blog dominique autie

 

Vendredi 3 août 2007

08: 47

Célébrations XIV

 

lancelot_blog

 

 

Le monstre nous poursuit, Lancelot !

Pour de vrai, cette chronique doit absolument s'intituler :

intertresetroit
Honneur à Jacques Blondeau,
intertresetroit
qui a enchanté mon enfance !

 

1961 – date probable de la publication du feuilleton – fut l'année de mes douze ans. J'étais abonné au Journal de Mickey. En juillet de l'année suivante, Georges Bataille mourait à Paris.

Dans ma mémoire, cela a duré des années – qui ne furent sans doute qu'une poignée de semaines, affirmera mon biographe. J'avais obtenu qu'on m'achetât un pantalon de survêtement bleu pétard et une chemisette du même marron foncé que la tunique du chevalier. Comme il était hors de question qu'un jouet figurant une arme rejoignît mes boîtes de Mécano et mon réseau ferroviaire Jouef, je me bricolais [2] mon épée dans des chutes de plinthe. Et, le jeudi matin [3], je guettais le facteur qui délivrait, roulé sous une bande de papier grisâtre, le nouvel épisode d'une mythologie dont les dieux ne cesseront dès lors de s'empiler, dressant aujourd'hui en mon for intérieur une sorte de tour à l'équilibre précaire – entre Pise, Babel et le dakhmā.

Dieu sait pourtant que ce garçon (je parle du jeune Lancelot) est propre sur lui ! Sa petite blondasse d'Elvyne me semble aujourd'hui la sinistre préfiguration des pintades qui me toiseront quelques années plus tard – et me toisent toujours, pour d'autres raisons, l'âge aidant –, sûres de leur cote de faux Botticelli.

Sauf erreur ou omission – et toutes choses égales par ailleurs (merveilleux spécimen de xyloglossie que je donne à ronger aux petits fonctionnaires de l'âme qui auraient égaré leur gamelle) –, je n'ai trouvé sur Internet qu'une seule planche complète de cette série, et une seule page consacrée à Jacques Blondeau, son auteur. J'y apprends que cet homme n'a pas dédié son talent aux seuls pré-adolescents du monde ancien. Dans son Arsène Lupin et son Maigret pour les grands quotidiens et les hebdomadaires des années 1950, il dessinait sensuellement les femmes, me dit-on. On aimerait disposer, à propos d'un tel artiste, de plus et mieux que ces maigres lignes. La Toile est aussi une fosse commune. L'absence y est parfois pénible. Douloureuse. Je me devrais de préparer pour cet homme le Tombeau qu'il mérite. Qu'on m'y aide !

Sans doute existe-t-il – comme c'est le cas, à ma plus grande joie, pour le musicien François de Roubaix ou le chef d'orchestre Ray Conniff [1]) des « fous » du Lancelot du Journal de Mickey des années 1960. Sans doute des amateurs qui vouent à Jacques Blondeau une légitime admiration, doublée de cette forme de piété – que je pratique volontiers moi-même – qui consiste à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'une œuvre et son auteur continuent de rayonner. Peut-être une nièce, un lointain cousin du dessinateur qui se réjouiront qu'on honore la mémoire de leur déjà lointain parent. Qu'ils se sachent bienvenus sur ce blog, dont la tenue, pour une large part, n'est légitime qu'à mesure des liens qu'il (re)tisse entre l'écrit et ses lecteurs.

Reste mon émotion, presque intacte, devant cette planche unique. Disposer de plusieurs épisodes qui se suivent raviverait les braises – j'ai notamment mémoire d'une livraison qui, un jeudi, consista en une seule image pleine page de Lancelot, sur son cheval, s'avançant dans le marais où pataugeait Balsamehr, le répugnant T Rex dressé pour tuer le preux chevalier.

Manquera toutefois le cliché, que nul n'aurait songé à prendre, de l'enfant de onze travesti se contemplant devant l'immense miroir incrusté sur la porte centrale de l'armoire familiale. Nul clinicien ne saurait recourir à l'aune interdite de ses propres métamorphoses pour livrer la moindre étude sur l'importance de cette fonction chez l'enfant. On nous amuse avec une panoplie de concepts fumeux, alors que tout, ou presque, se joue là, devant la glace – et continue parfois de se jouer, plus tard, devant l'objectif d'un appareil photographique, pour quelques-uns que le déni n'a pas réduits à la cécité.

intertresetroit
lancelot_fenetre_fin

 

 

[1] Dois-je rappeler aux jeunes lecteurs de ce blog que, dans le monde ancien, le jeudi, non le mercredi, était jour férié pour l'écolier ?
[2] Afin de mieux mâcher le travail de l'universitaire qui se chargera d'établir l'apparat critique de mes œuvres complètes, je confirme que l'imparfait restitue la constance que ma mère observait à confondre cette épée avec un vieux bout de bois qui traînait et n'avait rien à faire dans ma chambre. Mon père, qui ne jetait rien, me réapprovionnait en vieilles moulures dûment entreposées dans la cave de notre pavillon.
[3] Ces pages restent, sur le long cours, parmi les plus visitées et les plus commentées de ce site.

