blog dominique autie

 

Lundi 25 juillet 2005

07: 11

 

Maria João Pires (sans date)

 

 

mjpires_portrait

 

mjpires_record

Où et quand me suis-je procuré ces cinq disques ? L'enregistrement date de 1974, il a été réalisé à Tokyo. L'édition en CD est plus tardive, 1990 si j'en crois la mention que j'ai sous les yeux. On y indique encore (mais sans doute la notice est-elle reprintée à l'identique du disque original) que l'artiste est née au Portugal en 1944. Je trouve sur un site une biographie récente qui me confirme qu'elle fut une enfant prodige : premier concert à quatre ans, une haute distinction à neuf.

En fait, j'ai découvert Maria João Pires non par cette première intégrale des sonates pour piano de Mozart mais par son interprétation des concertos pour clavier BWV 1052, 1055 et 1056 de Bach qu'elle enregistra pour le label Erato, sous la direction de Michel Corboz, en cette même année 1974. Pour être précis, il me faut écrire que j'ai découvert Bach joué au piano grâce à Maria João Pirès.

Quand je découvris, bien plus tard, les photographies qui ornent les cinq CD édités par Nippon Columbia sous marque Denon, ce fut un choc. La vigueur allègre des concertos de Bach avait désormais ce visage d'adolescente boudeuse, cette brève allusion androgyne sur un corps qui semble recevoir ses rondeurs du clavier qui l'invente (il m'aurait sans doute fallu reproduire ici la série des cinq clichés pris, de toute évidence, le même jour, en studio d'enregistrement – et à une date assurément antérieure à la prise de son de Tokyo).

Ces images ont coloré mon écoute des sonates de Mozart et scellé mon assuétude pour la musique de Bach interprétée au piano. Je trouve aux premières, sous les doigts de Maria João Pires, une fluidité qui me convient. Quant à ses concertos de Bach, je ne suis pas certain qu'ils résistent à la version de Glenn Gould (le seul Gould que je supporte dans Bach, pour n'aduler que ses sonates de Haydn et ses ballades, rhapsodies et intermezzi de Brahms) et encore moins à celle, limpide, d'András Schiff.

Les quelques autres de ses disques que j'ai acquis ont été enregistrés une décennie plus tard, chez Erato : Schumann (1985), Schubert (1986 et 1988), puis ce qui fut sans doute, en 1989, son premier enregistrement pour Deutsche Grammophon chez qui elle poursuivit sa carrière, un programme Schubert qui paraît dosé pour une classe de collège (ou un public de jeunes cadres formatés Sup' de Co) qu'il conviendrait d'initier à la musique romantique. Sur les trois disques d'Erato, la pianiste offre un visage émacié, sombre, presque terrifiant.

Car il y un mystère – ou, plus probablement, un secret – que les notices des disques des années 1980 (dans lesquelles ne figure pas une ligne de biographie de l'interprète) comme celles d'aujourd'hui s'appliquent à passer sous silence. J'ai lu toutefois, en son temps, que l'artiste avait connu un passage à vide, quelque chose comme une dépression qui avait creusé une parenthèse dans sa carrière. Mais ma mémoire est trop incertaine à ce propos pour que j'avance quoi que ce soit de plus. Et cet embargo relève sans doute d'une pudeur de la seule intéressée plus que de la délicatesse de ses maisons de disques successives. Force m'est pourtant de constater que j'ignore tout des enregistrements que Maria João Pires a multipliés ces quinze dernières années.

Tout en écrivant cette chronique, j'écoute non sans émotion sa version des deux concertos pour piano de Chopin – l'un de ses derniers enregistrements d'avant la traversée du désert, je suppose, paru en 1978 chez Erato. Étrange aberration dans mon existence que cette musique qui refuserait obstinément de vieillir devant le cliché sans date de la pianiste.

 

Maria João Pires (cliché extrait du volume 2 de W. A. Mozart, The Complete Sonatas For Piano, Denon, réédition de 1990, DC-8071 à 8075).

 

Commentaires:

