blog dominique autie

 

Samedi 6 novembre 2004

06: 53

 

Ce que voyait Shah Jahan

 

Taj Mahal

Je parle en années de notre calendrier. Il faudrait le faire selon l'hégire, les Grands Moghols étaient musulmans.

Nous sommes en 1666, en février (mais je suis confronté à des divergences, ailleurs il est dit octobre). Shah Jahan va mourir, reclus dans le fort d'Agra depuis sept ans par l'un de ses fils, Aurangzeb, qui l'a destitué, lui Empereur du Monde, cinquième de la dynastie de Babur, descendante directe de Gengis Khan et de Timur Lang, le Boiteux [nous disons Tamerlan]. Aurangzeb est le premier à rougir au feu de l'intransigeance la religion d'État de sa lignée. Son arrière-grand-père, Akbar, avait rêvé d'une religion de la Lumière, qui fût un levain dans une pâte pétrie de brahmanisme, d'islam et de bondieuseries de jésuites (Goa était portugaise).

Aurangzeb a tué le prince Muhammad Dara Shikuh son aîné, promis au trône, qui préférait à la guerre ses travaux de tout premier traducteur de textes sacrés de l'hindouisme vers le persan, la langue érudite et amoureuse de la cour d'Agra – les cinquante Upanishads qu'en 1762 Anquetil-Duperron rapportera de son périple aux Indes orientales sont bel et bien les traductions de Dara, sur lesquelles, au siècle suivant, les premiers indianistes européens travailleront, le temps de se familiariser avec le sanskrit.

De 1658 à cette nuit d'agonie de février (ou d'octobre, ou de novembre), Shah Jahan ne put contempler le Taj que dans un petit miroir qu'il avait fait sceller sur l'ébrasement (trop large pour qu'il s'y penchât) d'une fenêtre du fort Rouge, sa prison. À cet endroit, le méandre de la Yamuna produit, sur certains clichés, l'illusion qu'un océan sépare les deux édifices, qui sont sur la même rive.

Dara était le préféré de Jahan. Il avait rédigé un traité, La Rencontre des Deux Océans (l'islam et l'hindouisme), qui rendait fou de rage Aurangzeb.

[Sur cet instant de la dernière nuit de l'Inconsolé à guetter, dans le miroir, la Larme posée sur la joue du Temps (Tagore) que la nuit seule éclaire, j'ai conçu le projet qui m'occupe d'une interminable fiction, mon chantier d'écriture depuis cinq ans, mon Taj.]

La victoire usurpée d’Aurangzeb, à terme, fit le lit de la colonisation britannique. Elle préfigure, à sa mesure, d'autres meurtres dont nous avons dans la bouche, aujourd’hui même, le goût de fruits vénéneux.

 

Nocturne : appropriation sur palette graphique d'une photographie du Taj Mahal (D.R.) prise de jour depuis le fort Rouge d'Agra.

 

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