 

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Mardi 8 mai 2007

08: 34

Célébrations

 

XIII

 

Raymond Loewy
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à l'occasion d'une exposition

à la galerie des éditions Serge Aboukrat

à Paris

 

laideur_couv_blog

[Zoom]

 

 

Raymond Loewy, 1893-1986.
Exposition du 15 mai au 13 juillet 2007,

de 14 h à 19 h sur rendez-vous.

Galerie Serge Aboukrat, 7 place Furstenberg, Paris VIe.
de 14 h à 19 h sur rendez-vous.
Téléphone-télécopie : 01 44 07 02 98
Adresse électronique : sergeaboukrat € orange.fr [Remplacer l'euro par l'arobas].

 

 

Certes, on ne saurait faire l'économie de ses titres de gloire : le paquet de Lucky Strike, toujours cité, la coquille Shell, le profilage de taille-crayons, de ventilateurs, de juke-box et de locomotives (Pennsylvania Railroad, 1937), l'aménagement de paquebots (Princess Ann, 1936) et de l'intérieur de Skylab (1972) ainsi que de Air Force One, l'avion du président Kennedy (1962) et de Concorde (1976). Liste non exhaustive, il va sans dire.

La laideur se vend mal est un livre terriblement amerlo, daté dans nombre de ses figures de style en tant que livre d'auteur. Pourtant, comment n'être pas frappé par ses excursus dans des domaines et sur des questions excédant de beaucoup le champ de compétences habituellement revendiqué par l'esthétique industrielle. Je donne à lire, ici, les réflexions de Raymond Loewy sur les aménagements qu'aurait justifiés, selon lui, notre gestion circadienne et hebdomadaire du temps.

Voilà un homme pour qui, d'instinct, le support n'était pas dissociable du message : son œuvre me semble une préfiguration, mise en pratique, des thèses de Marshall McLuhan. C'est pourquoi Raymond Loewy a rang de figure tutélaire dans mon esprit, dès que je suis conduit à me mêler d'une mise en page, quel qu'en soit le medium. À l'heure où M. de Saussure distillait le poison pieusement recueilli à titre posthume dans son Cours de linguistique générale, l'un de ces enfants de l'Europe malade s'exerçait déjà à enjamber les lieux communs de la médiocrité, de la laideur, de l'inhumain. Sans doute eût-il été surpris qu'on ait à argumenter, aujourd'hui même, le caractère iconique de l'écrit [1] : cela devait lui paraître pure évidence !

Il avait formalisé dans une sorte de petit théorème, connu sous l'acronyme maya qu'en forment les initiales en anglais – Most Advanced, Yet Acceptable – la marge d'audace qu'un créateur de formes populaires peut se permettre, le calcul de la limite jusqu'à laquelle il peut pousser le bouchon : Le dessinateur industriel astucieux est celui qui, avec lucidité, flaire la « zone de choc » dans chaque problème particulier. […] Étant ingénieur dans l'âme, j'ai essayé d'introduire un peu d'ordre dans ce marécage confus du comportement esthétique humain [2]. Nous manquons cruellement, ces temps-ci, me semble-t-il, de ce genre d'ingénieurs. Il y a une raison à cela.

Aujourd'hui, la prise en compte des destinataires d'un produit déclaré nouveau a pour jauge principale le plus grand dénominateur commun au sein d'une cible déterminée pour les besoins de la cause commerciale : le libéralisme économique est passé de sa phase prospective, qu'a connue et à laquelle a contribué Raymond Loewy, à son stade de stricte rentabilité ; ce qui éloigne toute démarche créative des zones de choc, pour la circonscrire dans l'idée qu'on se fait d'un ensemble consensuel de goûts et de besoins dans la population la plus large possible. Si la communication B to B (business to business) se gargarise de réactivité, de flexibilité et de capacité d'innovation, c'est pour tenter de donner le change à une innovation qui, justement, est condamnée à la redite, à l'autocitation, à la tautologie ; l'avènement du règne de la quantité asphyxie la dynamique, l'audace, le souffle qui l'ont rendu possible. Pour cette raison, l'économie mondialiste constitue un système redoutablement clos, lesté par l'entropie des lois matérielles qu'il exploite : nulle place pour la dyssimétrie, pour l'aiguillon spirituel, pour l'imaginaire qui, pourtant, l'a fondé.

