blog dominique autie

 

Lundi 3 janvier 2005

05: 45

 

Pommier (Corrèze),

31.12.2003 – 23:48

 

 

Biber sonates

 

Jean-Paul : Il n'y a pas à se demander s'il faut y aller ou pas. L'humanité y va, nous y sommes presque. Bernard évoque le cerveau décorporé d'une anguille qu'on a relié à un jouet électrique ; celui-ci obéit aux influx phototropiques de l'anguille et se dirige vers les sources lumineuses. Martine avait préparé une sauce aux airelles pour accompagner le rôti de cerf. Les mots m'ont manqué pour parler du Château Margaux (cette pièce, la voix de mes amis, le souci des bûches dans la cheminée que j'observe entre l'épaule de Bernard et le revers du dossier du fauteuil auquel est appuyée Sylvie [au lieudit Pommier, nous mangeons sur des bancs – j'ai entendu, un jour, quelqu'un dont le père disait que la chaise c'est le début de l'égoïsme] sont les seules circonstances qui font remonter au palais – à fleur de ma bouche et du verre – le goût de bois de l'abstinence. Tandis que la saucière passe de main en main, l'airelle appelle le mot clarisse. Je reviens à la charge. Écrire, plus que jamais, c'est assurer ce flux tendu de la prière dont les ordres silencieux, de par le monde, maintiennent le fil, ce répons perpétuel pris dans la course du soleil, cette offrande de la fuite du temps. Bernard me sourit. Il dit que, tout de même, un bout de doigt, une touffe de cheveux – un seul cheveu avec son ADN dans la racine –, ça ne coûte rien. Que, non seulement, nous devons assumer cet effacement du monde ancien, mais qu'en plus nous allons manquer de quelques années les facilités de la bionique. Que nous sommes vraiment les dindons de la farce.

Le clac d'une punaise qui s'est posée sur le bord brûlant de la suspension, au-dessus du plat de purée de céleris. L'un de nous se lève, la saisit dans une feuille de Sopalin et la jette au feu. Maryse dit que ce qui la trouble, chez l'homme, c'est notre effort éreintant de conceptualisation. Dans l'un des paquets, je trouve Eve de Jospeh L. Mankiewicz et la version longue de Apocalypse Now. Dans l'autre, La Subjectivité à venir – Essais critiques sur la voix obscène de Slavoj Zizek aux éditions Climats. J'ai hésité jusqu'au dernier moment à propos de Tours promises d'Hélène Cixous, que je suis en train de lire, ces temps-ci. À cause de ce qu'a évoqué Maryse du désir d'abstraction, j'ai regretté de n'en avoir pas prévu un exemplaire dans chacun des deux paquets que m'a préparés le libraire, vendredi matin.
[Il faudra, demain, que je fasse une copie des Sonates du Rosaire de Biber dans l'interprétation d'Alice Piérot, que nous avons offerte à Jean-Paul et Martine cet été. Elle est tellement plus aérienne, plus déplorante que la version par laquelle nous avons découvert cette œuvre.]

[À la hauteur de la sortie sud de Cahors] Sylvie : Duras dit qu'on peut écrire, être écrivain, sans produire de texte ni de livre ? (sur l'autoroute déserte dans la nuit de samedi à dimanche, nous parlons par bribes d'un texte souffrant de X. dont Jean-Paul nous a lu, en trébuchant sur chaque mot, les premières lignes) – Je crois que je suis un écrivain qui n'écrit pas, dit-elle.

De retour ici, je localise sans peine le passage (un petit texte de 1997) : Découvrir Claude Louis-Combet m’a désigné la belle mort, qu’il est encore temps de me ménager si je m’aime assez pour cela : qu’une clarisse (à cause de ce nom de fruit vert sans noyau, lisse œuf clair) en habit, assise sur le bord de mes langes d’agonie, me lise quelques pages de Passions apocryphes [1], afin que la langue transmue la mort de mon sexe en scissiparité.

 

[1] Claude Louis-Combet, Passions apocryphes, avec un frontispice de Hélène Csech, éditions Lettres Vives, 1997.

 

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