blog dominique autie

 

Samedi 2 février 2008

06: 12

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie

 

 

42 – Bertrand Racine
intertresetroit
libraire

 

bertand_racine_blog

 

Le Blog a récemment publié un texte de Bertrand Racine consacré à un salon du livre auquel il venait de participer à Castelsarrasin, donnant lieu à un premier débat. Je souhaite vivement que cet entretien – préparé début décembre et mis au point ensemble depuis – relance l'intérêt suscité par sa première intervention. Je le remercie vivement de venir ainsi donner chair à des propos souvent très (trop ?) personnels que ma passion pour le livre inspire souvent ici. Je pourrais le formuler autrement en suggérant que Bertrand Racine apporte ici le principe de réalité. D. A.

 

On l'aura compris, je ne me lasse pas de les fréquenter et je me fais un doux devoir de chanter leur métier. « Pourtant, au regard de la direction du Livre du ministère de la Culture, nous n'existons pas ! prévient Bertrand Racine. Le label qu'il est question de décerner aux libraires indépendants, avec quelques avantages fiscaux à la clé, ne nous concerne absolument pas. Pas un mot sur nous dans le rapport ! Or, si un libraire de neuf est confronté au lourd problème du stock, nous le sommes aussi ; avec une nuance toutefois : le stock de livres neufs est tournant, vous le réapprovisionnez ou non lorsque vous avez vendu le ou les exemplaires que vous aviez entrés lors de la parution de la nouveauté. Le stock du libraire d'ancien est un stock permanent. »

Il a choisi ce métier « sur le tard », dit-il, et porte sur le commerce du livre ancien et de seconde main un regard que la routine, la lassitude et le découragement n'ont pas encore affecté. Et d'ajouter aussitôt : « De plus, notre métier n'est pas un et indivisible… Nous ne faisons pas tous le même métier, loin de là, et l’univers de la « bouquinerie » est aussi diversifié que les autres métiers. Le forain qui travaille exclusivement sur les marchés de plein vent ; celui dont l’activité se développe principalement sur les salons, en vente sur catalogue ou aujourd’hui sur Internet ; le généraliste qui a pignon sur rue, qu’il exerce dans une ville ou dans une petite commune ; le libraire spécialisé dans quelques grandes villes, en particulier à Paris ; celui qui poursuit une activité familiale héritée de plusieurs générations ; celui qui n’a que cela pour vivre et celui pour qui c’est un complément de revenus ; autant d’histoires et d’itinéraires personnels différents qui procèdent aussi de métiers différents. Également, et c’est le plus important, de clientèles différentes, même si elles se rejoignent parfois sur telle ou telle manifestation. »

La profession elle-même, de façon générale, a muté, poursuit-il. « Jadis, les libraires d'ancien étaient alimentés par les brocanteurs et les antiquaires, pour lesquels le "papier" n’avait aucune valeur marchande. Ils se payaient l’essence ou les cigarettes. Souvent, aussi, ils avaient recours aux bons offices d’un réseau de chineurs qui arpentaient les foires, les marchés aux puces, les salles de vente, etc. Ces prospecteurs, réputés pour leur connaissance du livre ou leur flair, faisaient « remonter » les bonnes affaires, les exemplaires d'exception, ou recherchés. En passant de la rive gauche à la rive droite de Paris, des Puces de St-Ouen aux caisses des quais de Seine, la valeur d’un ouvrage pouvait être décuplée. Ces intermédiaires n'existent plus, ils travaillent désormais à leur compte ; tout le monde est acheteur et vendeur, du particulier au brocanteur. Le bon livre devient cher. Si vous ne faites pas une offre conséquente au vendeur, vous passez pour un escroc ou vous ratez l’affaire : le vendeur ira lui-même vendre sur Internet ou sur un vide-greniers. Toutefois, pour une large part, le commerce du livre ancien et de seconde main reste une chaîne, comme il l'a toujours été. Aujourd'hui, c'est l'outil informatique qui remplit cet office. Et Internet a commencé à supplanter le catalogue imprimé que nombre d'entre nous prenaient soin de constituer et de diffuser, à rythme plus ou moins régulier, à l'intention de ses clients, mais aussi de ses confrères et, surtout, de ses correspondants et bibliophiles étrangers. »

