blog dominique autie

 

Jeudi 20 janvier 2005

05: 48

 

……………L'écran et le plomb

 

 

Casse imprimerie

 

Pouvais-je imaginer un instant, lorsque j'ai mis en ligne la première chronique de ce blog en octobre dernier, que la tenue de celui-ci me restituerait une part de la fièvre typographique – médicalement et en phase terminale, cela se nomme le saturnisme – connue il y a bientôt trente ans dans l'atelier de composition de l'École Estienne ?

C'est, en effet, par piété filiale autant que par passion pour le livre et la chose imprimée que je me suis inscrit, au milieu des années 1970, aux cours de formation continue de typographie dispensés dans le temple des arts graphiques. Un cursus auquel, administrativement, je n'avais pas droit – et c'est par l'entremise d'un ami de mon père que j'ai pu m'embarquer en passager clandestin dans ce navire mythique. Bientôt rejoint par Jean-Hugues Malineau et Christian Laucou, j'ai participé pendant trois ou quatre ans à la merveilleuse aventure de l'édition artisanale : nous cousions rue Sauffroy, dans la nuit du samedi au dimanche, les exemplaires imprimés dans la journée sur la presse à épreuves d'Estienne ; et Gérard Bialestowski, qui traversait à pied tout Paris pour prendre à Austerlitz le premier train à destination d'Arpajon (afin d'apporter des croissants chauds au chevet de sa femme et de ses filles) vendait au petit jour notre production aux dernières professionnelles qui arpentaient le trottoir ; celles-ci avaient fini par guetter cet étrange colporteur du dimanche, qu'il plût ou gelât à pierre fendre, au sac bourré de poésies et d'aphorismes obscurs imprimés au plomb sur vélin d'Arches.

Composer lettre à lettre ses propres textes en glissant entre les caractères en plomb des espaces maigres et fines (dans le jargon des typographes, espace est du genre féminin) vous donne le sens du poids des mots. La moindre longueur pèse entre vos doigts.

Curieusement, je retrouve en préparant les textes en vue de leur mise en ligne un peu de cette émotion. Certes, il serait possible de s'en tenir au petit menu qui pose à votre place les balises html pour obtenir les caractères en italiques et en gras. Très vite, toutefois, j'ai entendu maîtriser les blancs, disposer de vignettes pour séparer les textes constitués de fragments, des exposants, de l'alignement au fer à droite pour les épigraphes et les dédicaces… Sans parler des espaces insécables, pour lesquelles le logiciel que j'utilise ne prévoit pas de raccourci : six lettres constituent la balise qui évite qu'un point-virgule se trouve rejeté au début de ligne suivante.

J'éprouve de nouveau le bonheur de sculpter le texte, d'accorder un soin matériel à la langue. Et ce versant laborieux n'est pas pour rien dans la belle assuétude que suscite la tenue strictement quotidienne du blog.

 

Casse d'imprimerie, gravure de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

 

Commentaires:

Commentaire de: gribouillages [Visiteur] · http://gribouillages.hautetfort.com/
Et ce travail de bénédictin, à matines, cher Dominique Autié, se révèle à la lecture dans toute sa finition, soyez-en assuré. Le plaisir de le lire est doublé de celui que procure la navigation à l'intérieur de votre blog, comme s'il s'agissait d'un livre relié pleine peau posé sur un lutrin, que l'on feuilleterait.
Permalien Jeudi 20 janvier 2005 @ 20:31
Commentaire de: Un lecteur enthousiaste [Visiteur]
Bravo ! Un plaisir rare sur le Net...

Si vous le souhaitez, utilisez donc cette commande html autour de votre article :


Votre texte


(j'ignore si la commande sera retranscrite convenablement... espérons-le)
Vous devriez retrouver la justification du texte, comme une vraie page papier !
Permalien Vendredi 21 janvier 2005 @ 17:05
Commentaire de: idem [Visiteur]
Eh bien non, c'est raté !

Dommage...

Quoi qu'il en soit, mes félicitations !
Permalien Vendredi 21 janvier 2005 @ 17:06
Commentaire de: Philippe[s] [Visiteur]
Entièrement d'accord avec le premier commentateur.
Cependant, de nombreuses images ne s'affichent pas (dans cette page: Böhm, Véronique par exemple)
Un problème technique à régler? Ou alors je suis le seul concerné?
Permalien Samedi 22 janvier 2005 @ 09:15
Commentaire de: BIALESTOWSKI GERARD [Visiteur]
Monsieur,
je vous signale que j'aime toujours les croissants chauds, les petits pains pourvu que je ne les prenne point dans la tronche, que j'en porte encore à dame Bribri, non plus à Arpajon mais à : Le bourg 71260-Bissy la Mâconnaise ousque je vis définitivement depuis un an, profitant à donf du lever du soleil et du coucher des poules, des mésanges hooligans sur le vieux rosier qui déborde du jardin, du givre aux carreaux quand la chaudière tombe en panne , du passage du Président Janin et de dame Fanny, qui en prend de sérieuses à la pétanque. Je vois souvent aussi JHM et le Laucou, on dit souvent du mal de toi avec émotion, qu'est-ce qu'on attend pour un jour, tous, se mettre le bec dans l'eau ou dans la bière-non, pas la bière !- en un lieu choisi en commun ? Hein? Ce commentaire éclairé à la bougie de l'amitié est tout ramenard de souvenirs, l'oeil s'accroche aux larmes, non, faut pas déconner tout de même, l'émotion ça se mouche.
Pas tant que ça en fait.
Quelques anciens combattants de mon adolescence ont passé l'arme à gauche en rafale très récemment, et ils me manqueront toujours.Comment peut-on faire son deuil ? Comme une maison, avec des briques de rires, d'élans, de jeux de mots pourris à plaisir? Ou le prendre comme un voile noir dans le monastère de la mort? Merde de merde, je les veux vivants, les aminches, les poteaux, les proches; les exilés de l'au-delà, eux, répondent toujours présents, mais ceux-là qui jouent à être de ce monde, où sont-ils passés? Parfois, on se le demande. Christian Oddoux, au marché de Lugny, m'a demandé l'an passé de tes nouvelles, je n'avais qu'à lui dire pour tout potage que je t'avais surpris dans Libé à toulouser gaillardement. Un peu court. Si je "commente" aussi tardivement, c'est que Mlle Adèle Aiselle vient seulement d'arriver, le souffle court, dans nos contrées sauvages.
Je t'embrasse.
Ubu
Permalien Lundi 27 novembre 2006 @ 10:41

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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