blog dominique autie

 

Mercredi 14 novembre 2007

21: 08

 

Scoop
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Vous avez un doute ?
Vous n'avez pas la bonne paire de lunettes ?
Pour agrandir l'image, cliquez ici. 

 

 

 

Entretien dans les prochains jours, ici même, avec Hélène Grillon, rédactrice en chef de Santé Pratique Animaux – qui a fait la connaissance de Mumtaz sur ce blog, tout simplement. Le maître n'a eu qu'à acquiescer…

 

 

Le site Internet de la publication :
www.santepratiqueanimaux.fr

 

 

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Samedi 27 octobre 2007

19: 10

intertresetroit

Potomane !

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[Flagrant délit – Cliquez ici.]

 

 

 

 

 

 

Mumtaz, samedi 27 octobre 2007, neuf heures du matin.
intertresetroit
Clichés Dominique Autié.

 

 

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Dimanche 30 septembre 2007

08: 50

 

Les portes
intertresetroit
[Home cinema III]

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Merci à Émilie L.,
qui m'a permis de
voir ce que voici.

 

[Ce texte est complété par une galerie. Lien sous les notes.]

 

Cher Monsieur Héraclite, on ne voit jamais, non plus, deux fois le même film. Je vous le dis. Projeté en salle, le long métrage se déroule inexorablement ; cadenassé sur mon siège, je n'ai aucun pouvoir sur moi-même, je suis réduit à tenter de n'en rien perdre et, pourtant, l'image fluide m'échappe comme de l'eau trop vive entre les doigts.

J'ai cessé de fréquenter les salles obscures vers l'âge de vingt-cinq ans, pour cette raison. À cette époque, j'entrevoyais à peine le retard pris dans la lecture à cause d'une enfance et d'une adolescence détestées. Le livre était porteur du même effroi : deux lecteurs ne peuvent lire le même livre et soi-même – pour reprendre l'image superbe d'Élisabeth Bing –, on ne nage jamais deux fois jusqu'à la même page.

Pour ce qui est du cinéma, l'électronique et le grand écran de mon ordinateur ont modifié cette donne [1] : seul, opérateur projectionniste et lecteur, le film m'est enfin livré en tant qu'œuvre et non plus comme spectacle.

J'ai vu Tous les matins du monde le 3 janvier 1992 à la séance de vingt-deux heures trente-cinq, dans la salle deux de l'UGC, place Wilson à Toulouse : mon billet est glissé entre le papier cristal et le plat arrière de la couverture du livre de Pascal Quignard. La salle était pratiquement vide. C'était quelques semaines avant l'avalanche d'honneurs dont le film sera couvert par les médias.

Qu'ai-je vu, ce soir-là ? Ce qu'il était suffisant de voir pour dire, le lendemain : J'ai vu Tous les matins du monde, mais dépêchez-vous, ce film ne va sans doute pas rester programmé bien longtemps. Suffisant pour passer exceptionnellement pour le cinéphile que je ne suis pas. Suffisant pour le babil, la sociabilité de surface. Voilà ce que j'abomine dans le cinéma. Je connais par cœur l'argumentaire supposé me faire changer d'avis. C'est trop tard.

Dès que j'ai commencé à visionner l'œuvre d'Alain Corneau, voilà quelques jours, la certitude de n'avoir jamais vu le film que j'allais voir s'est imposée. Et, de fait, j'ai enfin vu : la lenteur de l'œuvre, la succession des plans – comment ne pas les voir ! – composés comme des tableaux de Georges de La Tour ou des natures mortes flamandes, j'ai prêté attention à la diction de Jean-Pierre Marielle (cette réhabilitation du vocable Monsieur à laquelle procèdent les dialogues).

Et j'ai vu les portes.

Mumtaz s'angoisse de toute porte fermée. Elle semble les préférer à peine entrouvertes. Le chat serait la vivante contestation d'un principe hâtivement reçu, que j'ai toujours tenu pour imbécile, Il faut qu'une porte… Non ! l'entrebâillement nous agrée, la passe étroite, le quinconce, le dédale étriqué, l'enfilade – voilà qui sied au chat et à l'homme à chats.

