blog dominique autie

 

Lundi 15 août 2005

08: 30

 

Deux méditations mariales

 

 

II

Tota pulchra es, O Maria


Pour la fête de l'Assomption de ce jour
et le centenaire de William-Adolphe Bouguereau,
mort à la Rochelle le 19 août 1905.
bouguereau_1
Ci-dessus : La Vierge, L'Enfant Jésus et saint Jean-Baptiste de W.-A. Bouguereau

 

« Zoom » : La Vierge consolatrice

 

 

Nous proclamons, déclarons et définissons que c'est un dogme divinement révélé que Marie, l'Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. La constitution apostolique qui contient ces mots, Munificentissimus Deus définissant le dogme de l'Assomption, a été signée par Pie XII en date du 1er novembre 1950.

Pour les catholiques eux-mêmes, la Vierge Marie me semble une figure hautement paradoxale. Un rapide regard sur l'histoire de l'Église le confirme : la dévotion rendue à la Mère du Christ s'ancre dès l'origine dans une ferveur populaire, devant laquelle l'institution semble avoir toujours traîné les pieds (le dogme de l'Immaculée Conception, si problématique pour nombre d'esprits, n'est antérieur que d'un court siècle à celui qu'honore la fête d'aujourd'hui). Des écoles de théologiens ont justifié ce peu d'entrain de l'Église en arguant de la présence toute de réserve et de discrétion de Marie dans le Nouveau Testament.

Il semble pourtant que cette empathie populaire fait écho à des données immédiates et universelles de l'imaginaire humain [1]. Je termine, ces jours-ci, la lecture d'un beau livre écrit par Mgr P. Rossillon qui fut, dans la première partie du siècle dernier, évêque de Vizagapatam (non loin de Madras, dans le sud-est de l'Inde). Il y relate [2] comment, lors d'une épidémie de choléra, un petit village de quatre cents âmes, Jeyapouram, déjà largement converti par la mission catholique, s'adonne une nuit à une cérémonie dite païenne par l'auteur pour adresser sa supplique à l'antique déesse hindoue comptable de la maladie terrible. Le missionnaire en poste, averti par l'un de ses catéchumènes, disperse l'assemblée et assène quelques coups de canne à ses ouailles. Le lendemain, un petit groupe de jeunes villageois se réunit chez le prêtre : Père, nous avons pensé que pour vaincre le diable et réparer notre infidélité, il serait bon de proclamer solennellement la sainte Vierge Reine et protectrice de Jeyamouram, et d'établir l'Assomption [qui n'était donc pas encore un dogme mais qui était déjà fêtée le 15 août] comme notre fête patronale. Et l'auteur de confirmer que ce culte marial, suggéré par des Indiens eux-mêmes, a contribué à souder la communauté naissante, à se substituer efficacement dans l'imaginaire religieux du village hindou aux cultes autochtones de la féminité sacrée. Je suppose que l'on trouverait un grand nombre d'exemples semblables dans les Lettres édifiantes que les jésuites avaient coutume d'adresser à leurs supérieurs depuis leurs missions sur les autres continents.

Je trouve quelques similitudes entre notre monde tel qu'il va et Jeyapouram en butte au choléra.

Jamais sans doute la fille aînée de l'Église n'a fait montre au quotidien d'autant d'indifférence à l'égard de toute tradition mariale ; jamais non plus, me semble-t-il, la figure de la Vierge ne lui a tant manqué, sans qu'elle le sache. Je parle ici, d'abord, de la figure tutélaire de nos églises, des niches qu'on trouve encore à la croisée de quelques chemins de campagne, je parle des statuettes de Lourdes [y compris celles en plastique translucide qui contiennent de l'eau de la grotte] – tant il est vrai que notre imaginaire reste, à son propos, tributaire d'un art sulpicien dont j'ai, un temps, collectionné les icônes, adulé le kitsch. Car s'il est un singulier pouvoir dont semble disposer la Mère humaine et non humaine du Christ, c'est bien celui de se satisfaire de ce plâtre peinturluré et d'un académisme dévotionnel dont (dont les sujets religieux de Bouguereau offrent le parangon).

Sous ce vernis écaillé – et c'est là une part du paradoxe –, la Vierge se dresse aujourd'hui devant moi comme le contraire du débraillé ambiant. Elle est Celle devant qui l'on se tient. Elle est notre sens de la tenue (j'ose cette formule, qui paraîtra profane, mais je n'en vois pas d'autre). Contre toute raison, elle reste, mystérieusement, l'aune de la femme magnifique.

