blog dominique autie

 

Dimanche 23 janvier 2005

07: 50

 

Vera Icon

 

 

Veronique Sanson

 

Elle porte l'un des plus beaux noms de femme. (Ils espéraient une fille [elle, du moins] c'est pourquoi je devais m'appeler Véronique, ce qui signifie l'image vraie – vera icon. Il n'aurait plus manqué que ça.)

Par chance, ses tournées de concerts donnent presque toujours lieu à l'édition d'un album. Barbara, le Julien Clerc des deux premières décennies, Nougaro… (vous serez bientôt effarés de découvrir le grand absent de cette liste) figurent ici – exclusivement pour Barbara et Véronique Sanson – à travers leur discographie live. Je traque dans ces enregistrements les rares bribes de présence réelle accessibles chez des femmes et des hommes dont j'aurais aimé faire le métier : une scène, trois sunlights, une sono surdosée ce qu'il faut, des applaudissements, et l'agencement subvient à ma plus totale fascination. Il importe donc, pour que mon émotion perdure le temps d'un spectacle, que celui-ci s'abstienne de requérir les zones les plus élaborées de mon cerveau. À cette condition, je deviens durant une heure ou deux un spécimen social assimilable, soluble dans le public. Je redoute d'avouer qu'en d'autres temps j'aurais certainement fait un parfait badaud des jeux du cirque.

Au fil du temps, j'ai compris que mon attachement à ce genre boudé des mélomanes tient à des détails tout aussi minuscules que ceux susceptibles de vous être vantés chez Maria Callas dans la cavatine de la Norma (enregistrement de 1954) par un adepte d'opéra. Ainsi, dans le cas qui m'occupe, une oreille non bégueule repérera sans peine la présence systématique, parmi les percussions des orchestres de scène de Véronique Sanson, la présence de ce que j'ai longtemps pris pour un glockenspiel et qui se nomme, en réalité, un jeu de cloches : l'instrument, qui est aussi voyant qu'une harpe, consiste en une rangée de tubes métalliques de longueur croissante suspendus à faible intervalles sur un haut cadre droit, semblable à ceux des portemanteaux dans les vestiaires de salles des fêtes. Sollicité sur toute sa longueur, le dispositif émet une buée cristalline, aérienne, archangélique, sur le magma des basses fréquences. Un son de conte de fées que provoqueraient d'impalpables pensées interstitielles – impossibles soupirs, improbables silences qui échappent au spectateur –, images d'un monde perdu fusées dans l'esprit de la pianiste que sa musique isole, retranche bien plus qu'elle ne la livre à l'odieux des regards.

En attendant qu'on me consente l'édition en DVD de ses concerts, je ferme un instant les yeux sur la voix de cette femme compacte, aimantée à son Steinway blanc. Je m'approprie un halo de magie au centre de la scène. Et trois de ses vers tremblés, qui ne sont pas du René Char, suffisent dès lors à me procurer une joie rauque :

L'irréparable
C'est aimer d'amour
C'est donner une partie de sa vie

 

 

Véronique Sanson, d'après un cliché de l'album Avec Vous.

 

Commentaires:

Commentaire de: Marie Pierre Daugé [Visiteur]
Merci et surtout continuez !
Continuez à nous donner ce moment rare chaque jour où la lecture de votre blog nos mène, moment attendu où cette lecture nous rend plus intelligent, plus sensible et plus attentif.
Moment de musique qui ne supporte aucun autre son (et encore moins de bruit, au sens donné dans la chronique du 2 décembre 2004) que celle de votre musique cisélée de mots au plus près du sens.
Plaisir de découvrir une pensée, une réflexion, une émotion donnée dans une langue qui est un mets de choix au sens où mon cerveau a besoin de cette nourriture.
La lecture de vos chroniques me mène aussi vers la découverte grâce à la qualité des liens (dans le texte et connivents) que vous proposez : j'ai créé une rubrique DA dans mes favoris pour les retrouver plus tard et continuer par moi-même l'exploration de mes terrae incognitae (en italique)
Je suis ravie de pouvoir vous aider à briser un cercle vicieux (votre phrase à droite sous la photographie, au début de mes lectures, m'avait laissée dubitative ; vous connaissant, je savais que le temps ferait son œuvre et je l'ai maintenant complètement assimilée : voici un exemple du chemin tracé chez moi par la phrase « La patience ne s'apprend pas »).
Pardonnez ma langue imparfaite, mes mots bien au-dessous des vôtres, mais ils sont sincères à vous dire « merci et surtout continuez !».
Permalien Dimanche 23 janvier 2005 @ 21:27

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié

mars 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<<  <   >  >>
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
filet_dadada
filet_blanc_blog

LE PORTAIL intexte.net

Le blog de Dominique Autié
est développé sur le portail

intexte.net

logo_intexte
www.intexte.net

Agence d'édition
en ligne et hors ligne
de contenus pertinents.


*

Les éditions n&b
ont choisi le portail intexte.net
pour y développer leur site :

logo_nb
http://editions-nb.intexte.net



filet_blanc_blog


cadratin_dadada




Rechercher


Syndiquez ce blog XML