blog dominique autie

 

Mercredi 8 décembre 2004

06: 00

 

Quelques rousseurs

 

Rousseurs

La ville et la vie ne cessent, décidément, de vous tendre leurs pièges. Je sortais avant-hier d'un rendez-vous professionnel qui m'avait conduit dans un quartier de Toulouse où je n'ai guère l'occasion de me rendre. J'allais reprendre le métro, passant cette fois par l'angle de la place Saint-Cyprien opposé à celui par lequel j'étais sorti une heure plus tôt. Et voilà que, tout autour de la petite halle du marché, les bouquinistes avaient dressé leur table. J'étais pressé. Un seul coup d'œil m'a confirmé que les livres de l'étal le plus proche n'étaient pas ceux l'un libraire familier. Je survole les couvertures, passe à la table suivante tout en me sermonnant – une sorte de prière, lancinante comme un rosaire [Tu n'as pas le temps, ça suffit, il n'y a rien ici qui ne soit à cette heure de l'ordre du superflu, tu n'as pas le temps…], de celles qu'on récite avec délectation au seuil du péché de chair.

Non découpé, pour huit euros, La Joie de connaître de Pierre Termier (sans date, la publication remonte aux années 1920 ; il s'agit du second volume des souvenirs de ce « Jean Rostand de la géologie » – ainsi que le qualifie une notice trouvée sur le Net à mon retour ici ; j'avais tourné plusieurs dimanches de suite, à Saint-Sernin, autour d'un exemplaire de ce livre, en bien moins bon état, et le premier volume, À la Gloire de la Terre, est disponible chez une bonne quinzaine de bouquinistes en ligne pour une somme équivalente). Je sais que ces mémoires rédigés par un homme qui a consacré son existence à la science recèlent le passage qui viendra féconder au bon moment le travail professionnel que je mène ces temps-ci pour le muséum d'histoire naturelle de Toulouse

Sur la même table, voici ce petit opuscule à la couverture tavelée comme le visage d'un enfant qui a regardé le soleil à travers une passoire [disait ma mère]. Dans ma hâte, je n'aurais peut-être pas acquis cet exemplaire de La Vie d'oraison de Jacques et Raïssa Maritain, même pour six malheureux euros en regard de sa typographie irréprochable, si n'avait figuré, en belle page, face à deux imprimatur et un nihil obstat l'avertissement suivant des auteurs : Le petit livre que nous publions aujourd'hui en librairie (une première édition, hors commerce et à tirage restreint, en a été donnée en 1922 à Saint-Maurice d'Agaune, avec l'imprimatur de Mgr Mariétant, évêque de Bethléem), ne prétend nullement se substituer à un traité de spiritualité, ni même servir d'introduction au plus élémentaire de ces ouvrages. On a seulement tâché d'y dégager, selon l'esprit de la tradition chrétienne et de saint Thomas, et de la façon la plus simple, les grandes directions qui semblent convenir à la vie spirituelle de personnes vivant dans le monde et s'adonnant aux travaux de l'intelligence [c'est moi qui souligne].

Est-ce une lacune d'érudition théologique qui me rend ce bref traité inhumain ? Ou la lecture récente des Pères du désert dont la prière du cœur résonne en moi comme le plus petit dénominateur commun d'un principe universel d'oraison. Je n'exclus pas que, plus simplement, la fatigue m'ait éloigné hier de l'aride bonté de la pensée des Maritain. L'essentiel est que le livre est là, désormais, dans la proximité de ma main, minuscule et impeccable dans ce que les professionnels des livres anciens nomment sont état d'usage.

Curieusement, alors que l'édition est datée en plusieurs endroits, le propriétaire précédent de cet exemplaire a rajouté au crayon, sur la page de grand titre et sur le colophon la mention 1933, indiquant même de deux flèches, sur ce dernier, qu'il ne s'agit bien que de la stricte transcription de la date imprimée en chiffres romains : MCMXXXIII.

Colophon

Je m'avance vers le bouquiniste, un habitué de Saint-Sernin et de Saint-Étienne, qui s'étonne de mon étonnement de lui acheter ces deux livres un jour ouvrable : lui-même et ses confrères sont ici tous les lundis, me dit-il…

À ceux qui dissertent avec onction de sociologie de la lecture, de l'avenir du livre et du destin de l'humanisme, j'indique seulement cette ville qui sème de tels trésors sur votre route, quel que soit votre itinéraire ou peu s'en faut. Se pencher pour recueillir une infime pincée de cette manne restera longtemps encore le premier geste conséquent de qui prétend avoir un avis sur ces questions.

 

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