 

[1] Je renvoie au petit ouvrage, admirablement documenté et illustré, de Shahkrukh Husain, La Grande Déesse-mère, traduit de l'anglais par Alain Deschamps, postface de Jean-Yves Leloup, dans la collection « Sagesses du Monde », éditions Albin Michel, 1998. Deux doubles pages seulement sont consacrées à la Vierge Marie sur les 184 pages que compte le volume. Cette simple donnée quantitative, qui n'est nullement le fruit d'un parti pris réducteur à l'égard du christianisme, montre bien l'ampleur du matériau anthropologique dévolu à la féminité sacrée.
[2] Mrg P. Rossillon, L'Inde à la croisée des routes, Librairie de l'œuvre St-Charles, Bruges, 1935 ; pp. 95 sq.

La Vierge, L'Enfant Jésus et saint Jean-Baptiste, William-Adolphe Bouguereau (1825-1905), huile sur toile, 1875, collection privée.
En « zoom » :
La Vierge consolatrice
, huile sur toile, 1877, musée des Beaux-Arts de Strasbourg (dépôt du musée d’Orsay).

 

Commentaires:

Commentaire de: Marc Briand [Visiteur] · http://catherine.briand.club.fr/index.html
D'accord sur la Distinction que je qualifierai de féconde. Cela ne condamne pas Marie Madeleine pour autant.
Quant à notre époque je crois qu'il va falloir se servir de ses bras car on n'a plus pied.
Permalien Lundi 15 août 2005 @ 14:59
Commentaire de: OrnithOrynque [Visiteur] · http://ornithorynque.hautetfort.com
Bonjour Dominique,

Beau diptyque que ces deux méditations. Combien aujourd'hui, je ne dis même pas croient à l'efficience de tel acte, mais simplement savent que notre pays a été consacré à la Vierge par Louis XIII (en reconnaissance à la naissance de Louis XIV - je dis peut-être une bêtise là)? Comment une société qui n'a d'empressement plus vif que celui de s'oublier, de se nier (et là non plus je ne réclame pas un retour à la religion d'état) pourrait-il avoir un quelconque avenir (sur cette pente)?
Aussi vois-je une petite différence entre Jeyapouram en butte au choléra et notre société, c'est que le village indien se savait, se reconnaissait malade...
Je ne dis pas, même si je le pense, que la seule solution viable se trouve derrière les écailles sulpiciennes, sous le vêtement de lumière de la Vierge, car je ne veux pas détourner vos belles méditations qui donnet à sentir beaucoup sans rien asséner.

Bien à vous.


PS : espace du correcteur :
"[...]dont (dont les sujets religieux de Bouguereau offrent le parangon)." Au nombre de deux, vos "dont" sont trop généreux:):):).
Permalien Lundi 15 août 2005 @ 21:50
Commentaire de: stephen [Visiteur]
mais qu'est-ce qu'on vous a fait pour que vous nous persécutiez avec les Bouguereau !
Permalien Jeudi 18 août 2005 @ 23:24
Commentaire de: Mickaël [Visiteur] · http://dieu-seul.blogspot.com
La dévotion mariale est très ancienne dans l'Eglise, tantôt elle existe parmis les fidèles, tantôt elle est établie par les prêtres. Ceci dit, c'est tout à fait chrétien.

Pour répondre à OrnithOrynque: oui, c'est bien en remerciement de la naissance de Louis XIV que la France a été consacrée à la Vierge. C'est en rapport avec le sanctuaire ND de Grâce à Cotignac, si ma mémoire est bonne (Cotignac, le seul endroit au monde où Marie et Joseph sont apparus).

Meilleurs voeux 2006.
Permalien Mardi 3 janvier 2006 @ 10:17

Les commentaires sont fermés pour cet article.

Dominique Autié
Dominique Autié
Quand le labeur
de vos journées
et les lectures
de vos nuits
vous tendent un seul
et même miroir
qui est l’écran
de votre ordinateur,
il y a urgence
à créer votre blog :
grâce au premier internaute
qui vous rend visite,
le cercle
cesse d’être vicieux.

Dominique Autié
Dominique Autié
Dominique Autié

août 2017
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
<<  <   >  >>
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
filet_dadada
filet_blanc_blog

LE PORTAIL intexte.net

Le blog de Dominique Autié
est développé sur le portail

intexte.net

logo_intexte
www.intexte.net

Agence d'édition
en ligne et hors ligne
de contenus pertinents.


*

Les éditions n&b
ont choisi le portail intexte.net
pour y développer leur site :

logo_nb
http://editions-nb.intexte.net



filet_blanc_blog


cadratin_dadada




Rechercher


Syndiquez ce blog XML