Plus que le père du design industriel (on lui trouvera sans peine, très loin dans l'espace et le temps, d'illustres ou d'obscurs devanciers – ces paternités superlatives sont toujours abusives), Raymond Loewy m'apparaît comme le dernier chercheur d'or que l'Ouest ait aimanté. Quelques années plus tard, il n'était plus temps.

La galerie Serge Aboukrat présentera quarante-deux photographies d'époque représentant des objets designés par Raymond Loewy, ainsi que des dessins issus de ses archives professionnelles. J'imagine sans peine l'intérêt d'un petit nombre de documents donnant accès au cheminement de l'œil et de la pensée à l'œuvre, tels qu'ils se sont appliqués à des ustensiles et des produits d'usage commun, hors du champ toujours clos de la création artisitique expérimentée pour elle-même. Rien ne me trouble autant, n'excite mieux mon imaginaire que les dessins et les textes des Carnets de Léonard dès lors qu'ils abordent de sobres problématiques de mécanique des fluides.

Il est fort peu probable que j'aie l'occasion de me rendre à Paris pendant la durée de cette exposition qu'organise M. Serge Aboukrat. Si un lecteur, une lectrice du blog a le goût de partager sa visite, je publierai son texte avec joie, trop ravi de l'accueillir ici en hôte de passage.

 

 

[1] Voir principalement la seconde partie de la chronique à laquelle renvoie ce lien.
[2] La laideur se vend mal [voir références ci-dessous], p. 241.

 

Raymond Loewy, La laideur de se vend mal, traduit de l'américain par Miriam Cendrars, collection « L'Air du Temps », Gallimard, 1953.
En zoom : Dédicace manuscrite de Raymond Loewy sur le portrait en hors-texte ornant l'exemplaire de l'édition française (coll. D.A.). L'ouvrage est disponible dans la collection de poche « Tel » de Gallimard.

 

Deux ouvrages en français sur l'œuvre de Raymond Loewy :
Philippe Trétiack, Loewy, collection « Mémoire du Style », éditions Assouline, 1998.
Raymond Loewy, un pionnier du design américain, catalogue de l'exposition présentée par le Centre de Création industrielle du 27 juin au 24 septembre 1990, Centre Georges Pompidou.

Deux sites Internet à consulter :
Le site officiel www.raymondloewy.com, édité par les ayants droit, qui continuent de faire rayonner l'œuvre industrielle et intellectuelle de Raymond Loewy.
Le site de la fondation créée en Allemagne en 1991, qui décerne le Lucky Strike Designer Award, qui distingue chaque année un designer confirmé ainsi qu'un jeune professionnel.

[Comment ne pas déplorer la gaucherie du seul site en langue française, hommage bien médiocre à un homme qui, né à Paris, de nationalité française jusqu'à l'âge de 45 ans, arborait la rosette d'officier de la Légion d'honneur reçue à titre militaire et… dessina dans les années 1950 le logo de Lefèvre-Utile qui ornait nos paquets de petits-beurre (LU) – état comestible de la collection de timbres de mon père, dont je pouvais consommer les dents une à une avant de mordre dans le corps du biscuit.]

 

puce_grise

 

Célébrations

de la gomme du fond de robe de l'eau minérale
des myopes de la pistache de la vapeur
de l'œuf à la coque de la machine à écrire
de la paternité de l'abstinence du papier peint
du cigare

 

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Mercredi 20 décembre 2006

05: 13

Célébrations

 

XII

 

Le cigare
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Entretien avec Yves Belaubre

 

 

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Fumeur de cigarillos, cédant parfois à l'appel d'un vrai bon cigare, il est temps de (re)nouer quelque lien avec une communauté que menace l'air du temps. J'ai choisi de le faire en conviant ici Yves Belaubre, croisé jadis ici, à Toulouse. Je le remercie d'avoir bien voulu me conforter dans mes inquiétudes, tout en me réjouissant de cette nouvelle rencontre.

