blog dominique autie

 

Vendredi 11 février 2005

05: 32

 

Home cinema [I]

 

 

la_honte

 

J'ai un demi-siècle de retard à l'égard du cinéma. C'est ainsi, je n'en tire plus aucune fierté particulière, même si j'ai longtemps défendu devant le cinéma la position guindée, d'une sottise évidente, que nombre de surréalistes de stricte obédience prétendaient imposer à propos de l'écriture romanesque.

À la fin des années soixante, toutefois, un ami parvint à me doter d'un sommaire bagage de survie en m'imposant de partager avec lui sa séance hebdomadaire dans une salle d'art et d'essai du quartier latin. J'ai ainsi engrangé deux Jeanne d'Arc – celle de Dreyer et celle de Bresson –, les Bergman en noir et blanc et, ce qui reste dans ma mémoire un film au plus proche de ce que je guette devant un écran d'une lecture possible – non d'un spectacle, d'un jeu du cirque –, Andrei Roublev de Tarkovski

Aujourd'hui, une sorte de hasard technologique m'offre d'engager un itinéraire personnel en terra incognita. Je me suis frappé le front un soir, assis devant mon écran panoramique d'ordinateur (le plus large écran plat du marché, je crois, par nécessité professionnelle), alors que je venais de changer l'amplificateur à bout de souffle de la chaîne stéréo dont les deux enceintes et le caisson de basses cernent ma table de travail : tout cela, si je ne m'abuse, constitue le parfait home cinema de l'ours que je suis, qui déteste faire la queue où que ce soit et qu'affecte la présence d'inconnus qui reniflent, se mouchent, bâillent et grognent dans l'espace et le temps de son regard (qu'il s'agisse d'un tableau, d'un film, mais aussi d'un être qui parle ou se tait devant lui, que d'autres ne manqueront pas d'interrompre et de vampiriser).

Me voici donc face au patrimoine cinématographique mondial, dans la posture la plus sereine qui soit, puisque mes yeux n'ont pas à s'habituer à la luminosité d'un écran que je pratique une dizaine d'heures par jour, dans une pièce où je peux fumer, maître d'une souris qui me permet à tout moment de tourner la page, de revenir sur un passage lu la veille, de prendre des notes.

Je n'ai pas tardé à me précipiter sur deux coffrets de Bergman, gardant de La Honte le souvenir d'un idéal de la nouvelle que j'aurais aimé (savoir) écrire. Premier essai concluant : j'ai relu ce film.

L'Heure du Loup (1968) est le second titre de ce coffret. J'avais pris connaissance sur la Toile du commentaire d'un cinéphile, que je ne retrouve plus aujourd'hui, indiquant les différences de qualité d'un éditeur de DVD à l'autre  tonalités de l'image, qualité du sous-titrage. Dans L'Heure du Loup, m'a frappé en effet la traduction, plus que sommaire, du monologue de Max Von Sydow approchant du terme de sa nuit d'insomnie. Il se trouve qu'en son temps, j'avais trouvé le texte complet de ce passage, qui éclaire le titre du film :

L'heure du loup, c'est l'heure où la nuit fait place au jour.
C'est l'heure où la plupart des mourants s'éteignent,
où notre sommeil est le plus profond,
où nos cauchemars sont les plus réels.
C'est l'heure où celui qui n'a pu s'endormir affronte sa plus violente angoisse,
où les fantômes et les démons sont au plus fort de leur puissance.

J'ignore encore où va me mener cette aventure singulière. Je viens seulement de vérifier que disposer de ce texte, pouvoir le relire dans l'instant (et le livrer ici) rend compte assez précisément de l'idée que je me fais d'une approche enviable des œuvres cinématographiques que le temps – toujours lui – m'accordera de découvrir et, pour un petit nombre, de revisiter.

 

La Honte, d'Ingmar Bergman, 1967. Liv Ullmann et Max Von Sydow.

 

Commentaires:

Commentaire de: alina reyes [Visiteur] · http://www.alinareyes.com
L'heure du loup, c'est aussi l'heure de la nuit où il fait le plus froid, quand on dort à la belle étoile. Froid qui réveille immanquablement et oblige à attendre en grelottant, le visage tourné vers le ciel, dans l'inquiétude, le vertige et l'espoir, la toujours exquise et déchirante aurore.
En haute montagne par exemple... Chez moi, près de chez vous...
Hâte de voir venir le moment où le jour va commencer à se lever assez tôt pour me donner envie de me lever avec lui, au lieu de m'avancer si loin dans la nuit comme je le fais l'hiver.
Permalien Vendredi 11 février 2005 @ 09:13
Commentaire de: Louis-Ferrand de Montclerc [Visiteur]
Félicitations !
Pour une nouvelle, c'est une nouvelle !
Mais, cher ami, vous avez du pain sur la planche, si l'on peut s'exprimer ainsi.
Montclerc.
Permalien Vendredi 11 février 2005 @ 12:05

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié

décembre 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<<  <   >  >>
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
filet_dadada
filet_blanc_blog

LE PORTAIL intexte.net

Le blog de Dominique Autié
est développé sur le portail

intexte.net

logo_intexte
www.intexte.net

Agence d'édition
en ligne et hors ligne
de contenus pertinents.


*

Les éditions n&b
ont choisi le portail intexte.net
pour y développer leur site :

logo_nb
http://editions-nb.intexte.net



filet_blanc_blog


cadratin_dadada




Rechercher


Syndiquez ce blog XML