blog dominique autie

 

Lundi 9 mai 2005

06: 24

 

Une passion allemande

 

 

furtwangler

 

Je dois à Philippe[s] cette version de la Passion selon saint Matthieu. J'en ignorais jusqu'à l'existence et, l'eussé-je croisée dans les bacs d'un disquaire ou dans quelque publication, il n'est pas certain que je me serais précipité pour l'acquérir. Si je précise que l'enregistrement est, pour l'heure, indisponible en France, il me faut vraiment reconnaître ma dette à la ténacité d'un homme, fin connaisseur et subtil passeur de Bach [1].

Je ne gloserai pas, ce matin, ce document sonore auquel plusieurs auditions ont fini par me lier d'assuétude. Je ne reviendrai pas non plus sur la vertu cardinale de cette interprétation, ayant tendance à faire un préalable de la lenteur à toute fréquentation de l'œuvre chorale de Bach, à cette Passion en particulier. J'ai conscience de n'être en mesure, à peu près, d'étayer mon propos que par cette exécrable mise en avant d'un goût personnel, qui ne dit rien à force d'entêtement (À chacun son sale goût, tranchait avec une parfaite autorité la mère de ma mère).

Je vais, en revanche, m'avancer un instant sur un terrain bien plus problématique, dont il n'est pas certain que je sorte indemne ; tant il est peu probable que cette brève chronique parvienne à formuler, ni même à suggérer, le propos qu'elle s'assigne. J'envisage, pour une fois, une avalanche de commentaires éclairés de la part de lecteurs qui ne manqueront pas, à juste titre, de pointer qu'un tel sujet me dépasse. Il se peut que cette audace à sortir de mes marques ne me soit inspirée par lassitude, comme une sorte de tentative archaïque pour conjurer le climat – lancer une fusée contre cet hiver qui n'en finit pas (Dieu sait pourtant si je déteste la chaleur glauque des étés toulousains !), avec son humidité délétère qui imbibe le cerveau et provoque cette hantise quasi fœtale du petit froid du soir, qui interdit de veiller.

Pour tenter de faire bref, cette Passion de Furtwängler m'a soudain tiré par la manche : et si le débat sur l'Europe tenait, in fine, dans cette inqualifiable mood (humeur, disposition, état du ciel intime, ni même le gros mot cénesthésie décidément ne conviennent, il n'y a que l'anglais mood qui dise cela) dans laquelle me plongent aujourd'hui les tonalités, les couleurs, les systoles et les diastoles de cette musique ? Je parle bien de Bach par Furtwängler – à la façon, très précisément, dont mes vingt ou trente disques de Peter Hammil, sur lesquels je me précipite sans préavis, un soir au lieu d'aller me coucher avec un bon livre – en général à chaque changement de saison –, sont mon english mood.

La seule question à poser à nos gouvernants (je songe moins à la prochaine échéance électorale qu'à une Europe à longue portée, au temps long de notre séjour de citoyens sur cette planète) pourrait se formuler ainsi : s'imposerait-il encore à Brahms d'intituler son opus 45 Ein Deutsches Requiem ? Ce qui revient à se préoccuper de ce que signifie l'Europe dans les mêmes termes, peu s'en faut, que d'autres utilisent pour scruter le devenir de la couche d'ozone.

Dois-je vraiment m'excuser d'une approche aussi peu politique ? J'en suis, sur ce registre – et sur nombre d'autres, qui règlent ma vie quotidienne –, resté à la théorie des climats. Mon écoute de « la saint Matthieu » de « Furt » – comme vous dites, cher Philippe[s] – est éhontément météorologique. Puissiez-vous n'en être pas trop horrifié.

 

[1] À l'occasion de nos échanges, Philippe[s] m'a également indiqué le délicieux petit volume que Gilles Cantagrel a consacré aux quelques semaines de formation que le jeune Bach a passées auprès du maître Dietrich Buxtehude, de l'automne 1705 à janvier 1706 (La Rencontre de Lübeck, Bach et Buxtehude, Desclée de Brouwer, 2003). La lecture d'un précédent ouvrage de l'auteur, Le Moulin et la rivière, air et variations sur Bach (Fayard, 1998) m'avait été un enchantement.

Wilhelm Furtwängler, Berlin, 1930, © Société Wilhelm Furtwängler.
Johann Sebastian Bach, Matthäus-Passion BWV 244. Enregistrement public, avril 1954 à Vienne. Solistes : Anton Dermota, Dietrich Fischer-Dieskau, Elisabeth Grümmer, Marga Höffgen, Otto Edelmann, Wiener Philarmoniker et chœurs sous la direction de Wilhelm Furtwängler. Enregistrement monophonique. Double CD EMI Classics 7243 5 65510 2 (actuellement disponible en Allemagne).

 

Commentaires:

Commentaire de: daniel galos [Visiteur]
... surtout avec la cristaline Elisabeth Grummer ! Les autres sont tout aussi à la hauteur, cf. erbarme de marga Höffgen !
Permalien Dimanche 18 juin 2006 @ 16:55

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié

mai 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<<  <   >  >>
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
filet_dadada
filet_blanc_blog

LE PORTAIL intexte.net

Le blog de Dominique Autié
est développé sur le portail

intexte.net

logo_intexte
www.intexte.net

Agence d'édition
en ligne et hors ligne
de contenus pertinents.


*

Les éditions n&b
ont choisi le portail intexte.net
pour y développer leur site :

logo_nb
http://editions-nb.intexte.net



filet_blanc_blog


cadratin_dadada




Rechercher


Syndiquez ce blog XML