Dans Tous les matins du monde, la vie elle-même semble jouer ses coups décisifs, toujours, entre deux portes. Alain Corneau démontre de magistrale façon qu'il n'y a pas plus peuplé, pas plus humain que le cadre d'une porte. Jamais la perspective désignée par la porte, fût-elle strictement verrouillée, n'ouvre sur rien, jamais sur une absence définitive.

La porte serait le seul dispositif humain qui somme le destin de s'annoncer. La mort n'a jamais le beau rôle de part et d'autre d'une porte  elle se trouve contrainte, à ses abords, d'abdiquer au moins provisoirement la moitié de ses possessions, elle doit en rabattre. On ne claque une porte qu'au nez de la mort. Et c'est entre deux portes (dans le film, cette leçon est clairement assénée) qu'on se dévergonde [2].

Une autre affaire encore : l'interrègne de la porte.

Qui se profile dans l'embrasure se trouve, ipso facto, revêtu de la robe de l'ange messager. Intersigne, interstitielle – Parole, tout humaine, saturée de mystère et de divinité, ni humaine, ni toutefois divine : Je vous garde en raison de votre douleur, non de votre art. Dans la cabane, portes closes, Monsieur de Sainte Colombe énonce ce qui n'est pas un verdict humain tout en ayant ce statut dans le récit, ce que Marin attendait comme parole d'évangile et qui est moins et plus que cela : ce n'est qu'au plan suivant, dans l'entrejour de l'inhumain vantail – une porte de sortie plus exiguë qu'une meurtrière –, que cette parole s'entend.

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Vivre dans l'angle – in angulo – du monde.
Dans l'angle mort – par lequel le visible cesse d'être visible
à la vue [3].

J'avais enchâssé, ici, ce passage des Ombres errantes dans un billet intitulé Encoignures, demi-jour, angles morts. Persistait-il, dans une zone aveugle de ma mémoire, certaines des images du film d'Alain Corneau ? En 1992, je vivais seul dans un petit studio qui m'avait été prêté pour que j'y écrive mon premier roman. Le lien s'impose entre ce que je lis aujourd'hui de la gestion de l'espace dans Tous les matins du monde et un passage, au moins, de Blessures exquises, que j'achevai en 1993. Le livre n'est plus disponible, je joindrai cette pièce au dossier, dans quelque temps.

Qui donc voit le film à notre place ? Qui lit quand nous faisons semblant de lire ?

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Elle feignait de lire. Quand nous lisons, nous feignons toujours de lire [4].

 

 

[1] Voir les deux chroniques que j'ai consacrées à cette expérience : Home cinema 1 (sur Bergman) et Home cinema 2 (sur Klaus Kinski).
[2] Je tiens à confesser l'emprunt.Cf. André Pieyre de Mandiargue, Porte dévergondée, Gallimard, 1965.
[3] Pascal Quignard, Les Ombres errantes, Grasset, 2002, p. 58.
[4] Agustina Izquierdo [Pascal Quignard], L'Amour pur, P.O.L., 1993, p. 188 (ce sont les derniers mots du livre).

 

Galerie
Quelques portes, encoignures et perspectives biaisées
dans Tous les matins du monde [*] :
Cliquez ici.

 

[*] Les clichés qui constituent la galerie liée à cette à page sont des captures d'écran, non recadrées, du film Tous les matins du monde. Sur la page de sommaire, les chiffres sous les vignettes indiquent le minutage de chaque capture. Les légendes des images sont, pour la plupart, empruntées au livre de Pascal Quignard (Gallimard, 1991) à partir duquel il a lui-même écrit les dialogues et, en collaboration avec Alain Corneau, le scénario du film.
Le DVD n'en est plus commercialisé depuis plusieurs années ; il est donné comme à paraître de nouveau au début du mois d'octobre. Si celui-ci me permet de réaliser des images de meilleure qualité que celles obtenues ici, je mettrai aussitôt à jour cette galerie.

