blog dominique autie

 

Mardi 23 novembre 2004

05: 46

 

………………Le Fou impur

 

Schreber

Lecture éreintante que celle des Mémoires d’un névropathe du président Schreber. J’ai miraculeusement trouvé aux puces un exemplaire du volume paru dans la collection « Champ freudien », que dirigeait Lacan [1] ; je venais de refermer Le Fou impur de Roberto Calasso [2], comprenant au bout de quelques dizaines de pages que la lecture de Schreber – plus encore, je suppose, que celle de l’article de Freud – est un préalable à l’entrée dans ce livre étrange.

J’aime l’idée que Calasso – comme il l’a fait de nouveau avec la mythologie de l’Inde dans Ka [3] – s’en tienne à pétrir un matériau qui lui est antérieur, sans apport personnel explicite sinon celui de remodeler la glaise d’un imaginaire collectif (une écriture universelle de la maladie humaine dans le cas des mémoires de Schreber). Cela constitue un tel déni de toutes les entreprises littéraires actuelles, depuis le genre misérable entre tous du roman historique (tel du moins qu'il fait florès de nos jours) jusqu’à cette prétention exorbitante de la fiction à coller à son temps.

[Je cherchais toujours la forme que devrait prendre mon Shah Jahan, lorsque j'écrivis ces lignes il y a environ trois ans. J’oscillais encore entre deux repères : les irréprochables Mémoires d’Hadrien (si ce n’est leur douteux succès populaire) et, précisément, ce Fou impur, que je n’ai finalement pas encore lu, dont je pressens qu’il recèle un état de l’écriture enviable, parce que propagé et perpétué en pure perte par son auteur. Ka s'offre ainsi, comme une dépense somptuaire, une lente et dense reprise des mythes du brahmanisme, comme si l'auteur se contentait de prier dans sa propre langue une prière à jamais inintelligible aux dieux à qui elle s'adresse. Il n’existe pour ainsi dire aucun public pour ce genre d’entreprise : que Calasso soit traduit chez Gallimard et qu’il se monnaie quelques milliers de ses livres a cessé de (me) prouver quoi que ce soit – je veux seulement dire qu'il se creuse certainement, dans bien des cas, des gouffres de plus en plus abyssaux entre le nombre d'exemplaires vendus et celui des lecteurs attentifs d'un livre.]

(Ne plus écrire que des livres illisibles au lecteur qui n’en a pas, préalablement, assimilé la matière première ? [l'Ulysse de Joyce ? – Je ne devrais pas agiter ce genre de question : comment avoir ensuite le cœur à l'ouvrage ?])

 

[1] Disponible en poche, collection « Points ».
[2] Traduit de l'italien par Danièle Sallenave et Éliane Deschamps-Pria, collection « Arcades », Gallimard, 2000.
[3] Traduit de l'italien par Jean-Paul Manganaro, collection « Du Monde entier », Gallimard, 2000.

Daniel Paul Schreber (1842-1911).

 

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