blog dominique autie

 

Mercredi 29 décembre 2004

03: 00

 

 

Le premier qui dort

 

Olivier Autie

 

Psychanalystes, au divan ! De stricte obédience ou d'affiliation flottante, que vous portiez à gauche ou à droite, à vos divans, dis-je ! Voici du miel.

J'ai pris cette photographie de mon frère Olivier vers le milieu des années 1975. Pourquoi ai-je organisé ce casting en interposant cette vitre sale, pour ainsi dire déformante, entre mon Pentax et lui ? Vous avez trouvé la réponse ? Alors vous êtes un bon psychanalyste. Un bon psychanalyste ne sort jamais sans ses réponses, qu'il garde pour lui. Ne dérogez pas, ne changez pas pour moi vos petites habitudes, tout va pour le mieux.

Olivier s'est tué, pour ainsi dire sous mes fenêtres, en me rendant visite à Saint-Cloud le 29 décembre 1978 vers 20 heures. Il a été renversé par une locomotive haut-le-pied sur la ligne de chemin de fer qui desservait, à l'époque, les usines Renault de Billancourt en longeant la Seine. Il y avait un simple passage à niveau automatique, non protégé, en bas de l'ancien pavillon de chasse d'Eugénie de Montijo dans lequel je louais ma garçonnière. Il venait dîner chez moi. Le seul témoin a dit qu'il marchait très vite, qu'il courait pratiquement. Il n'avait aucune raison particulière de courir. Il était à l'heure. J'ai toujours pensé qu'il s'agissait, à tout le moins, d'un acte manqué (vous notez, mesdames et messieurs du divan ? je ne répéterai pas.)

Olivier était plus jeune que moi de cinq ans ; il était mon frère unique ; il était de petite taille, j'étais plutôt grand ; il peinait à l'école pour des résultats médiocres, je brillais en pure paresse ; j'aurais pu devenir photographe d'art, chauffeur routier, chanteur de rock anglais ou travel writer, il prenait pour lui et sur lui seul la litanie maternelle qui a scandé notre difficile enfance commune : Mais qu'est-ce qu'on va devenir ? ; il était l'enfant chéri de notre mère, j'étais le petit-fils adulé de ma grand-mère maternelle ; Olivier aimait les chiens, j'aime les chats ; il était homosexuel, j'étais le seul à le savoir dans la famille ; il était, j'étais ; je suis, il n'est plus depuis longtemps.

Un ami très cher, qui était présent à Saint-Cloud ce soir-là, est affectueusement persuadé que j'ai, sur tout cela, encore tout à écrire. Je ne partage pas sa conviction. Cela relève, me semble-t-il, de la main courante, non de la littérature. Seul le cliquetis lancinant de la vieille Remington dans le bureau crasseux de l'officier de police est à la hauteur des faits.

Le 29 décembre 1978 au soir, je suis devenu un survivant.

[Le 21 septembre 2001, j'étais hospitalisé à l'hôpital de Rangueil, à Toulouse, à 300 m à vol d'oiseau de l'explosion de l'usine AZF. J'ai vu les vitrages des distributeurs automatiques de la cafétéria se distendre avant d'exploser sous la pression de l'onde de choc ; des bris de verre, comme des lames de guillotine, sont tombés dans les couloirs, ce fut un défi aux lois de la probabilité qu'il n'y eût aucun mort parmi ceux qui allaient venaient dans les couloirs ; ma mère est morte le lendemain midi à l'hôpital de Boulogne-Billancourt ; à vingt-huit heures près, j'ai failli ne pas tenir mon engagement de lui survivre (je n'ai d'abord pas relevé cette énormité, c'est ma compagne qui me l'a indiquée, avec mille précautions, quelque temps plus tard). On ne fait pas de la littérature avec ça ; on prend des notes, des minutes – n'est-ce pas, messieurs ? Ohé, du divan ! je vous parle ! vous dormiez ?]

 

Olivier Autié (1955-1978), cliché D.A.

 

Represailles

 

Travail du deuil, ready-made par Dominique Autié, 1979.

