blog dominique autie

 

Mercredi 27 avril 2005

06: 38

Minuscule caillou votif pour les alexithymiques

 

 

Tais-toi, tu dérailles !

 

 

aiguilleur

 

Alexithymie, suite [petit clou, petit marteau] : et si l'on envisageait les facteurs de risque ?

De mémoire, trois exemples choisis à quelque distance des polémiques du moment :

Il y a une vingtaine d'années, une femme de ministre a laissé entendre, dans un livre haineux [1], que plus rien ne s'opposerait bientôt à ce que l'homme (= mâle humain) soit biologiquement et anatomiquement porteur de ses propres enfants (= fœtus), ultime étape qui permettra d'affranchir la femme d'un immémorial esclavage – dû, on l'a bien compris, au fait que son image puisse être associée à la maternité.

Plus récemment, à propos de la mise au point du papier et de l'encre électroniques par des chercheurs M.I.T (Massachusetts Institute of Technology) conjointement à la commercialisation de ce PDA mouillé [2] qu'était l'e-book, un journaliste a pu écrire : Si ces produits pionniers s’imposent auprès du grand public, le développement des machines à lire n’aura plus de limites [3].

Un matin de juillet 2000 (j'ai déjà mentionné l'anecdote ici même), sur France Inter, radio d’État, un homme politique parle du référendum sur le quinquennat : L’extrême gauche, quant à elle prône le vote d’abstention.

Nul ne pipe. Dans le meilleur des cas, désormais, un débat va s'instaurer, avec componction, respect du temps de parole, esprit de dialogue et de convivialité. Personne n'aura plus le cran de proférer la seule injonction qui s'impose. Pour vous mettre sur la voie, flash-back :

Nous sommes au début des années soixante. Dîner dans une famille de la classe dite moyenne. La mère pose la soupière sur la table : Vivement qu'ils aillent sur la Lune ! Ils inventeront la nourriture en pilules et, au moins, j'en profiterai, moi [la mère de famille]. Plus de courses à faire, plus de cuisine à préparer… Le père [de famille] :
Ne dis donc pas de bêtises !
(Variante) Tais-toi, tu dérailles !

Voilà très exactement ce que notre compulsion idolâtre au dialogue, la pédagogie participative et le consensus mou nous ont fait perdre : cette possibilité de dire à l'autre (et à l'autre d'entendre) qu'il déraille. Car nous avons cet avantage considérable sur les trains réels de pouvoir, dans la plupart des cas, nous remettre à peu près droits sur le ballast et de repartir pour un tour. Or, parmi les raisons qu'un enfant – un(e) adolescent(e) – peut avoir de cesser de s'alimenter de la chair des mots (l'approche clinique nous enseigne que l'alexithymie n'est pas sans liens possibles avec l'anorexie), de ne pas en ingérer la substance à son profit et de la métaboliser pour en faire sa langue, je pose l'hypothèse qu'il puisse y avoir ce constat effrayant que la langue ne protège pas, qu'elle n'empêche pas d'aller dans le mur, puisqu'elle sert à proférer des énormités que nul ne dément.

On comprend mieux, dès lors, cette fermeture au sens – un sens inutile, voire nuisible, potentiellement dangereux – dans laquelle l'alexithymique se reclut.

Mais il y a bien plus empoisonnant encore (qui expliquerait la parade trouvée par les églises psy, qui marginalisent l'alexithymie en arguant de l'hérésie du concept) : on ne peut pas, dès lors, ne pas comprendre aussi qu'un tel syndrome s'engendre et se propage à partir de notre propre déficit de sens, de notre négligence sociétale [pas mal, ce mot pour ne rien dire, hein ?], de notre peur exponentielle d'appeler, au quotidien, un chat un chat.

 

[1] Élisabeth Badinter, L'un est l'autre, Éditions Odile Jacob, 1986.
[2] Personal Digital Assistant.
[3] Yves Eudes, « Le livre qui contient une bibliothèque », Le Monde, mercredi 28 juillet 1999.

 

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Commentaires:

Commentaire de: Xavier [Visiteur]
Cher Monsieur,

J'apprécie toujours vos chroniques, et notamment leur pertinence. Mais reconnaissez que pour torpiller l'adjectif "sociétal", un autre bâtiment que le sous-marin Le Pas Mal eût été préférable, non ?

A moins qu'il ne s'agît d'un sous-marin à torpiller, naturellement - l'humain est si naturel, finalement...

A bientôt de vous lire,
Permalien Vendredi 29 avril 2005 @ 23:33

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