 mars 2008 @ 13:12
Commentaire de: Dominique W. [Visiteur]
J'ai pensé également à Chantal Sébire, à sa famille. Nous avons discuté, entre nous, de son irruption dans la petite lucarne.
J'ai bien écouté toutes ces interventions sur "le droit de mourir". J'ai été mal à l'aise pour différentes raisons.
Primo, je me suis surpris à penser à ma réaction si j'avais croisé cette femme dans un rayon de supermarché : il évident que ma réaction aurait été pathétique, pitoyable. Instinctivement, j'aurais fait marche arriére, changé de rayon, par gêne, par peur, par lâcheté.
Secundo, si Chantal Sébire avait souffert d'une maladie qui n'avait pas touchée son visage, mais une partie "cachée" de son corps, aurait-elle eu droit à un seul reportage ?
J'ai posé la question autour de moi : quelles paroles avait prononcées Chantal Sébire ?… Presque tous était incapables de restituer ses paroles, son message, hypnoptisés qu'ils étaient par ce visage douloureux, et j'ai été triste, infiniment.
Parce que même si ce débat est important, il fait l'économie d'un autre débat, à mon sens, celui de notre capacité à vivre avec l'autre, le malade, celui qu'on ne veut pas être et que souvent on nie, le repoussant aux limites de la société, caché souvent, reclus… mais, surtout, qu'on entend pas alors qu'il nous parle de nous.
Et j'ai pensé que l'éthique de l'altérité, en ces jours, était d'une absolue necessité.
Chantal Sébire, pour moi, a posé aussi la question de la vie des malades parmi nous, dans notre société. J'ai été mal à l'aise avec les réponses que j'ai apportées, à titre personnel.
Permalien Mercredi 26 mars 2008 @ 09:02
Commentaire de: ArD [Visiteur]
Mais, dimanche matin... le tom-beau était vide : la beauté du préambule ne laissait guère de place à l'amalgame entre droit de vivre et droit de mourir.
Armelle
Permalien Mercredi 26 mars 2008 @ 20:43
Commentaire de: Dominique W. [Visiteur]
J' ai beaucoup de difficulté avec cette "notion de droit...", alors avec l' amalgame, je ne vois pas.Maintenant, la beauté du préambule reste, et mon commentaire reste un commentaire parmi d' autres.Juste en passant, devant le tombeau vide, juste Aprés.

Dominique
Permalien Jeudi 27 mars 2008 @ 08:46
Commentaire de: Louis-Paul [Visiteur] · http://leblogdelouis-paul.hautetfort.com/
Merci Dominique de ce texte qui appelle à un sage réflexion loin de cette actualité télévisuelle où l’info n’est,à " la une " que prétexte à audimat. France 3 y a échappé en faisant un bon débat le lendemain.
J’ai lu aussi avec beaucoup d’intérêt le commentaire d’un autre Dominique et ai beaucoup apprécié sa franchise et son humilité. Est-ce un trait de caractère de ceux qui ont tant souffert d’autres maux ?

Bien amicalement à vous deux, Louis-Paul
Permalien Vendredi 28 mars 2008 @ 06:29
Commentaire de: Claude [Visiteur] · http://leseauxvives.blogspirit.com
Toi qui élève l’Autre au rang de la Dignité,

Qui cultive dans ton champ le regard qui caresse,

Celui par lequel l’âme éteint les larmes du chagrin,

Et qui de sa main posée sur le front,

Apaise le feu des blessures profondes,

Juste en laissant irradier la fleur de compassion.

Toi qui serre sur ton cœur,

Le pauvre et l’égaré,

Qui recueille tout au creux de ton intime partage,

Le sang de celui qui subit la violence et la cruauté,

Et qui baume de sa main, les plaies purulentes,

Avec la délicatesse frissonnante du cœur et la soie veloutée de la tendresse.

Merci Dominique pour cette émouvante prose
Je vous dépose ce poème.