 

Dominique Autié : Le magazine Cigare & sensations, que vous avez fondé, s’adresse à tous ceux qui apprécient les cigares, moins pour être à la mode que pour le plaisir, le partage, la spiritualité. Pensez-vous que le cigare perpétue en Occident une très ancienne fonction rituelle et sociale du tabac, qu’on a décrite dans certaines sociétés traditionnelles ?

Yves Belaubre : Le cigare (et la pipe à sa façon) sans aucun doute. Ce sont deux objets, deux pratiques et deux consommations que l’hystérie d’une poignée de médecins incompétents et autoritaires, financés par les laboratoires pharmaceutiques, amalgame à l’usage plus ou moins servile de la cigarette tout en diabolisant à coup de statistiques fantaisistes le nom d’une plante très belle qui s’appelle le tabac.

On sait que chez les indiens Arawaks du Venezuela, comme chez les Taïnos des Caraïbes, les Mayas du Yucatan ou encore dans les tribus d’Amérique du Nord décimées par l’Européen, le tabac et la fumée de tabac avaient des fonctions médicales, rituelles et politiques. Herbe « magique » car médiatrice entre les hommes et les dieux (l’univers est la « maison de fumée ») le tabac était principalement cultivés par les sorciers (hommes-médecines) pour soigner, interpeller les morts (les dieux), et appréhender l’avenir. Il était donc très utilisé par les chefs pour préparer les décisions politiques et sceller des alliances. Ainsi la fumée de cigare, dont les compagnons de Colomb témoignent dès leur rencontre avec les Taïnos de Cuba et d’Hispaniola (Saint-Domingue), a toujours eu partie liée avec la puissance et ses rites (ses signes).

On ne s’étonnera donc pas qu’au dix-neuvième siècle, à la suite de la naissance du cigare moderne (manufacturé), le cigare fasse le bonheur des grands de ce monde, des princes, des banquiers et industriels de la révolution capitaliste en cours, en se mettant en scène grâce à l’invention du marketing (bagues, vistas, coffrets etc.), qui n’est probablement que le rituel de la religion de la marchandise.

Cette fonction rituelle et sociale du cigare est reprise et assumée récemment par l’épicurisme qui réintègre la notion de puissance à travers celles de luxe, d’émotion (sensations) et de dépense (au sens élaboré par Georges Bataille), en réunissant les fumeurs de cigares au sein de clubs, pour des banquets, des dégustations, voire des soirées mondaines.Concernant la cigarette, il faut se rappeler que l’immense développement de ce produit industriel – aujourd’hui plus dérivé du tabac que tabac – a été essentiellement porté par la puissance socialisante du partage de la fumée : le fait d’offrir une cigarette ayant été et étant souvent encore un geste initiateur de communication entre les individus atomisés par la société moderne. Toutefois on notera que la symbolique de la puissance s’est focalisée sur le cigare (conformément aux origines), tandis que la cigarette, devenue produit démocratique par excellence des années 1930 aux années 1960, cristallise désormais bon nombre des redoutables qualités de la servitude.

D.A. : Le club « Pour une poignée de cigares » est inquiété, ces temps-ci, par la plainte d’une association au motif de publicité et de promotion en faveur du tabac sur son forum en ligne. Selon cette association, exprimer une opinion sur un cigare qu’on a fumé est assimilé à de la propagande en faveur du tabac et tombe sous le coup de la loi Evin. En ce domaine comme en de nombreux autres, le monde associatif n’est-il pas en passe de devenir bien plus menaçant pour les libertés que ne l’est le législateur ?

Y.B. : L’organisation associative comme n’importe quel type d’organisation n’a nul privilège quant à l’intelligence, l’humanité ou la démocratie. Je ne pense pas que le monde associatif puisse être plus menaçant pour la liberté (pour moi il n’y en a qu’une, et quand il y en a plusieurs c’est que la liberté est amputée) que ne peut l’être le législateur puisque les associations de type puritain moraliste vengeur et victimaire, comme les associations anti tabac ou anti-alcool, s’appuient toujours sur la législation pour mener leur programme hygiéniste liberticide.

La menace vient de l’instrumentalisation systématique de la justice et du fait que les juges de France acceptent que leur travail se réduise à favoriser les transferts d’argent depuis des personnes baptisées criminelles vers des personnes baptisées victimes.

Quant au financement des associations par les pouvoirs publics, cela pose de réels problèmes politiques et moraux, dont s’accommodent néanmoins la duplicité et la sottise de nombre de politiciens.