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Mardi 11 septembre 2007

07: 51

 

 

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Pietà
intertresetroit
selon Philip K. Dick

 

 

Comme souvent : une simple note en bas de page, dans un essai sur la Bibliothèque nationale de France – qui fera prochainement l'objet d'une contribution à L'ordinaire…. L'auteur cite un bref passage d'une conférence de Philip K. Dick, dont le texte a paru en français avec trois autres [1]. Je suis loin d'être un grand lecteur de science-fiction. Mais une virée sur le site de l'éditeur me convainc : Dick, au fil de ces exposés, aborde dans les années 1970, des thématiques d'une brûlante actualité, selon la figure obligée des débiteurs de saucisses qui rédigent les quatrièmes de couverture dans la plupart des maisons d'édition.

Dans le premier de ces textes, m'attendait une surprise de taille, d'une eau bien plus saisissante qu'un faciès d'E.T. fraîchement débarqué :

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Il arrive que certaines situations angoissantes créent instantanément un être humain là où il n'y avait, quelques minutes plus tôt, qu'une poignée d'argile. Une telle situation peut se lire sur les visages des pietà médiévales : le Christ mort dans les bras de sa mère. Deux visage, en fait : celui d'un homme, celui d'une femme. Étrangement, sur de nombreuses pietà, le visage du Christ semble bien plus âgé que celui de sa mère. C'est comme si un vieil homme était porté par une jeune femme : elle est encore en vie, et pourtant elle est venue avant lui. Il a parcouru, en vieillissant, tout son cycle de vie, tandis qu'elle a le même visage qu'elle a toujours eu, non pas hors du temps, au sens classique, mais capable de transcender ce qui s'est passé. Lui n'a pas survécu ; on peut le lire sur son visage. Elle survit. D'une certaine manière, ils ont traversé ensemble cette épreuve, mais en ressortent changés d'une manière différente [2].

À plusieurs reprises, dans ces quatre textes, Philip K. Dick insiste sur les deux questions qui lancinent ses récits : Qu'est-ce que la réalité ? et Qu'est-ce qui constitue un être humain authentique [3] ? Or, l'hypothèse à l'appui de laquelle Philip K. Dick invoque ici cette singularité du genre pietàqui me fascine de longue date [4] – touche à ces deux préoccupations, et non à la seule genèse de l'humain comme semble l'indiquer l'auteur. Pour mieux dire, la question du hiatus chronologique entre la Vierge et son Fils sur les pietà opère au cœur du concept qui lie les deux problématiques – la réalité et l'humain –, à savoir le Temps :

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Notre discipline, la science-fiction, se soucie de la partie du cycle de vie de notre espèce qui s'étend devant nous. Mais si c'est un véritable cycle, alors, d'une certaine façon, sa partie future a déjà commencé. Ou, tout au moins, nous pouvons, sur une base quasi mathématique, extrapoler précisément les chiffres manquants de la série dont nous représentons le passé. Premier chiffre: la culture de la Terre-Mère. Ensuite, les divinités solaires masculines, avec leurs sociétés strictes et autoritaires, de Sparte à Rome jusqu'à l'Italie et au Japon fascistes, à l'Allemagne et l'Union Soviétique. Et à présent, peut-être sommes-nous parvenus à ce point vers lequel tendaient les pietà médiévales : dans les bras de la Terre-Mère, qui vit encore, la divinité solaire morte, son fils, se trouvant de nouveau dans le silence du retour à la matrice d'où il est issu. Je pense que nous entrons dans la troisième et peut-être dernière séquence de notre histoire, et il s'agit d'une société que notre discipline entrevoit et qui sera bien différente de l'une comme de l'autre des deux civilisations mondiales que nous avons connues par le passé. Ce n'est pas un cycle à deux temps ; nous n'avons pas atteint la conclusion de la période de la divinité solaire masculine après quoi nous revenons simplement à un culte de la Terre-Mère primordiale, que ses seins regorgent de lait ou non. Ce qui gît devant nous est nouveau. Et il est possible qu'au-delà il y ait encore autre chose, quelque chose d'unique et d'encore opaque à notre regard. Je peux voir moi-même jusque-là : la réalisation, l'accomplissement, ou la pietà médiévale comme réalité vivante, notre milieu total, un environnement externe aussi vivant que nous-mêmes - voilà jusqu'où porte mon regard. Pour le moment du moins. Je pourrais m'en contenter ; je serais ravi de m'étendre en somnolant et toujours en vie « invisible mais non point effacé » comme l'écrit Henry Vaughan – dans ses bras [5].

