blog dominique autie

 

Lundi 12 septembre 2005

07: 06

 

La voix d'André Bordes

 

cafe_nuit
Van Gogh

par André Bordes

 

De l’oreille coupée à la balle qui siffle
De la mine à charbon jusqu’à ce champ de blé
La folie pour salaire de la lucidité
Quand les dieux irrités par le jeu des lumières
Ont craché sur la vie leur trait d’obscurité

Théo dans Arles la Romaine
J’ai bu des soleils bleus à m’en crever les yeux
Et le jaune des chaumes plus brûlants que l’été
Le vert de l’olivier qui se tord en besogne
Le rouge du couchant à la pulpe orangée
Le violet l’indigo aux franges des nuages
Et j’entrais dans ce spectre tout prêt à m’y noyer

Ces couleurs irisées qui passaient par ma gorge
Eclataient sur ma toile en tournant sans arrêt
Théo dis leur que je ne suis pas fou
Mais j’ai pour la couleur cet amour qui m’inonde
Je la cherche la nuit et sors pour la traquer
Sur mon chapeau de paille j’ai placé des bougies
Et j’ai peint cette place dans un ton très bleui

Théo j’hallucine ou je rêve
La lumière est entrée et n’en peut plus sortir
Les vitraux de mon cœur s’éclairent de facettes
Et chacune rayonne d’infinis coloris
Peindre peindre peindre accentuer la ligne
L’expression de la vie fulgurante tragique
C’est peindre dans un cri et c’est voir dans l’oblique

Théo envoie-moi quelques francs tu sais que je ne vends
Pas une seule toile

Auvers était d’un gris d’ardoise les maisons se penchaient
Des corbeaux esquissés sur de maigres semailles
Une église dansait sur un rythme endiablé
La lumière avait pris ce jour-là son congé

Le vingt-sept juillet 1890 un coup de pistolet

 

© André Bordes, 2005.

 

 

André Bordes fut, cet été, mon visiteur du soir. Pour cet homme qui traite à bras le corps les corps souffrants, la langue est orale avant d'être écrite. Ses textes sont nés pour être vécus sur scène. Depuis quelques années, il cherche une scène. Ce soir-là, ici, la terrasse lui fut la scène d'un instant, et j'étais l'unique spéctateur. Il m'a lu Van Gogh. Ce fut un moment fort, dont je le remercie. D.A.

 

Van Gogh, Terrasse du café le soir, place du Forum, Arles, 1888. Rijksmuseum Kroller-Mueller, Otterlo.

 

 

Commentaires:

Commentaire de: LKL [Visiteur]
Merci Dominique pour ce très très beau et tragique texte. C'est exactement CELA que de voir la beauté éclatante du monde par les yeux d'un tel peintre, qui au final aura tout consummé dans l'unique élan de sa propre necessité.






Permalien Lundi 12 septembre 2005 @ 07:33

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