Reste, sans nul doute, une évolution avec laquelle la profession doit compter : celle du public et de ses goûts. « Aussi diverse que les genres de livres auxquels elle s'intéresse et que les libraires qui les vendent, la clientèle du livre ancien est un millefeuille. Mais la crème a disparu… Les plus jeunes n’ont pas de ressources, ou si peu, et les trente quarante ans ont orienté leurs choix vers d'autres supports que le livre ancien qui leur parlent plus – bandes dessinées, objets publicitaires, disques vinyles, etc. – et utilisent de plus en plus Internet qui est un outil de leur génération. Les sites de vente aux enchères ont tout bouleversé et on a vu des "valeurs sûres" s'effriter en quelques années, comme les anciens Guides Michelin, les anciennes cartes routières, les vieux albums de Tintin. Tous avaient une cote parce qu'ils étaient rares. C'est fini. On pourrait multiplier les exemples, y compris dans le livre ancien. »

salonlivreancien_vignette

Bertrand Racine s'est proposé pour prendre le relais – au titre de l'association de professionnels qui l'organise – de la mise en œuvre pratique du salon du Livre ancien qui se tient chaque année à Toulouse depuis désormais dix-sept ans.

La tâche est lourde, car le salon est prisé par la profession, des libraires se déplaçant de tout un très large grand Sud-Ouest. On ne saurait imaginer de cadre plus propice que la salle des Pèlerins de l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques, qui accueille la manifestation depuis plusieurs années – mais aussi un autre salon dit des éditeurs de Midi-Pyrénées, à l'automne, consacrant cette sorte de schizophrénie instituée entre le livre neuf et le livre ancien.

Bertrand Racine – et ce n'est pas la moindre raison de mon intérêt pour son travail – prend le parti de la pédagogie. Il pense qu'un public se forme, s'entretient comme un jardin. Nul, habitué de ces pages, ne s'étonnera que je l'y encourage sans réserve. Cette année, une matinée d'initiation à la bibliophilie ancienne et moderne sera offerte, le dimanche, à ceux qui voudront bénéficier des connaissances et des conseils d'un libraire à la retraite.

Cette soirée de décembre, où nous avons parlé à bâtons rompus de son métier et des livres, fut entrecoupée par deux appels successifs d'un client qui souhaitait retenir une édition de prix, sans doute découverte lors de sa dernière visite dans la librairie. Le second coup de fil avait pour objet d'en négocier le prix. Bertrand Racine a exclu cette hypothèse mais proposé à son interlocuteur un paiement fractionné. J'en profitais pour explorer les tables. Je mis la main sur deux exemplaires, en parfait état, de l'unique édition du superbe Description de San Marco, l'un des chefs-d'œuvre de Michel Butor, que Gallimard honora en 1963 d'un beau format petit in-quarto (15,5 x 23,5 cm) sous couverture de la collection blanche. À un prix inférieur à celui qu'afficherait aujourd'hui l'éditeur pour le même, en nouveauté (broché sans fil, on le craint). J'ai songé un instant en acheter un, voire les deux… pour les offrir. Mais il m'a semblé significatif que le prochain visiteur puisse penser que ce livre, qui figure deux fois devant lui, n'est pas rare, qu'au troisième exemplaire disponible à la vente Bertrand Racine puisse envisager d'en faire une pile et qu'ainsi un tout petit pas soit fait pour indiquer au lecteur qu'il n'y a pas deux mondes, deux objets distincts qu'on désigne par le vocable livre, et que ces trésors en papier ne sont pas moins enviables parce que d'autres mains que les siennes s'y sont longuement attardées.

 

 

Les Toulousains peuvent rencontrer Bertrand Racine en sa librairie :
Librairie Saint-Aubin – 55 rue Riquet – 31000 Toulouse – 05 61 57 17 16
ainsi que sur deux marchés aux livres de Toulouse, le samedi place Saint-Étienne et, le dimanche matin, place Saint-Aubin.