Commentaire de: Nicolas [Visiteur]
Je lis ton blog en écoutant les sonates pour piano (volume 5) de WAM, enregistrées en 1974. C'est beau, c'est fluide, c'est émouvant. Je suis content de partager cette émotion avec toi ;-)
Le compositeur n'a pas d'age, l'interprète n'a pas d'age, le plaisir n'a pas d'age...
Permalien Mardi 27 décembre 2005 @ 14:28
Commentaire de: nemeth [Visiteur]
J'ai découvert Maria Joao Pirès en 1982 alors qu'elle jouait dans un minable palais des sports prèté généreusement par la ville de Bordeaux...Ce fut pour moi un enchantement...Cette façon de poser ses doigts , une manière tellement délicate, ...m'a fascinée.Elle me semblait extrèmement pudique voire effacée...Je n'ai jamais oublié cette sensation appartenant au monde des rêves doux.
Permalien Samedi 28 janvier 2006 @ 09:36
Commentaire de: marc [Visiteur]
j'ai vu Maria Joao Pires au théâtre des Champs Elysées en novembre 2005. Piano à quatre mains avec Ricardo Castro sur des pièces de Schubert et Grieg entre autres. Une merveille de délicatesse. Un moment de très grande émotion dont je lui suis éternellement redevable. Aussi ai-je été inquiet d'apprendre il y a quelques jours qu'elle avait fait un malaise cardiaque. L'idée que peut-être je ne la reverrai plus sur scène m'a tout à coup été insupportable.
Permalien Lundi 13 mars 2006 @ 17:40
Commentaire de: loic [Visiteur]
Suis un heureux propriétaire de la version coffret vinyl DENON des sonates de Mozart de 1974 ;
message à destination des afficionados des vinyls:
Que pensez-vous de la mastérisation/numérisation de la version CD effectuée par Denon ou récemment Brillant?
A suivre!
Permalien Mardi 21 mars 2006 @ 22:27
Commentaire de: loic [Visiteur]
Suis un heureux propriétaire de la version coffret vinyl DENON des sonates de Mozart de 1974 ;
message à destination des afficionados des vinyls:
Que pensez-vous de la mastérisation/numérisation de la version CD effectuée par Denon ou récemment Brillant?
A suivre!
Permalien Mardi 21 mars 2006 @ 22:28
Commentaire de: Huguette Petruk [Visiteur]
Maria João Pires n’était venue au Canada qu’une fois, en 1988. Depuis, j’attendais. En 1998 quand DG offrit Le Voyage Magnifique - Schubert Impromptus j’ai eu un ‘coup-de-coeur’ et me suis promise alors d’entendre la grande pianiste portugaise de nouveau en concert si possible. Je suis allée au Portugal trois fois par la suite; chaque fois elle était en tournée quelque part en Europe et non à Belgais. Je continuai d’acheter ses disques et d’espérer que le jour viendrait. Enfin, le 20 juin 2006. j’appris que Mme Pires était la lauréate du premier Prix International de Musique Don Juan de Borbón, et cette semaine le Club musical du Québec annonce qu’il offrira aux mélomanes québécois... un récital de Maria João Pires le 8 septembre, 2006. Je suis comblée.
Permalien Lundi 17 juillet 2006 @ 12:27
Commentaire de: bee [Visiteur]
J'ai vu jouer, Maria João Pires quand elle avait douze ans e moi un an de plus.
Je suis sa admiratrice depuis ce moment.
Et j'ecoute a ce moment "Berceuse op. 57".

C'etait avec grand plaisir que j'ai lu votre texte et tous vos informations.
Permalien Jeudi 3 août 2006 @ 18:26
Commentaire de: carolette [Visiteur]
moi maria joao pires ,je la connais ,je l'ais vue une fois ,c'est la grand mere de mes cousin caetano e t homar elle est simple ,douce tres gentil
Permalien Samedi 26 août 2006 @ 00:39
Commentaire de: Huguette [Visiteur]
Suite à mon communiqué du 17 juillet, je dois avouer que je me sens comme Icare de la mythologie Grecque.

Après avoir attendu 18 ans, j'appris, la veille du premier concert, que Madame Pires était gravement malade et devait annuler ses concerts à Québec et à Montréal. Comme pauvre substitut, je dois me contenter d`écouter le DVD enregistré en 2004 à Lisbonne (chapelle du Mosterio dos Jerónimos) par le Europa-Konzert avec Pierre Boulez et Maria João Pires qui interprète le Concerto pour Piano de Mozart No. 20 K. 466. Les commentaires sur son interprétation sont des plus élogieux.
Permalien Lundi 11 septembre 2006 @ 15:39
Commentaire de: anne [Visiteur]
Je suis membre d'un orchestre de chambre et viens d'avoir le grand bonheur, cet après-midi, de répéter le concerto " Jeunehomme" de Mozart que nous donnerons demain en concert, avec M.-J. Pires. C'était la première fois que je l'entendais en "live" et de plus, à 2 mètres d'elle... Un vrai régal, de la douceur, une dimension presque surnaturelle jusque dans ses silences, si importants dans l'équilibre de ses phrasés; bref, cette heure m'a réconciliée avec la musique, trop souvent dénaturée et défigurée. Une des plus grandes musiciennes de ce moment!!
Permalien Lundi 18 septembre 2006 @ 23:24
Commentaire de: Tissot jean-Daniel [Visiteur]
Cette version de 1974 de MJP est une merveille que l'on découvre tous les jours avec plus de force. Tendresse, force, harmonie.
Permalien Mardi 17 octobre 2006 @ 17:09
Commentaire de: gasia eric [Visiteur]
marie jao pires une pianiste magnifique je suis allé souvent là voir aux beaux arts de bruxelles elle est d'une simplicité j'ai eu la chance de parler plusieurs fois avec elle je pense aux sonates de mozart enregistrée en 74 c'est simplement pour moi avec celles enregistrée dans ls années 80 une référence mais la version de 74 c'est deja dans un monde ou l'humain n existe pas c'est tout simplement d'une beauté un touché magnifique et surtout elle nous parle pendant son interprétation vivement la revoir merçi pour ce moment magique
Permalien Jeudi 21 décembre 2006 @ 21:12
Commentaire de: Thierry HECTOR [Visiteur]
J'ai eu la chance d' échanger avec M-J Pirès il y a bien des années un soir au festival d' Auvers sur Oise, où je l'ai revu, plus tard au même festival en compagnie de son mari le violoniste Augustin Dumay dans les sonates pour violon et piano de Mozart entr'autre. Souvenirs, souvenirs......
Mais c'est dans les deux concertos de
Chopin qu' elle est inégalable à mon point de vue bien sûr. Son toucher de clavier est et restera unique pour moi. bien sûr.
Permalien Lundi 15 janvier 2007 @ 20:32

Les commentaires sont fermés pour cet article.

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