blog dominique autie

 

Dimanche 20 février 2005

02: 53

 

Auto repair

 

 

john_surman

 

Il y a des jours où la musique s'écoute en boucle. C'est ainsi. Quand cette échéance m'advient, je laisse la boucle se former. C'est que quelque chose, à quoi pour l'heure la langue n'a pas accès, exige un programme d'auto repair. En règle générale, la procédure menée à son terme se clot d'elle-même.

Parmi les erreurs les plus vaines dont les sciences humaines ont à rougir, la musicothérapie figure en bonne place pour avoir tenté de codifier, de transformer en recette ce qui, par excellence, opère dans les milieux les plus sévères de l'âme – à la façon des systèmes embarqués, issus des nanotechnologies, conçus pour équiper les robots experts largués dans les grands fonds et les environnements dépourvus d'atmosphère.

Voilà des années qu'une composition de John Surman [1] ouvre cette boucle. Jamais ne m'est venue l'idée saugrenue d'apaiser la souffrance et le mal à l'âme de qui que ce soit avec les ondes graves de la clarinette basse ou du saxo baryton de Surman, dont je ne sais moi-même à quelle zone inaccessible elles ont accès au moment où le silence intérieur les exige. Je me contente de vérifier que ce thème, curieusement circulaire dans sa composition, appelle non pas d'autres mélodies, mais d'autres basses fréquences – la basse de viole de Jordi Savall, certain accord de l'Étude n° 12 en ut mineur de l'Opus 25 de Chopin, un chœur d'hommes de la liturgie orthodoxe. Les sons opèrent comme des sondes, requièrent d'autres sons, œuvrent en aveugle. Et remonte des ténèbres la note lugubre de Surman par laquelle, à la fin, un grain de lumière pénétrera par l'étroite passe forée à même le silence de la langue.

Reste la musique, superbe. L'âme issue de sa plongée, il peut dès lors paraître enviable d'offrir cette musique des abîmes – non comme on propose un cachet d'aspirine à l'hôte qui se plaint d'une légère migraine, mais comme on devrait transmettre le texte d'une prière dont on a soi-même éprouvé la grâce efficiente.

 

[1] Portrait Of A Romantic, en ouverture de l'album Private City, ECM, 1988.

John Surman, D.R. (MMJazz).

 

Commentaires:

Commentaire de: Louis-Ferrand de Montclerc [Visiteur]
Tout à fait d'accord. Ou, mieux, en accord.
Montclerc
Permalien Dimanche 20 février 2005 @ 17:41
Commentaire de: nathalie [Visiteur]
Bonjour,
je souhaiterai savoir quel es l'instrument que l'on entend tout au long du morceau "portait of romatic" est ce une clarinette (si c'est le cas laquelle) ou est ce un saxo et dans ce cas lequel la baryton ou un alto ?
Permalien Jeudi 18 janvier 2007 @ 20:22
Commentaire de: admin [Membre]
Une clarinette basse : instrument étrange, éminemment troublant par ses résonances, qui atteignent sans doute des strates organiques chez l’auditeur que nul autre instrument ne touche ainsi – pas avec cette puissance, ces vibrations-là.
Merci de votre visite, de votre signe.
Dominique Autié.
Permalien Jeudi 18 janvier 2007 @ 20:30

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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