 

 

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Mardi 29 janvier 2008

18: 28

 

 

 

Le cheminement d'écriture
philippe_sahuc_blog

 

 

Notre collaboration à un travail commun nous a rapprochés l'été dernier. Nos échanges ont adopé, sans hésiter, ce régime rare de la taciturnité qu'impose l'œuvre : Philippe Sahuc est, en effet, en ce point d'un cheminement où le texte – celui qu'il invente en Couserans, qu'il restitue, transmue en parole circulaire, mais aussi le texte qui se propage ailleurs dans l'espace et temps, en d'autres langues – où le texte, donc, doit pouvoir circuler sous la forme de son texte. Non qu'il n'écrive depuis des années, qu'il n'ait déjà sollicité le livre. Mais, cette fois, nécessité faisait loi. Je me suis contenté de lui confirmer que cette intuition devenue certitude devait être entendue pour elle-même. Un roman, Na, Lam, qui n'est donc pas son premier roman mais le premier édité, paraîtra le 21 mars prochain aux éditions de la Cardère.

 

Entretien

Dominique Autié : Vous avez cheminé longtemps avec l’écriture avant cette première publication, sans que la problématique de l’édition n’accapare votre énergie, comme on le constate si souvent chez l’auteur qui n’a pas encore publié – mais aussi chez nombre d’auteurs « confirmés » chez qui cette tension vers la visibilité, vers la vente de soi, semble prendre le pas sur la nécessité même de l’œuvre ! Pourtant, l’étape du livre s’imposait. Comment avez-vous négocié avec vous-même, dans votre travail d’écriture, dans votre vie, cette échéance du livre ?

Philippe Sahuc : Il est vrai que pendant plus de vingt ans, mon chemin d’écriture s’est rythmé en étapes successives de deux ou trois ans de travail sur un texte particulier jusqu’au moment de le croire prêt à la publication. J’allais alors voir dans les librairies sous quelle forme éditoriale il me plairait le plus. J’en choisissais trois ou quatre, envoyais les manuscrits aux maisons d’édition correspondantes, rêvais pendant quelques mois au livre possible. Venait alors le temps des refus, bien entendu toujours contrariants mais qui n’empêchaient pas qu’un autre texte soit mis en route pour un nouveau cycle. Cette tranquillité a duré près de vingt ans, où mon activité d’écriture ne s’est presque jamais interrompue, a évolué avec moi comme un vêtement qu’on ne quitterait jamais en grandissant, comme le lierre épouse le tronc, profitant tout de même du regard de quelques amis lecteurs ou lectrices.

Avec fébrilité, j’ai alors senti l’envie de décoller cette évolution du trop proche, mon propre regard et celui du cercle des amis. Ce fut l’étape d’autoédition, passionnante car elle me fit me poser des questions dépassant celles du texte pour aborder, plus seulement en rêve, celles du livre. Pendant trois ou quatre ans, pour fabriquer à ma modeste échelle, j’eus à imaginer des formes de couverture, de reliure. Je me plus à marier différents grains de papier à l’intérieur du même objet à lire. Or j’ose à peine dire livre car cette étape m’a fait prendre conscience de l’écart qui pouvait exister entre ce travail manuel, certes inventif et passionnant, et le travail d’un monde professionnel, celui de l’édition.

C’est donc vingt-cinq ans après la première écriture de ce qui aurait pu être un roman que le besoin d’être en contact avec le monde de l’édition est devenu pressant. Il me parut évident que pour franchir l’étape d’évolution suivante, il me fallait un tel partenaire. Je ne sus trouver finalement de méthode plus fiable que de le chercher alors tous azimuts, vigilant toutefois à être véritablement traité moi-même en partenaire. La chance m’a souri puisque j’ai trouvé la Cardère.

D.A. : Votre formation d’ethnographe à l’École des hautes études en sciences sociales (où je vous envie d’avoir eu Daniel Fabre pour maître), vos travaux sur la transmission narrative dans les sociétés rurales du Couserans puis votre propre activité de conteur vous rendent sensible à l’oralité. Quelle place tient à vos yeux, dans nos sociétés du multimédia et du temps réel, cet écrit particulier qu’est un texte littéraire ?

Philippe Sahuc : au long des années il y a eu en effet dans ma vie un jeu de cache-cache entre activité d’écriture et activité de parole publique. Bien sûr, lorsque je dis vie, je devrais dire vie sociale car mon travail d’écriture notamment s’est rarement interrompu. Il y a quelques années, j’aurais pu dire, au cours d’un tel entretien, que l’écriture se nourrissait de l’oralité et avouer en même temps craindre une parole conteuse trop écrite. Aujourd’hui ma vision a quelque peu changé. J’ai conscience de deux formes différentes mais qui procèdent toutes deux d’une patiente et nécessaire élaboration en même temps que de l’attention à ce qui les fait subitement jaillir, l’une et l’autre.