Pour ce qui est du tabac, les associations qui attaquent les fumeurs de cigares aujourd’hui n’ont pas encore mesuré le risque politique, moral et physique qu’elles prenaient ce faisant. Car les fumeurs de cigares ne sont pas les citoyens les plus habitués à obéir, et il est un moment où la réponse aux menaces individuelles comme à l’instrumentalisation de la justice à des fins totalitaires, exige tous les moyens de la Résistance. Les formes que prendra celle-ci dépendront désormais de la tournure des événements et du niveau d’impudence des nazillons issus de l’accouplement de la moraline et de la pharmacie.

D.A. : Je vous ai connu auteur, notamment d’un très beau texte sur le peintre Carlos Pradal. Vous avez choisi le journalisme. En la circonstance, ne pensez-vous pas que la presse porte une lourde responsabilité dans le pouvoir exorbitant dont dispose désormais le monde associatif, ainsi que dans la pratique de la délation et de l’intimidation comme mode de gestion de l’espace social ?

Y.B. : Je suis toujours écrivain et ne revendiquerais que ce titre si un titre était nécessaire. J’ai publié dernièrement un poème dont je suis assez satisfait. Je ne me crois surtout pas journaliste car je méprise autant les journalistes que l’idéologie de l’objectivité. La société éditrice du magazine Cigare & Sensations, que j’ai créé avec le photographe Michel Fainsilber, s’appelle « Subjectif », ce qui souligne cette vérité de l’écriture et de la vie. Je n’ai aucune foi en la communication car j’ai étudié de près les techniques de manipulation et ne donne nulle autre valeur que polémique (c’est-à-dire guerrière) à ces notions de message, de code et de signes avec lesquelles les médias et leurs experts préparent aujourd’hui l’abrutissement de l’humanité.

Je fais partie de ces quelques personnes qui ont lu et appris Épicure et qui en ont tiré une philosophie épistémologique, morale et politique qui n’accorde aucun crédit à l’objectivité, que celle-ci tapine sous les oripeaux de la science, des statistiques ou de l’information. Car la démocratie, lorsqu’elle prétend être dirigée par les experts (ceux qui sont propriétaire de l’objectivité), meurt aussitôt.

Aussi ne me dirai-je jamais expert en rien, ni même professionnel de quoi que ce soit, et je fonde sur cette impertinence ontologique ma liberté de penser, mon goût du discours et la suprême valeur que j’accorde au seul sentiment absolument non objectif – et le plus fiable qui soit : l’amitié.

Les amis s’estiment, s’entraident, se soutiennent et sont capables d’agir fermement, rapidement, violemment au besoin, et de concert si la délation et l’intimidation osent approcher de leur jardin.

 

 

*interlettreinterlettre*

*
À suivre.

 

Alejandro Robaina à Paris, en juin 2006.
Photographie de Michel Fainsilber pour Cigare & Sensations.

Une notice sur Yves Belaubre [cliquer ici].

 

 

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Samedi 14 octobre 2006

15: 01

Célébrations

 

XI

 

Le papier peint

 

 

papier_peint

 

 

Le motif floral, la saynète, le paysage, reproduit en quinconce, constitue la vis sans fin de la toile de Jouy : la juxtaposition d'une même perspective par une ouverture sans montants, des centaines de fenêtres que nul ne saurait refermer une à une, profondeur démesurée que l'œil ne songe même plus à gérer – dont il se repaît toutefois, en suisse.

*

Longtemps, les chambres de l'enfance furent peuplées de bergères qui se laissaient embobiner par de jeunes pâtres, de moutons qui se la coulaient douce pendant ce temps et de gerbes d'herbes folles. C'est bien notre haine de toute terra incognita qui nous a poussés à tapisser désormais l'imaginaire de l'innocent de mickeys, de babars et de barbies fluo.

*

Cette pièce – pourtant bien moins spacieuse que le grand salon de la place Jeanne-d'Arc, où j'avais installé mon bureau – fonctionne comme une lanterne magique. L'écran de l'ordinateur, les rayonnages des bibliothèques, les fenêtres, quelques cadres – et le calendrier mural de la banque…, autant de plaques de verre à travers lesquelles il suffit que ma pensée se projette.

Quand nous avons pris possession des lieux, Sylvie Astorg proposa de faire passer une couche de peinture blanche sur les murs de ce qui serait désormais mon bureau, avant d'y introduire le moindre meuble. « Malheureuse !… », disaient les vieilles gens. Et l'on ne touche pas plus aux petits rideaux au crochet – dans le monde ancien, on en faisait encore d'étroits napperons circulaires, qu'on posait sous les vases.

