blog dominique autie

 

Mercredi 21 décembre 2005

08: 13

Célébrations

 

II

 

Le fond de robe

louise_brooks

Zoom

 

 

«
Si l'on pouvait assortir à la chemise de jour le pantalon, le petit jupon de dessous, le cache-corset, ce serait d'une charmante élégance. Alors le tout serait en fine percale ou en fine batiste, avec les mêmes broderies ou les mêmes valenciennes. La plus jolie chemise de jour est décolletée en cœur ou en rond. Un ruban passé dans une coulisse ou une engrelure la serre un peu autour des épaules. On encadre le décolleté et l'entournure des bras d'une valencienne ou d'une broderie légère.
La chemise de jour ne doit être ni trop large ni trop longue. Il ne faut pas qu'elle remplisse désavantageusement le corset ni le pantalon.

Baronne Staffe [1], Le Cabinet de toilette,
77e édition, G. Harvard fils, éditeur, 1889, p. 225
(Chapitre « Les dessous de la toilette »).
»
*

Le monde vaut par ce qui, imperceptiblement, dépasse.

*

Le dictionnaire donne du suivez-moi-jeune-homme une définition qui ne laisse de me surprendre : Pans d'un ruban de chapeau de femme, qui flottent sur la nuque. Mon trouble tient dans la virgule. Remis de mon émotion, je cherche qui, dans mon enfance, désignait de cette expression la robe ou la jupe qui laissaient connaître la couleur de la dentelle [l'écrivant, je crois bien avoir trouvé]. Voilà comment, sous couvert de bonne moralité, on frappe la langue d'alignement.

*

J'ai écrit, jadis :

Sa minijupe : plus courte est l'ombre, plus douloureux le secret.

[Glose de 2005.] La minijupe est une robe sans fond. Elle interdit tout exercice de la proxémie, telle que la décrit Edward T. Hall dans La Dimension cachée.

*

Pendant près de vingt ans, le chef de fabrication de la maison d'édition venait me consulter sur la couleur de la toile et le motif de la tranchefile qu'il convenait de décider pour chacun de nos beaux livres reliés et livrés sous jaquette. Il lui arrivait, assuré de la scène qui allait suivre immanquablement, de m'adresser un stagaire, porteur de la question (et du monceau de catalogues de relieurs contenant les échantillons). « Imaginez, disais-je, une jeune femme vêtue d'une robe en tissu imprimé, dont le motif serait justement la jaquette illustrée de ce livre. Considérez les teintes, les tonalités. La toile dont vous allez habiller la couverture de l'ouvrage est à cette jaquette ce qu'est à sa robe le fond de robe dont fera choix cette femme. Selon qu'elle sera conduite à s'asseoir, à se baisser, à monter dans votre voiture, il se peut que vous entrevoyiez ce délicat tissu – et vous ne manquerez pas d'y mesurer – qu'elle ait joué le contraste ou l'harmonie du camaïeu – le goût dont elle témoigne à se parer. Je laisse donc à votre appréciation, et la toile, et la tranchefile (qui n'est autre que le fin liséré de dentelle qui borde volontiers cette pièce). »
Mon collaborateur aimait parfois entendre, transcrit par un intermédiaire, ce principe dont nous faisions un jeu, à l'approche de chaque nouvelle parution, qu'il me provoque à l'énoncer.

*

Elle installait la machine à coudre sur la table de la salle à manger. Je prenais position sous la table, parmi les chutes de tissu, les effilures, les effiloches, à proximité du mystère de ses bas. Soudain elle se levait, allait dans la chambre pour l'essayage, devant le miroir qui occupait toute la porte centrale de la grande armoire à linge. Pour la retouche, elle ne repassait pas la robe d'intérieur qu'elle portait pour ses travaux de couture. D'elle, j'ai appris ceci : le désir instaure le subreptice.

*

Sur la question de la couleur, prenons encore un avis autorisé.
Robes de danse en satin ou en faille voilées de tulle illusion blanc relevé de côté gracieusement par des masses de fleurs, puis d'autres entièrement garnies de plumes véritables et de dentelles, soit point d'Alençon, soit application de Bruxelles. J'ajoute : toujours, beaucoup de blondes blanches perlées de jais blanc, ainsi que de broderies en soie plate sur tulle. Mille effets ravissants à tirer de ces garnitures reproduisant la flore du songe ou bien de nos parterres, parfois comme givrée et toute blanche !
Très-bien, pour celles d'entre vous, chères Lectrices, qui s'apprêtent à danser, mais j'en sais d'autres, mères à plus d'un titre, dont la satisfaction bienveillante sera d'assister au triomphe d'une fille, d'une bru, qui sait peut-être? chose charmante, d'une petite fille. Redire un lieu commun pareil à celui-ci : que la nuance, car nous entrons maintenant dans les couleurs, obéit à l'âge, à l'aspect de la personne, non ! ni même rappeler, chose beaucoup plus fréquemment oubliée, qu'il faut compter encore avec la couleur et la nuance des tentures, c'est-à-dire des fonds où l'on s'adosse dans chaque salon. Je ne puis, après ma nomenclature des étoffes en pièce faite il y a quinze jours, que citer une étoffe privilégiée ou deux : soit, encore près des éblouissements de tout à l'heure, le tulle gris argent et (si nous passons sur toutes les teintes) le tulle noir entièrement brodé de jais. Toutes les teintes, ce sont : mauve tendre, réséda, crépuscule, gris tzarine, bleu scabieuse, émeraude, marron doré…, mais je m'arrête.