Il est vrai qu’observer des pratiques narratives en évolution, à la façon d’un ethnologue, suivre à la trace des histoires d’histoires, à la façon d’un ethnographe, a marqué ma manière de penser. Le meilleur exemple d’observation d’un cheminement d’histoire passant par des formes écrites mais aussi par des formes seulement transcrites m’a été donné par l’histoire bien connue du corbeau et du renard, relevée en Couserans, sous une forme originale, par un ethnographe de la fin du dix-neuvième siècle, l’abbé Cau-Durban, et bien sûr écrite par La Fontaine !

Dans mon travail quotidien les temps de confrontation à l’écrit, par l’écriture elle-même mais aussi la lecture et les temps d’échange selon les codes de l’oralité se donnent réciproquement un certain relief. J’en viens donc à souhaiter que le temps réel voire le temps long, pour reprendre votre juste expression, donne place à l’un et à l’autre dans nos vies individuelles. Je me demande si certaines formes du multimédia, qui m’apparaissent comme intermédiaires, ne contribuent pas à donner ce relief. Ainsi, votre blog et donc, précisément l’exercice auquel nous nous livrons ensemble. Il procède en effet d’une élaboration qui se donne le temps, comme dans l’acte d’écrire, tout en évoluant à la faveur des réactions de celui qui écoute – pardon lit !

En tout cas, dans Na, Lam, la multimédia est peu évoqué mais la place que peut prendre le temps de l’oralité narrative dans le quotidien partagé entre un enfant et un adulte y est montrée. Moyen de transmission certes, mais aussi moyen d’apprivoisement de certaines difficultés de la vie, y compris très modernes.

D.A. : Votre langue semble opérer au point de convergence – pour ainsi dire improbable, si ce n’est par l’autorité de votre écriture ! – de trois dispositifs linguistiques (pour ne pas créer d’inutile jeu de mots avec le mot langue) : le français, l’occitan et le mandingue d’Afrique de l’Ouest. Na, Lam comprend un glossaire de termes de cette langue maninga, qui est la langue maternelle de cet enfant, au cœur de votre récit. Serait-ce qu’à rebours du mythe babélien, la confluence des langues est, dans votre pratique d’écriture, source de clarté, supplément de sens – comme on parle d’un supplément d’âme ?

Philippe Sahuc : La confrontation des langues, même si l’une n’est représentée que par des mots isolés, me semble permettre un éclairage réciproque, presque l’inverse de ce que je viens de dire pour l’oralité et l’écriture. Certaines ombres s’effacent, la face cachée d’un mot peut parfois ainsi apparaître.
Lorsqu’un mot d’une autre langue s’insère dans une phrase en français, il s’y réduit souvent au son avec lequel lecteur ou lectrice s’imagine le prononcer. Rien que ce son peut éclairer la phrase de façon particulière. Je crois que si des mots de langue maninga reviennent ainsi dans Na, Lam, c’est pour ce jeu de correspondance de sensation où ils me paraissent suggérer un univers de formes, de lumière, mais aussi de goûts particuliers. D’ailleurs, la bouche est bien ainsi mise en jeu… Ils sont là aussi pour marquer un inconnu que l’enfant de l’histoire contée a à découvrir. J’aurais eu envie, pour cet enfant, que la facilité des équivalents approximatifs soit évitée. A un moment donné, le voyage non accompagné s’impose et c’est bien ce que l’enfant finit par reconnaître et dire.

J’ai aussi une attention toute personnelle à des mots qui peuvent avoir, sous prononciation équivalente, des sens différents dans des langues différentes. Ainsi ce mot karo, qui désigne la lune en langue maninga, soit quelque chose qui est bien au-delà du carreau de la langue française. Au lieu de les traiter de faux amis, j’y vois une forme de sésame. Ils sont une source d’inspiration particulière, certes peu visible dans Na, Lam. Je suis donc déjà en train d’évoquer la suite…

D.A. : Qu’attendiez-vous – et qu’attendez-vous, une fois ce contrat signé et l’ouvrage en chantier… – de l’éditeur qui accepterait de publier votre premier livre ?