*

Le papier peint développe toute une dialectique du maculage. Les motifs sur le mur : des taches propres.

*

En 1981, une certaine Chantal Thomass, ennemie de l'homme et, par contrecoup, de la femme, innova dans l'ordre d'un féminisme soucieux de provoquer la détumescence chez le mâle honni. Elle eut l'idée d'appliquer aux polyamides et aux soies synthétique de la lingerie féminine les principes graphiques de la toile de Jouy. Elle obtint, plus sûrement qu'on n'y parviendrait par les plus ingénieux dispositifs de dissimulation, de faire disparaître dans de micro-perspectives ouvrant sous le regard autant de lignes de fuite, de contournement et de dérivation, toute zone accidentée du corps que le linge d'ordinaire médiatise. La femme pouvait, dès lors, faire tapisserie aux alentour d'un homme restitué aux plaisirs cathodiques d'un match de foot ou d'une cassette X.

Mme Thomass fut, dans les métiers de la séduction, le pendant d'un Patrick Süskind en littérature populaire (j'ai toujours défendu que Le Parfum fait poser sans hésitation aucune le diagnostic d'anosmie chez l'auteur d'un tel livre). Tous deux ont apporté une contribution méritoire et singulière au dressage du parc humain, à la dénervation des masses.

*

Le papier peint, c'est le monde ancien – le string ne dépasse pas de la ceinture, on ne se prend pas les pieds dans le voile, les pommes ont la peau mate, un peu terne, mais on les prend dans la main – penser à des seins où l'on aurait aimé mordre, jadis. Et les vieilles gens trouvent les mots pour le dire, quand il convient parfois de rompre le silence peuplé d'oiseaux.

 

*interlettreinterlettre*

*
À suivre.

 

 

Regarder les mouches
se poser sur le papier peint,

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Mardi 26 septembre 2006

06: 48

Sous l'arbre triste

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Goa, une nuit de juin 1612.

 

Cette nuit-là, il avait entendu, à une heure déjà avancée, le retour du capitaine. Les cafres avaient rejoint l’aile de la villa réservée au personnel de maison. Puis tout était redevenu silencieux. Allongé sur son lit, il attendait le sommeil en déchiffrant quelques pages de Nicolas Eymeric. Les froides outrances décrites dans le Directoire des inquisiteurs lui paraissaient une fiction qui se pouvait lire comme un pur divertissement. La journée avait été plus étouffante que toutes les précédentes, comme si les pluies de mousson attendaient que le ciel ait atteint son point de fusion pour lessiver enfin Goa de sa poussière et guérir les hommes de leur langueur. L’air brasillait jusqu’au cœur de la nuit ; même froide, la braise piquait d’infimes brûlures la tête et les membres d’Antoine. Il enjamba la fenêtre.

Il s’enfonça dans la moiteur ténébreuse des allées, caressé par les palmes basses et les gerbes d’asparagus.

Cela se confondit d’abord avec la rumeur du Mandovi qui, en dépit de l’écran que faisait la villa, parvenait jusque dans le jardin. Ce fut bientôt un murmure, une modulation, une vocalise ténue mais obstinée. Il en chercha la direction dans le labyrinthe de la végétation et l’obscurité. Quand il parvint près d’elle, c’est lui qui sursauta. Il reconnut Apsara, allongée au pied d’un arbre. « Tu ne peux voir ses fleurs, lui dit-elle sans plus de surprise, mais goûte leur parfum !
– C’est pour le respirer que tu viens ici ?
– C’est mon arbre. Il s’appelle l’arbre triste. Il ne pousse qu’à Goa. Assieds-toi près de moi, que je te raconte. Il y a très longtemps, bien avant que les Portugais ne traversent les mers, le seigneur qui régnait sur cette île avait deux filles aussi belles l’une que l’autre. La première tomba amoureuse du Soleil, avec qui elle fit l’amour. Mais bientôt le Soleil lui préféra sa sœur. Alors, folle de jalousie et de désespoir, elle se tua. Elle fut brûlée, selon les rites de l’Inde. De ses cendres, que l’on avait dispersées dans ce jardin, naquit un arbre dont les fleurs haïssent le Soleil et ne s’épanouissent que la nuit. Je suis la réincarnation de cette princesse. Cet arbre, c’est moi ! »

