blog dominique autie

 

Dimanche 20 mars 2005

05: 06

 

Au secours ! Le SACD arrive.

 

 

rachmaninov

 

Il y a eu la mode du CD audio non piratable, avec un petit programme en implant qui vous garantissait, sur la moitié des lecteurs (c'est-à-dire sur le vôtre), trois ou quatre hoquets à la lecture, genre passage de drone à basse altitude entre les deux enceintes de votre chaîne. J'ai ainsi répugné à me faire rembourser le dernier album de Gérard Manset, ayant la chance que l'un de mes deux lecteurs fasse la nique aux Squd des paranos de EMI Music.

Nouvelle initiative des professionnels du disque, dont on connaît le misérabilisme de circonstance, ces temps-ci : un nouveau format du support lui-même, le SACD – Super Audio Compact Disc –, qui vous vaut cette fois un refus catégorique de votre lecteur Philips acquis il y a tout juste deux ans : Disc not finalized. En revanche, la chaîne du salon, qui a plus du double d'âge, avale le nouveau venu avec délices. Les salauds !

Qu'on se rassure, il existe une parade, qui ne manque pas de piquant : piratez méthodiquement l'album récalcitrant à l'aide d'un logiciel genre Toast Titanium (si vous êtes un adepte du Mac) et donnez la copie à votre lecteur, qui ne fera plus la différence.

Ma mère avait une petite phrase pour cela (elle avait une quantité incroyable de petites phrases, qu'elle émettait sur des formats qui, aujourd'hui encore, parasitent la langue, selon les jours) : C'est quand même malheureux de voir ça.

Quelques mots de l'enregistrement des concertos pour piano de Rachmaninov interprétés en public par Stephen Hough, qui m'a valu cette déconvenue. Voilà des années que les Préludes m'accompagnent. J'attendais qu'une version des concertos pour piano vienne à moi. Cette fois, ce sont les propos de Stephen Hough qui m'ont incité à prendre le risque de commander cette référence plutôt qu'une autre. J'en reproduis ici un long passage. Je suis un lecteur exhaustif des livrets qui accompagnent les disques, lorsqu'ils sont quelque peu substantiels. Ici, le témoignage est vivant, il emprunte une stratégie de la langue qui me convient d'emblée.

[Enfant,] on m’a offert les enregistrements qu’il [Rachmaninov] avait réalisés de ses concertos. C’était bien avant que j’entende quelqu’un d’autre les jouer. Quand j’ai finalement eu connaissance des exécutions modernes de ses œuvres, j’ai été sincèrement étonné. Où était le rubato caractéristique du jeu du pianiste ? Où trouver les tempos fluides, flexibles, qui avancent toujours avec ardeur ? Les voix internes taquines et colorées dont les harmonies aux modulations chromatiques formaient un contrepoint à la mélodie ? Et qu’en était-il des portamenti aux cordes ? Tout convergeait pour me donner l’impression de manger un met traditionnel, loin de chez moi, sans les bons ingrédients. Qu’est-ce qu’un pesto sans parmesan ? Un sushi avec du riz complet ?
[…] Ignorer les indications Vivacissimo du compositeur apposées sur la « grande mélodie », à la fin du Concerto n° 3, c’est transformer l’apogée, incarnation d’une énergie extatique, en une section trop longue qui donne l’impression de lourdeur et d’apathie émotionnelle. (Il exprime clairement son désir pour cette allure non seulement par sa partition et son propre enregistrement mais aussi à travers l’exécution donnée en 1941 par Vladimir Horowitz, un pianiste qu’il considérait comme sans rival aucun dans cette œuvre.)
Ne pas saisir la nature profondément improvisée de l’écriture soliste, des passages mélodiques, avec ses accents agogiques et son équilibre subtil entre ardeur et langueur, c’est échouer à communiquer le message lui-même. Si on est attentif, à juste titre, aux points et aux accents dans Schubert, pourquoi ne pas l’être pour les annotations typiques de Rachmaninov : ses lignes tenuto indiquant un certain type de rubato ou de nombreuses liaisons sur les cordes indiquant un doux glissando ?
Essayer de copier les exécutions consignées au disque par le compositeur n’apporterait rien à la musique et ne ferait guère montre d’intérêt historique. Ce qui est important c’est de comprendre aussi bien qu’une langue étrangère l’idiome pianistique de cette époque – Rachmaninov et ses contemporains qui, malgré des personnalités uniques, avaient en commun bon nombre de « tournures de phrases » – si bien que nous pouvons parler ou chanter nos propres mots avec un vocabulaire et une intonation authentiques.
Je crois que cet enregistrement est le premier depuis celui du compositeur où sont incorporées les parties manquantes des bois entre les chiffres 74 et 76 du troisième mouvement du Concerto n° 4. J’avais reçu les parties corrigées de l’Orchestre de Philadelphie, si bien que je les ai apportées avec moi à Dallas pour les utiliser. Après une exécution en concert, Andrew Litton décida de réécouter l’enregistrement de Rachmaninov et découvrit que les corrections étaient proches de ce qu’il faisait mais pas tout à fait correctes ! Il passa une matinée, avant un concert, à noter ces merveilleuses lignes supplémentaires, contrepoint à l’exécution du compositeur, et c’est ainsi que nous avons pu les incorporer à ce disque.

Est-ce l'acoustique de la salle du Symphony Center de Dallas ? la qualité de la prise de son ? l'humeur rebelle du technicien devant sa table de mixage qui s'est abstenu de lessiver l'enregistrement pour produire ce son propre, parfaitement désespérant, dont on nous gave depuis bientôt deux décennies ? est-ce la magie de la technique du SACD, après tout ? Il y a une générosité acoustique, une étoffe, dans cet enregistrement, qui vous font passer en boucle les deux disques tout un après-midi, sans même que vous vous rendiez compte de votre soudaine addiction. Et les applaudissements, que le même technicien a cru bon laisser au terme de chaque opus, sont les vôtres, sans la moindre réserve.

 

[1] Stephen Hough, traduction : Isabelle Battioni – © Hypérion, 2004 (texte complet sur le site d'Abeille Musique.

Serguei Rachmaninov (1873 -1943), D.R..
Les concertos pour piano 1 à 4 et la Rhapsodie sur un thème de Paganini Op. 43, Stephen Hough, piano, et le Dallas Symphony Orchestra sous la direction d'Andrew Litton (enregistrement public) ; double SACD Hyperion A67501/2, 2004.

 

Commentaires:

Commentaire de: messey christophe [Visiteur]
monssieur pouvez vous me donnerme donner une adresse pour acheter le sacd de rachmaninov par stephen hough svp jai 42 ans et je suis un fan de ce grand mossieur de ce genie de la musique classique avec mes remerciment m messey
Permalien Vendredi 26 mai 2006 @ 23:30

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Dominique Autié
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