Philippe Sahuc : Justement, j’attends une suite ! Une suite qui se construise par le croisement des regards nourris par deux métiers, celui d’éditeur et celui d’écrivain. Cela me fait revenir à l’idée du partenariat. J’en attends un réel contre-éclairage sur ce que j’écris, que je saurai d’autant mieux recevoir qu’il y aura eu une étape d’évolution partagée. Qui sera peut-être d’autant plus pertinent qu’il y aura eu cette étape. Peut-être une nouvelle façon de combiner communication et cheminement d’une écriture.

 

 

Souscrire à l'ouvrage avant parution,
c'est aussi marquer son soutien à un éditeur indépendant.
[Cliquer ici.]

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Sur cette page de l'éditeur, en bas à gauche,
téléchargement possible des seize premières pages du livre.

 

 

Philippe Sahuc, cliché Francis Blot.

 

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Mardi 22 janvier 2008

07: 55

Actualité et/ou inactualité du livre

 

 

La mort en direct
intertresetroit
par Bertrand Racine, libraire.

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mort_du_livre

 

[Début décembre, je me suis entretenu avec Bertrand Racine, libraire d'ancien, en sa libraire de la rue Riquet à Toulouse. Je mets la dernière main à cette page, qui devrait être publiée ici dans les tout prochains jours. Bertrand Racine m'a proposé, sans attendre, de publier ses impressions à la suite d'un salon du livre auquel il a participé ce dimanche. Je le fais d'autant plus volontiers que ce qu'il relate et les réflexions qu'il en tire illustrent de façon emblématique plusieurs questions qu'il évoque dans notre entretien – dont je souhaite qu'elles se prolongent, ici, par de véritables échanges avec celles et ceux que le destin du livre concerne. Dominique Autié.]

 

 

Ce dimanche 20 janvier 2008, j’ai assisté en direct à la mort d’un salon du livre et cet évènement grave – qui n’a heureusement pas fait d’autre victime – m’a profondément troublé.

Organisé par le Lion's Club, le salon du livre de Castelsarrasin accueillait samedi et dimanche, pour la douzième édition consécutive, une douzaine de bouquinistes et de libraires en livres anciens du Sud-Ouest, quelques auteurs régionaux, ainsi que la médiathèque et la bibliothèque sonore. À l’heure de l’apéritif, offert par la municipalité, quand tous les officiels ont pris la parole pour se féliciter de l’évènement et de son rôle important pour le progrès de la lecture et la défense de la langue française, tout était pourtant déjà consommé : le salon de Castelsarrasin était en train de vivre ses derniers instants ; tout (ou presque) s’était joué dans les premières heures de la matinée.

Trois emplacements restés vides après que leurs réservataires eurent fait faux bond, sans doute attirés par un quelconque marché de plein vent, puisque les services de Météo France avaient annoncé douceur et soleil sur le grand Sud-Ouest. Un exposant fut prié de remballer son stock dès l’ouverture, après que l’on s'aperçut qu’il s’agissait d’un particulier travaillant en toute illégalité : malgré un impressionnant stock de BD neuves et d’occasion, aucune inscription au registre du commerce, aucune assurance professionnelle et, surtout, aucune intention de régulariser sa situation ! Une assistance plus que clairsemée (une centaine de visiteurs dans la matinée), à peine curieuse (il y avait pourtant de quoi passer plus de quinze minutes sur chaque stand pour découvrir l’ensemble des trésors, petits et grands, que les libraires avaient pris le peine de réunir) et qui semblait avoir des hérissons ou des coques de châtaignes dans les poches, tant les achats furent rares et de faible niveau.

Quand les libraires s’attablèrent pour déjeuner, trois d’entre eux n’avaient pas encore « dérouillé » et la recette moyenne ne dépassait pas 100 euros. C’est dire combien l’atmosphère était morose.