Marguerite de Ponty (Stéphane Mallarmé [2])

blanc

*

Le noir ne peut être mesquin, affirme encore l'impeccable baronne Staffe.

 

*interlettreinterlettre*

*

 

Célébration de la gomme

 

À suivre.

 

[1] Pseudonyme de Blanche Soyer (1845-1911), auteur de nombreux manuels de savoir-vivre à la fin du dix-neuvième siècle.
[2] La Dernière Mode, sixième livraison, dimanche 15 novembre 1874. Les éditions Ramsay ont publié en 1978 le fac-similé des huit livraisons de cette « Gazette du Monde et de la Famille » que, par nécessité alimentaire, créa et rédigea entièrement Stéphane Mallarmé – signant de divers pseudonymes – de septembre à décembre 1874.

Louise Brooks ?
[Cliché de source inconnue. Je détiens, depuis le début des années 1980, un tirage « original » de ce portrait (mais sans doute s'agit-il d'un cliché reproduisant un tirage… et non d'un tirage d'après la plaque ou le négatif d'origine). Je ne suis pas cinéphile ni, en conséquence, adepte de cette actrice. Je suppose que quelqu'un m'a donné cette photographie à une époque où, me trouvant sous l'emprise de l'alcool, une sorte d'oubli immédiat s'est produit. J'ai feuilleté, il y a quelques années, l'ouvrage publié en 1977 aux éditions Phébus, sous la direction de Roland Jaccard, Louise Brooks, portrait d'une anti-star, qui reproduit de très nombreux portraits ; celui-ci n'y figure pas. Je ne l'ai pas repéré non plus en balayant – rapidement, il est vrai – les quelque cinq mille huit cents occurences auxquelles aboutit une recherche d'images sur Google. Plusieurs affidés, découvrant cette photographie de large format (25 x 33 cm environ – elle est ici légèrement rognée, aux dimensions maximales du scanner) encadrée et exposée chez moi en bonne place, m'ont assuré qu'il ne pouvait s'agir que de Louise Brooks. Devant mon refus obstiné de la lui vendre, l'un d'eux s'est déclaré prêt à revenir me la soustraire par effraction.]

 

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Commentaires:

Commentaire de: Jacques Layani [Visiteur]
Eh bien, nous voilà partis pour de délicieuses célébrations. Quand vous écriviez : "Commençons sagement", je redoutais le pire, c'est-à-dire le meilleur. De gomme en dessous, vous sautez. Qu'est-ce qui nous attend ? D'avance, on salive.

C'est vraisemblablement Mlle Brooks.
Permalien Mercredi 21 décembre 2005 @ 09:59
Commentaire de: Marc Briand [Visiteur] · http://catherine.briand.club.fr/index.html
J'ai trouvé ce lien avec votre photo, d'ailleurs exquise:
http://www.moviemarket.fr/Photos/P200220_15847.html

Cordialement.
Permalien Mercredi 21 décembre 2005 @ 13:00
Commentaire de: dark woods [Visiteur] · http://www.louisebrook.ws
Ce cliché de louise brooks fait partie d'une série appelée "jazz baby" . vous auriez pu voir il y a quelques années toutes les photos de cette série sur www.pandorasbox.com. Hélas thomas gladysz a coupé l'accès de ces photos il y a peu, victime de personnes peu scupuleuses qui revendaient ces photos sur ebay

Vous en retrouverez quelques unes sur mon site (http://thedarkwoods.free.fr/jazz%20baby.htm)

Le nom du photographe n'est pas connu
Permalien Samedi 4 février 2006 @ 16:43
Commentaire de: JFB [Visiteur]
Cette photo a été prise à Hollywood vers 1928. Le photographe est en effet inconnu.
Elle est reproduite dans le livre de Barry Paris.
Salutations à tous les inconditionnels de Louise.
Permalien Mercredi 5 avril 2006 @ 21:33

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