Il me faut, ce matin, cesser d'éluder le moment de parler du Président.
Non que cela me coûte, je l'ai déjà fait, plus longuement que je ne le ferai de nouveau ici [1].
Autant le dire d'emblée, le Président est un ami, très cher (écrivant ceci, je songe avec une soudaine répugnance à ce culte faux-cul de la transparence et de la traçabilité qui fait mentionner, en pied du compte rendu qu'un critique littéraire du Monde des livres consacre à l'ouvrage signé par l'un de ses confrères de la rédaction, que l'auteur est de la grande maison : oui, mais en un tout autre sens, j'aime à dire que le Président est de ma maison, comme jadis voulait qu'on le formulât l'étiquette.).
Il y a déjà fort longtemps que nous sommes un petit nombre à savoir que l'œuvre de cet homme s'est accordé le destin de circuler sous le manteau, au gré de son auteur. Celui-ci avait, de longue date, affirmé que ses textes – nouvelles et romans, redevables à la chronique hors de toute minauderie de théoricien – seraient, en son temps, édités par ses soins et diffusés à qui mériterait de son amitié. Depuis le milieu des années 1990, il a engagé le labeur de concevoir et d'imprimer les volumes. Récemment, il s'est mis en devoir d'éditer des œuvres amies et j'attends, avec la patience que toute sa démarche initie, mon exemplaire des Indes lisses de Jean-Paul Chavent.
S'il a considéré l'intention du blog avec une circonspection irritante, force est de constater que, sur le registre de l'édition, il avait anticipé de plus loin que nous l'inéluctable repli, l'entrée en vie cachée de la langue que le blog, à sa façon, s'épuise encore à négocier.
Cette foi qui est mienne dans d'ultimes médiations n'est pas seule en cause dans nos échanges. Je dois, depuis toujours, au Président d'incessants et salutaires rappels à l'ordre. Je n'en citerai qu'un seul, qui m'est durable. Dans les années 1970, sévissait une forme pernicieuse de coqueluche des poètes qui incitait chacun à pratiquer compulsivement l'art du haïku (je ne suis d'ailleurs pas certain que la thérapie assénée par le Président ait guéri d'autre patient que moi). C'est par les mots que cet ami soigne ses amis. Il a donc, lui-même, cotisé au haïku, pour notre seule édification :
Il pleut dit la crémière
La crémière dit
Il pleut
Comment, dès lors, s'adonner à la forme brève sans éprouver le sentiment honteux de plagier le Président ?
Je parlais de maison, venons-en au blason. De Montclerc, qui excelle en ce genre, a rassemblé, en 2003, la quarantaine de pièces de son œuvre poétique complet en un recueil de sa propre facture [2]. Le meilleur Pierre Louÿs fait écho à ces sonnets, chansons et ballades, que l'auteur pratique dans la plus stricte observance prosodique. Au point qu'un universitaire louche ait pu prendre, un instant, ses Rondeaux marotiques pour des inédits du Cadurcien. Je conçois quelle érotique sous-tend ce chantournage obstiné mais joyeux de la langue (je viens, en vain, de chercher trace d'une anecdote lue, je crois, dans une biographie de Pierre Louÿs : on aurait ainsi retrouvé dans ses papiers des feuillets noircis du seul mot sein calligraphié en salves, ultime état de la langue transmuée en désir).
Sous leur masque compassé, dans leur feinte désuétude, les vers du Président ont cette vertu de mettre au jour la compulsion du désir. Si leste soit celui qui la courtise, la langue fulgure :
Ces quatre vers suffiront, je suppose, à balayer tout soupçon de complaisance dans l'amitié qui dicte aujourd'hui cette chronique.
[1] Le Bec dans l'eau, pp. 89 sq.
[2] L… - F… de M…, Floraisons du Printemps – Poèmes françois, Éditions du Pantin, Clermont-Ferrand, 2003 (sur commande, chez l'auteur).
[3] Op. cit., p. 69.
Louis-Ferrand de Montclerc, photographie de Dominique Autié, ca. 1992.
Dominique Autié
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Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.
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