 

Cette chronique emprunte son titre au beau livre que Jean-Edern Hallier consacra à ses relations avec son frère Aubert, mort prématurément :
Le premier qui dort réveille l'autre, Le Sagittaire, 1977.

 

Commentaires:

Commentaire de: clepsydre [Visiteur] · http://pantarei.hautetfort.com/
Je pérégrinais sur la toile lorsque je suis tombé sur votre blog par de sinueuses voies.

bref, je lis d'autres choses, dans d'autres catégories... puis je lis ceci.

Je ne suis pas psychianalyste. Alors je suis simplement émue.

*

Vous écrivez si bellement et de manière si intelligente que j'ai quelques scrupules à vous déposer ceci. je le fais pour l'idée de l'échange que véhicule un blog.


Train de Vie

(Bruxelles, Gare Centrale - septembre 1995 / février 2000)



I.


Sulfureux segment
d'extrême jonction
effilé, livide ou vidé
électriquement
un train passe.
Sur le quai
les débris d'attente
lentement s'effilochent
aux flux vasculaires d'un silence
meurtri.



II.


Crissement exténué tiré alourdi
jusqu'à l’agonie.
Là, brute goutte d'exclamation
suinte
sous mille charpies de souffrances.
Un train s'arrête.



III.


Chuintement immortel.
Toute ma foi convertie en soupir
et je meurs étriquée
sur des croix enfermées dans un petit coffre
d'étain glacé.
Boeuf soufflant
avant la charge
impatient,
un train s'offre aux passagers.



IV.


Je décante le bruit
de cette course dévorée par l’absence
les doigts scellés d'encre
lunatique.
La nuit froisse mes paumes menteuses.
Ma mémoire s'assied sur le froid du banc
quai zéro
en gare d'oubli.



V.


Une micheline pèlerine aux aurores.
Je m'éveille en correspondance.
En bout de quai,
un ange et un chien sirotent
une flaque d'étoiles.
Là bas,
sur le banc à peine tiède,
une plume abandonnée dérange l'ordre du vent...



Permalien Mercredi 15 mars 2006 @ 13:06
Commentaire de: ashley [Visiteur]
je suis franchement désolé! je trouve que même de nos jour les railles de train ne sont pas protégé! mon chien a été tué par un train je suis écoeuré je souffre énormément! pourquoi les raille de train ne sont telle pas sécurisé par des grillages! pourquoi! maintenant je dois apprendre a vivre sans lui alors que j'y étais trés attaché aprés l'empoisonnement de mes 2 autres chiens! maintenant mon histoire recommence! même si elle ne s'est pas déroulé de la même manière! mon autre chien souffre autant que moi! il se sent seul tout comme moi! je sais que mon histoire est totalement différente de la vôtre et que se n'est pas un être humain qui a perdu la vie mais mon chien!et c'est tout comme si! il fesais partit de la famille! je l'aimais et je l'aime toujours! maintenant nous sommes seul et je dois de nouveau reconstruire ma vie! une machine incontrolable a percuté mon chien! c'est un être vivant! et un train une simple machine! je trouve que c'est injuste de souffrir autant! un animal et une machine sont des adversaire de mesure inégal! je l'aime et maintenant je déteste l'homme qui a persécuté mon animal je déteste les train! ras le bol des machine tueuse!elle seront utile le jour ou elle redonnerons la vie! mais pour le moment se n'est pas le cas! je peux donc affirmer que mon histoire n'a rien a voir avec la votre! mais il y a tout de même un point commun! nous avons perdu un être chère a cause d'une machine! je suis désolé pour votre frère! merci d'avoir créé se site! j'ai enfin pus exprimé la haine qui étais en moi! merci!
Permalien Mardi 21 novembre 2006 @ 21:57
Commentaire de: anna [Visiteur]
etes-vous toujours un survivant ? Dans quel sens employez-vous ce mot ?
Permalien Jeudi 18 janvier 2007 @ 17:47

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
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qui est l’écran
de votre ordinateur,
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à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
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