blog dominique autie

 

Lundi 12 décembre 2005

06: 35

 

Kaddish

 

vitrine
Zoom

 

 

En prononçant le kaddish, nous louons D.ieu. Pourquoi ? Il est facile de glorifier D.ieu quand tout va bien. Mais quand on éprouve de la peine, c’est beaucoup plus difficile. En récitant le kaddich, on reconnaît qu’Il a un plan suprême pour le monde, que chacun a un rôle unique à jouer dans ce plan et que le plan est bon. En se souvenant du bien-aimé de cette façon, on marque ainsi que la relation qu’on avait avec lui a totalement changé. Tant qu’il était dans ce monde, chacun de nous deux bénéficiait de la relation « donner et prendre ». Maintenant qu’il est dans le monde futur, on ne peut plus que donner. Au moyen du kaddish, on loue D.ieu d’être maintenant le lien vital de ce nouveau rapport. (Source : ww.lamed.fr)

 

Le rituel juif dispose, pour aborder et mener le deuil d'un être aimé, d'une stratégie magnifique. Celle-ci prévoit deux prises de paroles aux réunions qui marquent le mois puis l'année après la mort du père. En la seconde consiste la sortie de deuil.

Pour clore ce deuil, je veux dire ce que transmet la mort du père, qui touche à la frontière entre la vie et la mort. Frontière étrange qui d'abord est atteinte, puis fragilisée, mise en question, rendue très sensible. […] La mort du père prend donc place dans le passé, devient elle-même souce de passé et de temps. Et à cette source brille un point mystérieux : qu'est-ce qui passe du père au fils ? Pourquoi le père, cet être bizarre qui donne si peu de corps, est-il au centre de la transmission ? Certes, il fut un tiers, entre mère et fils, c'est même pour ça que certains lui en veulent, et que d'autres lui sont reconnaissants. Certes, on peut aussi dire qu'il a la charge de faire l'idiot même s'il ne l'est pas, pour imposer certaines limites, à charge pour ceux qui peuvent de jouer avec. Mais tout cela semble un peu théorique et n'éclaire pas le mystère [1].

L'année a passé, jour pour jour, il me semble n'en être pas sorti – devoir n'en jamais sortir, faute d'un Dieu à qui faire don de son absence.

J'ai aménagé, à l'entrée de la bibliothèque, une petite vitrine, un mausolée à mon deuil impossible. Un moulage en réduction de la déesse-chatte Bastet exposée au Louvre, un cartel sur lequel est indiqué que cette pièce lui est dédiée entourent un portrait de lui. Jusqu'à la toute fin du mois dernier, tous les prétextes ont été bons pour ne pas revenir dans l'appartement – jusqu'à ne pas ouvrir le courrier qu'un voisin bienveillant me réexpédie avec assiduité (un avis d'huissier m'a rappelé à l'ordre in extremis : gisait toujours parmi la pile sa dernière facture de téléphone, huit mois après que la ligne a été coupée).

[Il conservait, après en avoir soigneusement cisaillé la partie supérieure, la plupart des enveloppes à fenêtre qu'il recevait des administrations. Il y conservait les timbres qu'il avait décollés et fait sécher, avant de les placer dans les albums.

 

enveloppes

 

J'avais connaissance de ces dizaines d'enveloppes maintenues verticales dans des couvercles de boîtes à chaussures leur servant de support, entreposées sur les étagères d'un meuble de son bureau. Je suis tombé, il y a quinze jours, sur la réserve de ces enveloppes. Beaucoup étaient fort anciennes, d'un format et d'un papier que l'on n'utilise plus depuis des lustres. Il a fallu jeter, cela par excellence – petit pas prudent sur le chemin du deuil, des centaines, un millier sans doute de ces custodes à jamais vides de toute présence réelle. Tout juste en retrouvera-t-on une pincée parmi mes biens, dans une chemise en carton léger délavé par le temps.]

 

 

 

Galerie
Histoire d'un visage

 

Je remercie Guy Autié. Avec une affectueuse pudeur, il m'a offert, au fil de cette interminable année, quelques-uns des documents que je reproduis ici.

 

 

[1] Daniel Sibony, Requiem pour un père mort, repris dans Événements III – Psychopathologie de l'actuel, Le Seuil, 1999, pp. 394-395. Daniel Sibony est né à Marrakech, dans une famille juive habitant la Médina. L'arabe est sa langue maternelle, sa langue culturelle l'hébreu biblique. Il apprend le français à l'âge de cinq ans. Il émigre à Paris à l'adolescence. Docteur d'État en mathématiques, Daniel Sibony est psychanalyste profane (non-médecin).

 

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