blog dominique autie

 

Vendredi 25 février 2005

05: 37

 

Le signe de l'amour

 

 

Le privilège de l'art chrétien serait donc de connaître la plaie,
qui est le signe de l'amour.

blanc
Stanislas Fumet [1].

 

descente_de_croix

 

Les enfants du baby-boom, auquel j'émarge, auront été les derniers à toucher pour ainsi dire sensuellement les fibres dogmatiques et culturelles d'un Occident chrétien dans lequel la respiration se fait de plus en plus courte. Terrible angoisse privée d'issue, je suppose, qu'un dolorisme et une culpabilité latente (jamais plus qu'aujourd'hui nous ne nous sommes vautrés dans la souffrance et le goût pervers de la faute) dont il vous manque le premier mot pour tenter d'en discerner les tenants et les aboutissants, pour en tirer le moindre fil. La grande imposture du christianisme laïcisant post-conciliaire aura été de couper toute une civilisation de ses sources – croyants et non-croyants confondus.

J'ai placé à dessein, en ouverture, ce commentaire d'un intellectuel chrétien de l'entre-deux-guerres, tant il me paraît un parfait exemple de ce qui, aujourd'hui, laisse au mieux sans voix, plus probablement inspire un haussement d'épaule assorti de quelque logorrhée sans rapport aucun avec ce que cette phrase exprime très précisément, dans son contexte (car on ne reste pas sans voix, de nos jours, c'est le fonds de commerce de toute pédagogie participative d'asséner cette injonction). Je me suis reporté, pour retrouver ce texte, aux précieux volumes des Études carmélitaines que j'ai glanés chez les bouquinistes au fil des années. Relancés en 1931 par le Père Bruno de Jésus-Marie, ces cahiers ont suscité jusqu'à la fin des années 1950 des apports du plus haut niveau de la part de théologiens, d'exégètes et de scientifiques sur les thèmes majeurs d'un christianisme vivant : hors de tout œcuménisme, de tout consensus mou, des Maritain, des Massignon y côtoyaient la jeune Françoise Dolto et l'élite de la médecine française. Ces ouvrages comptent toujours parmi l'outillage le plus sûr pour qui n'abandonne pas l'idée de décrypter le monde et de s'interroger sur le sens de l'humain.

Pendant qu'une poignée d'isolés – au nombre desquels je tiens fièrement à ce qu'on me compte – mettent sans relâche à la question les fossoyeurs de toute spiritualité sévère, l'Église perpétue, comme en s'excusant, un rituel dont on pressent qu'il est en partie renoncé, ou qu'on redoute d'en mettre au jour toutes les significations possibles.

L'échéance prochaine d'un conclave convoqué pour élire le successeur de Jean-Paul II sera – devrait être – pour l'Église l'occasion d'une réflexion prospective : maintenir autant que faire se peut l'acquis d'une religion dans son effritement communautaire, son érosion spirituelle, ses lézardes ; ou décider d'un nouvel esprit de mission, relancer le périple de Paul. À moins que son destin le plus enviable – sans doute convient-il d'envisager cette hypothèse plus sérieusement qu'elle ne peut l'inspirer d'emblée, ainsi formulée, ici – ne soit le repli des plus exigeants et des plus forts au sein d'une Église du silence qui, pour un temps, se refuserait à toute communication, tout prosélytisme, abdiquerait tout signe extérieur de richesse dogmatique et spirituelle. Pour méditer sur le sens même de la souffrance, sur les signes de l'amour.

L'aridité féconde du désert.

 

[1] Les signes de la douleur, introduction au volume des Études carmélitaines intitulé Douleur et stigmatisation, Desclée de Brouwer et Cie, octobre 1936, p. 12.

Descente de croix, d’après Hugo Van Der Goes, (ca.1440-1482) Huile sur bois, XVIe siècle, Sint-Janshospitaal, Bruges. © Université libre de Bruxelles (iconothèque numérique).

 

Commentaires:

Commentaire de: OrnithOrynque [Visiteur] · http://ornithorynque.hautetfort.com/
Magnifique texte. J'ai entendu parler d'un pays asiatique, je ne sais plus lequel, qui a réussi à perpétuer le foi catholique sans clergé - celui-ci avait été exterminé. Un des secrets de cette continuité a résidé dans la fixité des formes liturgiques qui eu valeur de roc. Le texte "Eucharistie du désir" était un de ceux qui m'avait fortement impresionné, soufflé, "pneumatisé". Parmi la pléthore de livres en attente sur les étagères, "Le Paysan de la Garonne" et un Gabriel Marcel "Les Hommes contre l'humain".
Bien à vous.
Permalien Vendredi 25 février 2005 @ 21:37

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