Toi, qui entends, le cri déchirant et l’appel de l’âme lacérée,

Des martyrs, des esclaves, des pauvres et des mendiants,

Sème dans le vent au seuil de ce printemps

Les graines plumeuses du juste, du sage et de l’aimant

Et qu’elles s’élèvent vers les cieux légers et brillants,

Érigeant chacune à leur place

Les flambeaux contre l’ignorance, la violence et la corruption,

Juste

Avec la danse

De

Tes mots.



Tu es « Toi » le poète,

Une lampe qui brille dans la caverne de l’obscurité.

Un cristal qui vivifie le cœur par toutes les couleurs,

Dans le partage du pain de vie qui rassemble la famille humaine,

Autour du sel de la fraternité.



Toi le calligraphe inspiré par le Qâlâme,

Tu dessines avec le sang de ton cœur la part divine inscrite dans chaque homme.

Pauvre, riche, indigent,

A naître, devenir et s’élever,

A croître, bourgeonner s’épanouir,

Tu lèves le voile par ton « humanitude »,

Et dévoile la tendresse qui ennobli tout un être

Le délivre de servitude comme une efflorescence,

Qui gerbe et qui jaillit en bouquets de lys parfumés.



Tes pieds ont foulés le sol du désert méprisé par l’Amour,

Ta langue a séché comme du bois tandis que tes doigts étaient froids,

Ta peau s’est fissurée jusqu’à l’aune de tes os,

Et pourtant tu t’élèves,

Et derrière toi,

Les yeux se tournent, les gens se lèvent,

Pour gravir le sommet de ce Mont,

Qui sans Amour et sans foi,

Rendraient la lumière ténébreuse,

Et le chant sans joie.



Je tends ma joue aux baisers du soleil,

Je ris à tous les rayons d’Amour

Qui tissent les liens entre la terre et le ciel,

Je foule de mes pieds l’herbe tendre,

Nulle geôle ne serait me retenir,

Il n’y a pas de jour sans nuit,

Ni de vie sans désir et de désir sans vie.



Je grimperai en haut de ce Mont,

Ce bout de terre émergeant dans l’éther,

Pour que l’humanité ne soit plus sourde aux cris,

Aveugle aux crimes, silencieuse aux tyrans,

Et que les bouches closes,

S’humectent et se délient,

Du poids des chaînes,

Des affres de la nuit.

Je me tiendrai debout sur ce Roc,

A m’élever du socle,

Même si la pluie m’érode,

Que le vent me plie,

Et que la terre dont je suis poussière,

S’effrite et s’affaiblit.

J’irai, boire aux ruisseaux éternels,

Le vert soleil, le pur esprit, la force ignée

Qui apaise le feu des blessures profondes,

Juste en laissant irradier la fleur de compassion.

Qui baume de son suc les plaies purulentes,

Avec la délicatesse frissonnante du cœur et la soie veloutée de la tendresse.

La source, qui révèle la part divine inscrite au cœur de chaque homme,

L’intime partage de la souffrance,

L’accompagnement jusqu’à la délivrance,

Je mettrai ma main dans la tienne,

Pour que jamais plus tu n’aies peur, tu n’aies froid.

Et je bercerai au fond de mon cœur

Ta petite âme,

Avec mon regard d’Homme,

Jusqu’à l’ossature de la terre,

Je te hisserai au sommet de ce Mont

Au rang de Dignité.


Lève- toi et Marche.

Juste avec mes mots.


Claude
Permalien Mardi 8 avril 2008 @ 23:34

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié

mai 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<<  <   >  >>
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
filet_dadada
filet_blanc_blog

LE PORTAIL intexte.net

Le blog de Dominique Autié
est développé sur le portail

intexte.net

logo_intexte
www.intexte.net

Agence d'édition
en ligne et hors ligne
de contenus pertinents.


*

Les éditions n&b
ont choisi le portail intexte.net
pour y développer leur site :

logo_nb
http://editions-nb.intexte.net



filet_blanc_blog


cadratin_dadada




Rechercher


Syndiquez ce blog XML