blog dominique autie

 

Vendredi 18 février 2005

05: 20

 

Pierre Caminade

II – Se surprendre mortel

 

 

 

se_surprendre_mortel

 

Le sourire glisse le long
de la caresse du sourire
– à portée de main –
caresse l'espace soigneusement invisible retenu
le temps
blanc
Jamais la même rencontre
le même mensonge
blanc
le même art du feu
blanc
Quelle heure mon amour à ton regard

blanc

Le Sablier invisible (1991) [1].

 

Et voilà que, l'été dernier, Madeleine Caminade me fait signe, m'informe de la parution en un volume de l'œuvre poétique de Pierre. J'avais vu le livre, quelques jours plus tôt, dans la vitrine de mon libraire. J'avais demandé qu'on me le mette de côté (toujours cette étrange réserve qui me fera me précipiter sur l'accessoire et ne pas oser tendre la main vers l'essentiel). J'ai fini par découvrir, dans l'exemplaire que Madeleine m'a offert, non seulement de nombreux poèmes que je n'avais pas lus, ne disposant pas des recueils originaux dans lesquels ils avaient paru, mais aussi la brève et lumineuse présentation que François Leperlier dresse de Pierre Caminade et de son œuvre.

Découverte émouvante et terrible d'un homme dont l'existence fut vouée à la langue, à la littérature, à la fraternité dans la parole. Un homme de désir – tendu comme une corde sur l'instrument –, un être tendu vers la lumière, tendu vers l'être :

Dieu est l'homme
Je crois
au geste d'un être
qui se penche et caresse

Ainsi s'ouvrent Se surprendre mortel – le premier recueil, de 1932, et l'Œuvre poétique rassemblée aujourd'hui. L'intuition est étrange et cruelle : un ami, autour de mes vingt ans, m'aurait fait lire ces textes et parlé de leur auteur comme en parle François Leperlier, il est probable que je me serais précipité pour lui écrire, tenter de le rencontrer. Pierre Caminade était de ma famille, j'ai contourné sa présence, éludé toute proximité. La quête et les engagements qui furent ceux de cet homme, dès sa jeunesse, m'auraient sans nul doute indiqué, plus nettement, plus tôt, des voies qu'il m'a fallu discerner plus tard – trop tard ?–, pris que j'étais dans les brouillards délétères d'une adolescence interminable (que l'immaturité, décidément, est haïssable !)

Je donne ici, simplement, la fin de la première strophe du Sablier invisible. Je me garderai de la moindre glose. Que ce chant parvienne ici à d'autres que moi et, s'il se peut, les berce.

Le sourire
(…)
blanc
Il jumelle la possible lumière de l'être
à l'impossible lumière du monde
blanc
À son bord le silence et le réseau nocturne
blanc
Cette lumière que tu ignores naître
de la faune et de la flore
du plus lointain de toi-même
en deçà de ta nudité
blanc
Se donnent
les frémissements
onduleux
des deux harpes
blanc
Dormeur dormeuse
Danseuse danseur
Dormeuse dormeur
Danseur danseuse

 

[1] Pierre Caminade, Se surprendre mortel, Œuvre poétique complète, édition présentée par François Leperlier, Le Castor Astral, 2004 (18 euros) ; p. 273.

 

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