Le brouillard matinal s’étant dissipé à l’heure de la sieste, les visiteurs furent un peu plus nombreux en milieu d’après-midi, sans que la fréquentation ne parvienne jamais à atteindre celle des éditions précédentes : on était loin de se marcher sur les pieds et un stand pouvait rester vide de tout curieux pendant de très longues minutes. Un premier libraire (et pas le moindre) entreprit de plier son stand vers 15 h 30, avec pour tout résultat une seule vente et 25 euros de recette. Il fut bientôt suivi par deux ou trois autres. Vers 17 heures, le mouvement était quasi général, même si nous travaillions tous plus ou moins au ralenti pour ne pas vexer les organisateurs ni décourager ceux et celles qui avaient pris la peine de se déplacer.

Au moment du départ quelques libraires, dont plusieurs étaient là depuis la première édition, prirent le temps d’expliquer au responsable du Lion's Club pourquoi ils ne reviendraient plus : frais de route, manque à gagner, fatigue, temps perdu, découragement, Internet… Découragé autant qu’il l’étaient eux-mêmes, il leur avoua qu’il n’y aurait probablement pas de treizième édition. Seuls les bénévoles, qui s’activaient à ranger les tables et nettoyer la salle, ne savaient pas qu’ils étaient en train de faire la toilette du mort.

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© Bertrand Racine, libraire.

 

 

En ouverture : Illustration pour Le Conte du Tonneau de Jonathan Swift (« Bataille entre les livres anciens et modernes dans la bibliothèque de St-James »), 1704. © Le Blog du bibliophile

Lire ma mise au point dans la zone des commentaires (trente-deuxième commentaire).

 

 

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Mardi 15 janvier 2008

07: 29

L'ordinaire et le propre des livresPetite philocalie

 

 

41 – Le site des éditions n&b :
intertresetroit
mettre la Toile au service du livre.

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site_nb_blog
cadratin_blog
http://editions-nb.intexte.net

 

 

Comment peut-il encore se trouver des professionnels du livre hostiles à Internet ? – j'entends : quant au principe de leur présence active sur la Toile, et non sur tel ou tel point, qui n'est pas toujours de détail, loin de là, tel l'élémentaire respect du droit moral (le droit à ce que l'œuvre soit signée par son auteur, non dénaturée, etc.). Et lorsque j'évoque les professionnels du livre, je compte bien entendu les éditeurs [1], mais aussi les auteurs eux-mêmes. Et je précise encore : y compris les libraires.

La preuve a été largement assénée ces dernières années que, si chacun de nous n'occupe pas sa place et son rang sur la Toile, d'autres les occuperont pour nous. C'est, par ailleurs, une sottise absolue que de considérer qu'un courrier électronique n'est pas un courrier à part entière (et qu'il autorise la désinvolture, l'absence de formule donc d'égards), ou qu'Internet exigerait – en soi, par je ne sais quel décret même tacite – de dévoyer le contenu ou la forme de ce qu'on y injecte. D'entériner, enfin, les termes d'un débat déjà caduc, exténué avant même d'avoir été sérieusement instruit, qui a voulu opposer à une virtualité du support électronique (qui relève de la rumeur – l'état de mes yeux, le soir, en témoigne !) l'irréductible suprématie de l'écrit consigné sur la page en papier.

C'est peu dire que de constater que les professions du livre s'avancent un peu plus chaque année dans une crise dont l'échéance, certaine, consistera en un salutaire grand ménage de printemps, ou d'automne. D'ici là, il faut bien lire, si l'on est lecteur, continuer d'écrire et, peut-être, de publier si l'on s'estime auteur. Lecteur, c'est sur la Toile que mes curiosités trouvent les références de leur manne et poussent leurs surgeons, c'est par l'écran que des voix parviennent à moi, dont les rythmes m'aimantent vers les livres où elles se font entendre, quand c'est le cas. C'est à la Toile que je dois de n'avoir pas désespéré d'écrire, sans relâche, alors qu'un changement de statut professionnel, il y a huit ans, me rétrécissait cruellement le temps et que, durant la même période, les règles du jeu imposées à l'auteur qui cherche éditeur continuaient de devenir de plus en plus étrangères à l'écrit et au livre.

*

L'idée de développer, sur le domaine intexte.net, un portail professionnel dédié à la diffusion de l'écrit imprimé a lentement cheminé. Au même rythme que l'amitié professionnelle qui, de fort longue date désormais, me lie à Jean-Luc Aribaud : de ces cheminements distants qui engrangent, avec lenteur et soin, les raisons d'établir un jour – quand importe alors encore très peu – les fondements d'une œuvre commune. Professionnels du livre l'un et l'autre, nous œuvrons désormais de conserve sur la Toile.

