blog dominique autie

 

Samedi 25 décembre 2004

08: 02

 

D’une « Eucharistie de désir »

 

Desert

 

[Cette année encore, mon père se réjouissait de me savoir bientôt auprès de lui pour la messe de Noël. Il nous a quittés il y a deux semaines. Je lui dédie aujourd'hui la mise en ligne de ce texte. Je l'ai rédigé le 25 décembre 2002. Mon père l'avait communiqué à des amis de la communauté paroissiale à laquelle il appartenait.]

 

Messe de Noël. Les jeunes enfants sont invités à se joindre au cortège des fidèles qui communient. Il leur est indiqué de croiser les bras sur la poitrine, parvenus devant l’officiant, afin de recevoir de lui, non le pain transsubstantié, mais la bénédiction tracée au front – la main même qui délivre à la communauté le Corps offert du Christ touche le visage de l’immature en son centre d’élévation, au point symbolique où le regard et la pensée interfèrent, où croît chez l’Homo sapiens sapiens l’intelligence du monde. Onction, pour ainsi dire, qui anticipe pour l’enfant, plus encore que l’Eucharistie vers laquelle l’achemine la catéchèse, un autre sacrement à venir : le rappel sur lui de l’Esprit saint.

La gestuelle s’impose dans toute sa richesse : allant et joie de l’enfant qui se croise (posture conférée par l’iconographie occidentale à la Jeanne de Domrémy comme à la plupart des soldats du Christ au moment où leur est énoncé l’ordre de mission) ; imposition de la main qui, tel un conducteur en électricité, induit une relation alternative – acquiescement du baptisé aux pleins pouvoirs du Dieu vivant médiatisés par l’officiant, mutuelle identification et promesse : un père communie son bébé dans les bras, qu’il dédie dans un mouvement d’une grande beauté au doigt de Dieu.

Tant de ressources sémantiques suggèrent que le rituel soit exécuté sur toute sa tessiture : qu’un ancien enfant s’y puisse trouver – explicitement ou non – convié.

Que l’on songe à celle ou celui qu’un long cheminement situe à la marge de la communauté, brebis des confins, de l’entre-deux du troupeau, qui n’a jamais su ni pu s’égarer tout à fait – ou ne pourra ni ne saura jamais rentrer dans le rang ; à celle ou celui pour qui, toute illusion consommée, le mystère de la présence réelle constitue peut-être le seul déni de raison (ainsi que l’on parle de déni de justice) qui ne soit pas une insulte à l’esprit, donc – il se peut – un ultime objet digne de foi.

Inviter celle ou celui-là à s’approcher de la table du partage (on nommait jadis table de communion la rampe où s’agenouillaient les fidèles pour recevoir le Corps du Christ) pourrait revêtir une double signification : pour le chrétien des limites, manifester, sinon son adhésion, du moins sa reconnaissance du (au) mystère du Christ incarné ; pour la communauté, confirmer, par cette onction bénissante, au baptisé qui fut en son temps admis à la table du Repas le caractère imprescriptible du baptême et sa participation toujours actuelle à la Communion des Saints.

(La signification du baiser de paix, quelques instants plus tard, s’en trouverait rehaussée, associant dès lors la communauté élargie des enfants de Dieu vivant.)

Envisagée dans toutes ses conséquences, cette proximité sacramentelle n’est pas appeler une méditation sur ce qui ne laisse d’évoquer une « Eucharistie de désir », tant la parenté paraît grande avec ce que l’Église nomme le Baptême de désir, acquis aux catéchumènes auxquels la mort, ou toute circonstance d’exception, a refusé l’échéance de la cérémonie devant les fonts baptismaux.

Il semble qu’une telle interprétation du rituel se trouve annoncée, si ce n’est dans l’ordre du dogme, du moins sur le registre de la spiritualité, par la consécration de la messe sur le monde pratiquée, lors de ses mission de paléontologue dans les steppes désolées d’Asie, par Pierre Teilhard de Chardin [1]. Promesse pour l’enfant de sa prochaine participation active au mystère de l’Incarnation, cette « bénédiction eucharistique » s’offre aussi comme un signe disponible que l’Église pourrait consentir à ses fils du désert.

 

[1] L'admirable texte de La Messe sur le monde de Pierre Teilhard de Chardin est disponible dans le recueil intitulé Hymne de l'Univers, Le Seuil, 1962. Il a fait l'objet d'une publication isolée, en 1965, chez le même éditeur, sous la forme d'un petit livre toilé.

 

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