Antoine s’allongea. Il trouva la nuit plus claire en cet endroit des jardins. La silhouette de l’arbre se dessinait sur le ciel. Il tourna les yeux vers la jeune Indienne. Il distinguait maintenant ses traits. « Pourquoi m’as-tu appris à sourire ? Fallait-il que tu viennes de si loin pour cela ? » Elle s’était redressée et le regardait, prenant appui sur un coude. « Tu as deviné, je suppose, que le maître de cette maison use de moi parce que, dès le lever du soleil jusqu’à la fin du jour, je suis son esclave qui commande à d’autres esclaves. Il n’a jamais pu faire que, le soir, je ne redevienne la fille de l’ancien seigneur de Goa. Dom Nascimento n’a qu’un goût de cendres dans la bouche lorsqu’il m’étreint. On prend Apsara le jour, mais la nuit Apsara se donne.

Antoine n’eut qu’à accueillir le sourire que lui offrait sa bouche immense. Il lui semblait toucher des yeux l’émail de ses dents. Au lieu de s’effacer, le sourire d’Apsara se propageait, la nuit de sa peau s’ouvrait sur un ciel saturé d’étoiles. Comme un oiseau de mer se met sous le vent puis se retourne pour fondre sur la vague, son propre corps se laissait porter par l’haleine tiède qui effleurait à présent son visage, par la houle du regard, par la brise des mains d’Apsara. C’était maintenant à ses doigts de s’étonner d’une peau sans grain, plus lisse que la soie, à sa bouche, à sa langue d’égrener le chapelet des dents, à sa main de consentir à la rondeur du sein venu s’y lover, chaud, palpitant, têtu. Soudain, lui-même était drapé dans la soie de gestes qui redessinaient son cou, ses épaules, sa poitrine. Comment se sentir plus richement paré qu’en étant nu sous de telles caresses ? Une jambe croisait la sienne ; le métal d’un bracelet cherchait à se refermer sur leurs deux chevilles ; la hanche roulait dans le creux de son ventre ; il en guettait le rythme comme d’un chant de marin paumoyant une barque sur la grève, remontant le long de la cuisse, accédant au brisant des reins, à l’écueil poli par le sel, au récif fessé par le ressac depuis la nuit des temps. Tu es Krishna, le dieu bleu, je suis la petite déesse des eaux, sortie des hauts-fonds pour te faire ensemencer la nuit. Il y a si longtemps que je suis jalouse de ton lingam, que je le veux pour moi seule, que la yoni d’Apsara réserve pour tes lèvres son lait sublime. Viens me boire, viens prendre avant de me donner ! Et ce fut l’arche de la nuit qui se dressa dans son regard, tendue par une fine chaînette d’or, et le ciel vint basculer à sa bouche, et se fendre, et palpiter.

Travaillé, modelé comme une glaise redevenue originelle, soumis à d’interminables semailles, irrigué de salive, de baumes, scandé de mantras et de plaintes, il fut couvert par mille corps et la voûte céleste s’arrima à son ventre.

Il ne sut si la foudre le clouait à la terre ou si c’était le feu vital jailli de lui qui zébrait la nuit et dispersait une pluie d’étoiles.

Il lui sembla que le jardin murmurait, une voix venue de partout alentour l’enveloppait. Nous avons été tous les dieux de l’Inde.

La dévotion avec laquelle son corps fut touché, baisé, consommé cette nuit-là fit entrevoir à Antoine les raisons dont pouvaient arguer les tenants de la chrétienté pour qualifier d’idolâtres les sœurs et les frères d’Apsara. « J’aimerais que tu m’apprennes à célébrer ce culte dans ta langue, lui dit-elle. Le sort nous oblige à nous entendre avec les mots de ceux qui nous apportent la honte et la mort. Ils sont une terre stérile.
– Les armées de mon peuple ne vaudront guère mieux, si leurs navires touchent un jour cette côte.
– Pourquoi es-tu ici ?
– J’étais venu exercer la médecine, loin de mon pays.
– Nous ne sommes malades que de vos maladies. Tu as mieux à faire parmi nous.
– Je suis venu ici parce que j’ai tué un homme… »

Il y eut soudain de grosses gouttes de pluie, lourdes, lentes, et les palmes des lataniers qui résonnaient comme la peau d’un tambourin.

 

© Sylvie AstorgDominique Autié, 2002.