La création du site des éditions n&b a été engagée en début d'année 2007, dans une logique professionnelle. C'est dans cet esprit que le dossier a été présenté à la Direction régionale des Affaires culturelles, qui lui a accordé son soutien initial. Ni la nature des contenus édités, ni les relations confraternelles nouées entre les opérateurs ne suggèrent d'éluder la règle d'un strict professionnalisme : en tant qu'éditeur, Jean-Luc Aribaud a charge d'auteurs, en tant qu'éditeur en ligne, InTexte a pour devoir de faire bénéficier les contenus (le catalogue des éditions n&b, en la circonstance) des principales potentialités de l'hypertexte et des réseaux.

Une première étape importante a été franchie juste avant la fin de l'année : l'ensemble des livres était intégré, le dispositif de paiement en ligne était opérationnel, les premières rubriques destinées à ce que le site ne soit pas seulement un catalogue et un outil marchand (fonctions qui, toutefois, justifient son existence) étaient ouvertes.

Il reste désormais à faire vivre ce lieu des livres, à le lier, à inciter les auteurs à ce qu'ils s'y sentent bienvenus. À conduire ceux qui n'en seraient pas encore convaincus que le travail de leur éditeur au bénéfice de leur œuvre tire, désormais, un surcroît significatif d'efficacité de sa présence sur la Toile.

 

Découvrir le site des éditions n&b
cadratin_blogCliquer ici.

 

 

[1] Ce que j'avais d'abord pris, sous bénéfice d'inventaire et selon un principe de magnanimité dont je me fais une règle, pour un cas d'imbécillité isolée s'avère une tendance de fond : dans nombre de maisons d'édition (non des moindres, semble-t-il), les BTS force de vente, dont le pouvoir jubile à s'exercer sur les attaché(e)s de presse, refusent explicitement aux auteurs le service gratuit de leur livre au bénéfice de chroniqueurs susceptibles d'en rendre compte en ligne : ainsi, avec ses deux mille visites quotidiennes au compteur, son index et, surtout, son référencement qui garantit à l'éditeur de voir son auteur et son livre repérés, en moins d'une semaine, par les moteurs de recherche, le présent site est compté pour rien par les experts du marketing éditorial. Voilà le genre de d'inculture dont il serait pour ainsi dire immoral de vouloir tirer ceux qui s'en prévalent.

 

 

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Dimanche 13 janvier 2008

10: 16

 

 

 

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intertresetroit2 /intertresetroitUn autre jour, une image manipulée pour une tout autre raison réinjecte cette pochette de l'année 1963. Le sujet, cette fois est seul, et de face. Jusqu'alors, il ne s'était agi que de petits microsillons quarante-cinq tours, d'une surface à peine plus large que nos actuelles galettes numériques. Celui-ci est un trente-trois tours. Aujourd'hui, ces objets semblent irraisonnablement encombrants et la surface utile des pochettes curieusement sous-employée par le graphisme : un carré de trente et un centimètres et demi de côté (plus que la hauteur d'une feuille aux normes A4) ! Quel maquilleur de produits de grandes distribution ne rêverait d'une telle prodigalité pour donner corps par l'image au vide sous vide que recèle l'emballage destiné à la tête de gondole ?

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cadratin_blog

cadratin_blog
La capacité plastique de cette photographie durcie, sur laquelle il été ajouté du grain, est décuplée. Mon univers acoustique et mental est ce visuel – ce qu'à la même époque un intellectuel canadien formule dans un théorème resté célèbre  The medium is the message.

[En janvier 1965 (j'ai quinze ans), mon père avait loué deux places un dimanche après-midi en matinée à Bobino. Stupéfait, je l'ai senti applaudir avec plus de ferveur que je n'osais en manifester. Je n'aurais osé crier, je l'ai entendu lancer plusieurs Bravo ! Ce spectacle, auquel il a m'a permis d'assister, m'a indiqué – sinon imposé – un principe de réalité, m'a fait sortir de l'immuable programmation sonore des pochettes. Il faudra toutefois des années avant je me procure et lise La Galaxie Gutenberg et Pour comprendre les médias de Marshall McLuhan.]

 

 

 

 

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Quand le labeur
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