blog dominique autie

 

Vendredi 8 juillet 2005

07: 07

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie

 

 

3 – Du fil

 

 

dos_cousu

 

 

Dans un livre, il y a du papier, de l'encre, du fil et de la colle.

Pas de fil ? Ce n'est pas un livre.

*

Le Livre de Poche (la marque, mais aussi l'objet) a été commercialisé en France en 1953. Ma grand-mère maternelle en fit aussitôt grande consommation, au point que lui restent associées, dans ma mémoire, des petites piles de ces volumes, qu'elle achetait par cinq ou dix et posait sur le dessus de la cheminée. La tranche en était teintée – de bleu pétrole, de rouge rosâtre, de marronnasse –, ce qui la protégeait des traces de doigts et, certainement, contribuait à éviter que les pages ne gondolent. Le papier était bis, couleur de pain. Les romans épais, une fois lus, avaient le dos creux. À l'exception du pelliculage qui, avec le temps, s'écaillait (comme une mue de serpent – ou, plutôt, le livre rejetant cette chape chimique, inutile, délétère), de tels livres étaient robustes, solidement cousus. [C'est à la fin des années 1960 que j'achetai pour la première fois un volume de la collection « Idées » de Gallimard qui, à peine ouvert, s'effeuilla.]

*

Quand, en 1982, Jacques Abeille signa avec les éditions Flammarion pour la publication de son roman Les Jardins statuaires, il fit porter sur son contrat d'auteur une clause particulière précisant que l'édition de son livre serait cousue.

*

J'ai vu mon père fabriquer un livre à partir des feuillets épars d'un de mes romans façonné selon la technique du dos collé carré : composer des cahiers de seize pages en assemblant les feuillets deux à deux par un onglet de fin papier, puis les coudre. Une fois terminé ce travail absurde – la goujaterie du marchand de papier noirci expiée par l'amour d'un homme du livre –, il pouvait relier l'exemplaire qu'il me destinait.

*

Il n'existe aucune justification technique crédible à l'emploi du brochage sans couture. Il ne s'agit, pour l'industrie de l'édition, que d'une misérable économie de bouts de ficelle.

*

Le produit communément commercialisé sous le nom de livre présente aujourd'hui, dans la plupart des cas, de telles lacunes, de tels vices de forme, qu'il n'appelle plus qu'une attitude radicale – et les associations de consommateurs seraient bien inspirées de passer ce produit au crible de leurs critiques, avec la même minutie teigneuse que les pâtées pour chien, les crédits bancaires et les sièges amovibles pour bébé. Elles pourraient aisément démontrer que le rapport prix-performances du livre contemporain est honteux.

*

Je suis un chieur ? Demandez à un horloger de faire fonctionner une pendule dont un seul des engrenages serait dépourvu de ses crans.

*
À suivre.

 

Volume broché : Le Voyage aux Indes de Nicolò de' Conti (1414-1439), Présentation de Geneviève Bouchon et Anne-Laure Amilhat-Szary, traduction de Diane Ménard, collection Magellane, éditions Chandeigne, 2004 (176 p., 20 €).

 

 

1 – Du papier 2 – De la typographie 3 – Du fil 4 – Du cristal
5 – De quelques exemplaires non tant rares que précieux
6 – Coups et blessures 7 – Les livres scolaires de Jean Henri Fabre
8 – Notes à l'encre 9 – De quelques feuillets glissés dans les livres
10 – Ceci n'est pas un coupe-papier 11 – Grands fonds (Payot)
12 – Un prêté n'est jamais un rendu 13 – Lignes courbes, faux carrés
14 – Chaleur des livres 15 – Les bibliophiles ont une âme
16 – Plis, remplis, replis 17 – De la serpente 18 – Nus de l'Inde
19 – Visite aux livres (Georges de Lucenay, libraire d'ancien)
20 – Livres d'angles 21 – Livres reliés
22 – Tu puer æternus par Olivier Bruley

 

index_garamond

Commentaires:

Commentaire de: oliviermb [Visiteur] · http://oliviermb.hautetfort.com/index.html
Je ne dois pas être encore arrivé à la moitié du livre que je lis en ce moment, et déjà, des paquets entiers de pages se sont décollés et sont devenus des feuilles volantes qui, à tout moment, risquent de "tomber" hors du livre, si je ne le tiens pas assez fermement entre mes mains, ce qui me donne parfois des crampes. C'est très désagréable. On croirait presque que ces livres sont conçus pour n'être lus qu'une fois, et encore, pour certains, jusqu'à la moitié seulement!
Permalien Vendredi 8 juillet 2005 @ 13:24
Commentaire de: Philippe[s] [Visiteur] · http://l-esprit-de-l-escalier.hautetfort.com/
Je dois malheureusement faire part de ma grande déception à l'égard d'un éditeur dont je pensais le nom synonyme de qualité (des textes et du livre lui-même), à savoir José Corti. "Le petit traité de désinvolture" de Denis Grozdanovitch (d'un intérêt très mineur) s'est à la lecture littéralement défait sous mes doigts.
Permalien Jeudi 28 juillet 2005 @ 10:57

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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