blog dominique autie

 

Vendredi 12 novembre 2004

05: 23

 

[État neuf – Quelques passages soulignés au crayon]

 

 

Oiseau Pompei

 

Marguerite Yourcenar mentionne dans Le Temps, ce grand sculpteur [1] le livre de Gabriel Germain, Le Regard intérieur [2] – qu’elle qualifie de « document trop peu lu. ». Je me souviens détenir le volume, paru en 1968. Je le retrouve sans peine, à la place que lui désigne l’ordre alphabétique, dans la partie « littérature générale » de ma bibliothèque.

Il se révèle alors que j’ai, en son temps, noirci mon exemplaires de notes marginales prises (demi-mal) au crayon à papier, et souligné de nombreux passages. Et cela jusqu’aux dernières pages du dernier chapitre. De toute évidence, j’ai fait en son temps mon miel de cette lecture, dont je n’ai plus, aujourd’hui, le moindre souvenir.

Il me faudra une heure entière pour gommer méticuleusement jusqu’à la dernière ombre de soulignement, m’efforçant de ne pas lire, même rapidement, ce que j’efface. Il m’est insupportable de trouver ces polypes d’une lecture antérieure à la mienne sur un volume d’occasion que j’achète aux puces. Aujourd'hui, c'est ma propre lecture, ainsi déposée sur l’un de mes livres (comme un excrément dont on s’allège au détour d’un bois), qui me paraît nauséabonde – il est insupportable de constater quelle furent, il y a vingt ou trente ans, ses propres curiosités, les étroites limites de son propre savoir, le caractère obsessionnel de ses rapprochements et de ses présupposés. Par bonheur, je n’ai pratiqué cette prise de notes sur le livre même que pendant une période assez brève, qui tourne justement autour du tout début des années 1970. Depuis, j’insère dans le volume que je m'apprête à lire un ou plusieurs feuillets sur lesquels j'inscris les références que je souhaite retrouver, quelques réflexions, l’indication d’un pont entre la lecture présente et quelque autre continent de la bibliothèque. D'ailleurs, j'utilise toujours pour cela un crayon à papier, comme si je voulais laisser à un autre, après moi, la latitude de saisir une gomme…, alors qu'il lui suffira de jeter le signet excédentaire.

Émerge toutefois cette question, qui n’est pas neuve, mais qui prend relief par l’abondance des notes péniblement effacées ce matin : comment se fait-il qu’il ne reste absolument rien de conscient d’une telle lecture ? Sous quelle forme, sur quels registres intimes – il se peut de façon indélébile – celle-ci a-t-elle cependant nourri mon esprit ?

Et cette proposition, qu’il conviendrait de valider : un livre ne serait décisif que de façon inversement proportionnelle aux traces dont il affecte durablement la mémoire.

Et s’il en allait ainsi des êtres ?

 

[1] in Essais et mémoires, « Bibliothèque de La Pléiade », Gallimard, 1991, p. 398.
[2] Le Seuil. Disponible en collection de poche.

Oiseau (Pompéi).

 

Commentaires:

Commentaire de: Aurélien [Visiteur]
Marquer ou ne pas marquer ses livres, ses précieux objets d'une êtreté à chaque fois renouvellée ? Me serait-il permis de griffonner le beau papier vergé qui recouvre les dix volumes des Œuvres complètes romanesques de Sartre et Beauvoir ? Non, pas sur cette édition, mais pourquoi pas sur une édition basique de poche. Cette trace a un avantage, laissé pour le futur un instant partagé avec le livre aimé. Il est rare que j'anote mes livres, je préfère recopier telle ou telle citation, paragraphe en entier sur mes petits carnets prévus à cet effet et plus tard, lorsque je les relis, me remémorer cet instant particulier, cet instant où, dans un état de pensée, tel passage m'a passionné.
Mais il n'est pas rare, sur certaines éditions, de voir en page de garde un autographe adressé à une personne « Puisse ce livre vous plaire » qui fait que ce livre a vécu, du moins semble t'il au travers d'autres yeux que les nôtres. Et ces annotations aussi, prouve qu'en un temps, ce livre a été aimé et encore aujourd'hui sous mes yeux il vit. Il n'est pas rare toutefois de tomber sur des livres défiguré par une main trop légère qui pensait sans doute « ce livre n'est qu'à moi et j'en fais ce que j'en veux ». Des paragraphes entiers sont soulignés à l'encre indélébile et l'on ne peut que constater que ce livre ne nous appartient plus. C'est fort dommage.
Je préfère donc recopier et retrouver ensuite ce qui fût mon bonheur, en ce temps où je le lisais, mon livre aimé.
Permalien Vendredi 19 novembre 2004 @ 11:01

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