 

 

 

Ce texte est extrait d'une centaine de feuillets écrite durant l'été 2002, en vue de financer – en la recyclant dans un roman lisible – l'énorme matériau documentaire que j'avais déjà accumulé, à l'époque, en vue de la composition de mon Nocturne. Relater ici l'interminable parcours au prix duquel nous nous étions convaincus, Sylvie Astorg et moi-même, d'en rédiger le premier chapitre [1] n'aurait pour seul intérêt que d'illustrer d'un exemple vécu les règles extravagantes que s'imposent à eux-mêmes (et, par contre-coup, aux auteurs qu'ils dirigent) ceux à qui incombe, dans l'édition française, la fabrique des romans à succès. À commencer par cet introuvable grand public dont, après trente ans d'exercice du métier d'éditeur, je n'ai toujours pas identifié le premier, le plus maigre spécimen plausible qui en attesterait l'existence.

Plus insolite est l'existence, bien réelle du Nyctanthes arbor tristis, dont notre lecture du fascinant Voyage de Pyrard de Laval aux Indes orientales (1601-1611) [2] nous avait révélé l'existence. Voici ce que dit de cet arbre le médecin et botaniste portugais Garcia da Orta (Castelo de Vide, ca. 1500 - Goa, 1568) :

C'est un arbre de la grandeur d'un olivier, qui a des feuilles semblables au prunier ; sa fleur est de nuit (lorsqu'il fleurit), fort odoriférante, d'aucun usage (que je sache) à cause de la tendresse, si ce n'est que les habitants du lieu se servent du pécoul [pollen] des fleurs, qui sont jaunes, pour en donner couleur à leurs viandes, car elles colorent aussi bien que le safran. Quelques-uns disent que l'eau de la fleur étant distillée est fort propre pour les yeux, étant appliquée sur la partie avec un drapeau de lin trempé en icelle.

C'est un arbre qui ne croît qu'à Goa, qu'on dit avoir été apporté de Malacca. À dire vérité, je n'en ai point du tout vu autre part en toutes les Indes. Il est appelé à Goa parisataco, en malais singadi : il a eu ce nom d'Arbre triste à cause qu'il ne fleurit que la nuit. Ceux du pays racontent qu'un certain grand seigneur appelé Parisatacus avait une belle fille, laquelle éprise de l'amour du soleil, il eut affaire avec elle. Mais que du depuis, lui l'ayant quittée pour être enamouraché d'une autre fille de Parisatacus, elle se tua elle-même par jalousie & désespoir. Des cendres de laquelle, après qu'elle fut brûlée (car encore aujourd'hui on brûle les corps morts en ce pays-là), cet arbre prit naissance ; les fleurs duquel haïssent si fort le soleil qu'elles ne le peuvent voir [3].

 

 

[1] À la demande d'un éditeur de très grand renom, réputé pour ses tirages et ses ventes massifs. Une seconde étape chez un confrère de celui-ci, non moins connu, a orienté tout le travail d'un été vers la mémoire morte de nos ordinateurs. Grâce au blog, quelques paragraphes trouveront peut-être d'autres lecteurs que les quelques proches qui ont cessé d'attendre la suite avec une impatience non feinte (nous avait-il semblé, à l'époque – je souris, car j'ai entendu cette ritournelle des centaines, pour ne pas dire des milliers de fois : J'ai fait lire mon manuscrit à des amis [à ma tante, à mon kiné, à mon beau-père qui était archiviste paléographe…] et ils sont unanimes : il faut absolument publier ce livre, d'ailleurs c'est eux qui m'ont contraint(e) à prendre rendez-vous. Moi, vous savez…).
[2] Magnifiquement réédité par Xavier de Castro et présenté par Geneviève Bouchon, avec un apparat critique d'une exceptionnelle richesse : en deux tomes, éditions Chandeigne, collection « Magellane », 1998. L'extrait de Garcia da Orta est reproduit p. 503 (tome I), dans une note appelée à la première occurrence de l'arbre triste, plusieurs fois mentionné par Pyrard dans son récit. C'est, ici, la traduction de Charles de l'Écluse (publiée en 1619) qui est citée.
[3] L'arbre triste fait l'objet du « Colloque sixième » des simples et des drogues de l'Inde de Garcia da Orta dans la nouvelle traduction de Sylvie Messinger Ramos, António Ramos et Françoise Marchand-Sauvagnargues, collection « Thesaurus », Actes Sud, 2004 ; pp. 73 sq.

 

Femme (amoureuse ?) du Rajasthan (détail), gouache sur papier,
seconde moitié du dix-huitième siècle, Rajasthan.
Fogg Art Museum, Harvard University, Cambridge ; peinture reproduite et commentée dans B.N. Goswany, L'Inde du Tendre, éditions Mazenod, 1987, pp. 64-65.

 

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