• Jean Sébastien Bach, Intégrale des Suites pour violoncelle seul
arrangées pour saxophone baryton et interprétées par Henk van Twillert,
2 CD Brilliant Classics 93637.![]()
• Jean Sébastien Bach, John Coltrane et all., Bach / Coltrane, par Raphaël Imbert Project :
Raphaël Imbert, saxophones, clarinette basse et direction, le Quatuor Manfred,
André Rossi, orgue, Jean-Luc Di Fraya, percussions, voix, Michel Péres, contrebasse.
Avec la participation de Gérard Lesne, contre-ténor.
CD Zig-Zag Territoires ZZT080101 (distribution Harmonia Mundi).
Allez ! Je connais mon monde… Il va s'en trouver pour penser tout bas – voire l'écrire en toutes lettres dans les commentaires, pour une fois – que je ferais mieux de m'en tenir aux livres ! que la preuve est faite, en bientôt quatre ans de blog, que mes goûts musicaux appellent les plus grandes réserves. Dire que je m'en fais une gloire serait exagéré. Quant à m'en repentir ou à renoncer…
Je crois m'être vanté ici même de disposer d'une vingtaine d'enregistrements de L'Art de la fugue, joué sur au clavecin, au piano, à l'orgue, adapté pour quatuor à cordes, pour quatuor de flûtes – sans oublier deux versions publiques d'Hermann Scherchen à la tête d'orchestres symphoniques. Me manque l'instrumentation pour sextuor de verres à moutarde enregistrée dans les années 1960 lors du festival international de musique baroque de Dijon. Or, curieusement, mon autre adulation parmi l'œuvre du Cantor, les Sonates pour violoncelle seul, ne figuraient qu'en deux versions dans ma discothèque, sagement interprétées l'une et l'autre sur un violoncelle.
Henk van Twillert vint.
Avec son saxophone baryton, il a osé faire de ces sonates ce que Keith Jarret a fait avec Le Clavier bien tempéré ou encore avec les Préludes et Fugues op. 87 de Dmitri Shostakovich : s'accorder le pur bonheur d'interpréter, sur l'instrument qui est le sien – qu'il s'agisse ou non de l'instrument prévu par le compositeur.
Sans doute y a-t-il une forme d'équivalence (acoustique, vibratoire) entre le violoncelle et le saxophone baryton. De la pièce voisine, vous constaterez que la confusion, même, est possible. Toutefois, dans un bon confort d'écoute, vous serez surpris – et, peut-être conquis – par la puissance et la subtilité de l'instrument à vent. On se plaît à imaginer un dialogue des deux instruments sur des pièces de Marais ou de Sainte Colombe.
Autre tentative, moins immédiatement séduisante à mon oreille, celle d'associer Bach et John Coltrane. Il est fort dommage que Raphaël Imbert, musicien de jazz, doté de cet instrument prodigieux qu'est la clarinette basse et entouré d'une assemblée de musiciens classiques de valeur, n'ait pas tenu son pari : prouver que Coltrane est « le seul véritable mystique de l'histoire du jazz ». Constitué en partie d'improvisations (notamment sur le nom de B.A.C.H., ou sur le largo du Concerto pour clavier BWV 1056), le programme semble faire de Coltrane lui-même le parent pauvre. Cela en dépit d'instants de grâce comme l'admirable intervention vocale, saisie en live, du percussionniste Jean-Luc Diffraya sur un negro-spirituel anonyme du dix-neuvième siècle, He nevuh said a mumbalin' word : l'improvisation centrale de Raphaël Imbert nous conduit un instant au cœur de son sujet et de son intention – Coltrane et l'univers luthérien se rejoignent un bref instant…
J'écoute et réécoute ce disque depuis un mois que je l'ai acquis, c'est dire qu'il n'est pas dépourvu de force d'envoûtement. Ses initiateurs et ses interprètes recevront-ils de bon cœur l'idée que le plaisir fasse ici l'impasse du titre de l'album et de l'ambition initiale de Raphaël Imbert ?
Consolations pour les puristes :
• Jean-Marie Leclair, Intégrale du Quatrième Livre de Sonates à violon seul avec basse continue,
par Patrick Bismuth, violon et direction, Valérie Balssa, traverso (flûte allemande),
et l'ensemble La Tempesta,
Coffret de 3 CD Zig-Zag Territoires ZZT060401.3 (distribution Harmonia Mundi).![]()
• Henry Purcell, Complete Chamber Music,
par Pieter-Jan Belder, flûte, clavecin, orgue et direction et l'ensemble Musica Amphion,
Coffret de 7 CD Brilliant Classics 93647.
![]()
On ne saurait, sans doute, imaginer deux labels plus éloignés l'un de l'autre que Brilliant Classics – multinationale du classique implantée aux Pays-Bas, qui s'est fait une spécialité des œuvres complètes de Bach et de Mozart à des prix défiant la raison – et Zig-Zag Territoires, petite équipe indépendante de fous de musique, qui développe un catalogue de haute qualité, si j'en juge par cet enregistrement de l'intégrale du Quatrième Livre de Sonates à violon seul avec basse continue de Jean-Marie Leclair interprété et dirigé par Patrick Bismuth. J'ai longtemps tenu pour précieux un disque vinyle (sottement abandonné, avec ses congénères lors de l'invasion du numérique) constitué d'extraits de ce Quatrième livre. La subtile virtuosité de Patrick Bismuth est à la hauteur de l'œuvre et sa sensibilité fait de cette intégrale est un ravissement, l'oreille n'étant jamais lassée par la moindre longueur ou un quelconque lancinement, comme il arrive si souvent quand la musique baroque est interprétée par des artistes qui, fussent-ils acrobates, cachetonnent. Trois heures durant, les rythmes, les sonorités, les dialogues entre le violon et l'ostinato ne cessent d'ornementer l'espace, de séduire et de surprendre celui qui y séjourne et qui se surprend bientôt à ne plus rien faire d'autre que de céder à la musique débordante de vie de Jean-Marie Leclair. Prise de son remarquable, élégance d'ensemble, jusque dans le détail du coffret, rien ne manque à cette édition.
Inattendue (par moi, en tout cas, qui ne pratiquais jusqu'alors que l'œuvre vocal), cette intégrale de la musique de chambre de Purcell en sept CD chez Brilliant Classics — les deux derniers regroupent des œuvres diverses pour clavier (clavecin et orgue). À noter le toucher de Pieter-Jan Belder, qui parvient à rendre tolérable l'audition ininterrompue d'une grande heure de clavecin…
Nous sommes loin, avec Henry Purcell, de l'allégresse de Leclair. Il y a toutefois, dans la variété même de facture des œuvres rassemblées dans ce coffret, la source d'un véritable plaisir pour l'amateur de musique baroque – et cela, selon la politique de prix du label, pour moins de cinq euros le CD.
