Comme nombre d'entre nous, j'ai pris connaissance du document filmé de sept minutes au cours duquel Chantal Sébire décrivait le calvaire qu'était devenue son existence et exprimait, en présence de ses enfants, sa volonté qu'on l'aide à mourir.
Parce que Chantal Sébire est morte durant la semaine sainte, ma méditation m'a conduit jusqu'aux abords du tombeau pascal – la plus folle affirmation du droit de Vie qui nous est offert (et non le dénouement incongru d'une comédie macabre en forme de mythe, que l'Occident n'en finirait pas de congédier). Nous savons que les femmes seront sidérées de le trouver vide ; il faudra qu'un ange les informe : Celui que vous cherchez n'est plus ici. Les anges servent à cela ; dans la Bible, la presse c'est eux.
Vous avez, Chantal, laissé la clique des anges rôder autour de ce moment d'amour douloureux au cours duquel, entre vos enfants et vous vivante, ont été passées au crible les dernières pépites de vie. Quelqu'un a filmé votre dialogue avec eux. Il n'était peut-être pas inutile que chacun puisse venir, une fois encore, chanter sa partition, sa leçon de Ténèbres : représentants des associations, des Églises, de l'État, professionnels de l'éthique ; et peut-être ne fut-il pas superflu qu'un ministre – une femme ! – rappelât à quel étiage de basse haine l'homme peut consentir à venir échouer.
Encore une fois, il s'est agi de droit – et j'ai éprouvé une grande tristesse à constater qu'il ne s'est agi que de cela – qu'il ne pouvait en être autrement : droit de mourir (a-t-on pris quelques instants pour méditer ces trois mots ? leur extravagance, ainsi ajointés ?)
Vendredi, à l'aube, j'ai laissé mon esprit cheminer. J'avais appris, la veille, par les anges journalistes, qu'on vous avait retrouvée sans vie mercredi soir. Un scénario différent se jouait. On vous cherchait, car il s'était ébruité que, parmi l'humanité souffrante, votre passion était d'une singulière cruauté, pour vous-même et pour vos proches. On vous cherchait, mais vous sembliez brouiller les pistes, afin qu'on ne puisse vous atteindre. J'ai entrevu l'interminable cortège des délégations, des comités, des associations, des commissions chargées de remettre leur rapport au chef de l'État ; ils étaient venus refaire avec componction l'itinéraire insensé, expertiser les cailloux du chemin qui serpente vers le Golgotha, ils convoquaient jusqu'au dernier témoin, exigeaient de soupeser les clous, demandaient à voir le marteau. Les anges cameramen, les anges perchistes, les putti responsables du banc-titre et du sous-titrage Antiope triplaient le nombre des officiels et des politiques. À tous, cela devait valoir deux nuits blanches. Enfin, on allait une bonne fois trancher cette agaçante question du droit de mourir. On devrait, comme toujours, ce grand pas vers moins d'humanité aux archanges du JT de vingt heures.
Mais, dimanche matin…
En ouverture :
Bouts, Dieric the Elder (ca. 1415-1475), Résurrection (détail),
Norton Simon Museum of Art, Pasadena, U.S.A.

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Dominique Autié
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