La Terre-Mère plus jeune que le Surhomme – la divinité solaire masculine, soumise à la linéarité du Temps, morte d'épuisement [6]. Philip K. Dick est épiscopalien, c'est-à-dire anglican. La référence à la Bible est constante dans ces pages où l'auteur de science-fiction (dont lui-même reconnaît qu'il ne sait rien – rien de spécifique dû à son activité, ou qui légitime celle-ci dans le registre des sciences exactes) s'interroge sur les expériences qui structurent l'écriture de ses livres : on lira, fasciné, la découverte par Dick de la triple occurrence d'une même scène (la rencontre d'un inconnu à qui l'on rend service) dans un roman qu'il a écrit en 1970, puis dans la vie réelle, avant qu'un prêtre ne lui fasse remarquer que celle-ci – noms des personnages compris – figure dans les Actes des Apôtres (que Dick jure n'avoir jamais lus avant cette date [7]). La pietà ne fait donc pas ici l'objet d'une froide référence érudite d'anthropologue ou d'historien de l'art. Elle s'impose au cœur d'une réflexion intime dans laquelle la pensée religieuse a sa place pour elle-même, en tant que laboratoire d'humanité, si l'on peut avancer cette image, dans l'esprit où Dick dit poursuivre l'humain, comme un limier à la recherche de ses indices.

Je poursuis avec ce texte – j'excède les limites du droit de citation, que l'éditeur me l'accorde, je souhaite lui valoir quelques lecteurs tant ces textes de Philipp K. Dick sont prodigieusement excitants [8]. Car il n'est pas question d'en rester là avec la pietà. Dick continue de tirer le fil :

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Si une pietà peinte voilà mille ans par un artisan médiéval a pu anticiper, par l'art peut-on dire psionique [9] ? – de ce dernier, notre monde futur, alors qu'est-ce qui pourrait aujourd'hui constituer l'équivalent de son oeuvre inspirée et pré-cognitive ? Que possédons-nous actuellement qui soit aussi simple et familier à notre monde du vingtième siècle que ces pietà ordinaires l'étaient à la chrétienté du treizième siècle, et représente le microcosme d'un futur distant ? Essayons d'imaginer tout d'abord un pieux paysan français du treizième siècle en train d'admirer une pietà rustique et y lisant le présage de la société du vingt-et-unième siècle, qui est l'objet de nos spéculations, nous autres, écrivains de science-fiction. Et puis, comme dans un film de Bergman, passons sans enchaînement à … – à quoi exactement ? Quel est le présage que nous sommes en train de lire ?

Cycler – et recycler. La pietà de notre monde moderne : laide, ordinaire, banale, omniprésente. Non pas le Christ mort dans les bras de sa mère éternellement souffrante, mais un monceau de canettes de bière Budweiser en alu, de vingt-cinq mètres de haut, avec des milliers d'autres canettes, en train d'être ramassées par une benne dans un vacarme assourdissant de ferraille, débordant et s'écrasant au sol comme une grêle métallique, tandis qu'une usine homéostatique géante de bière Budweiser, automatisée et informatisée – une auto-usine, c'est le titre que j'ai donné à une nouvelle [10] – presse fermement contre elle les canettes vides pour les recycler et leur redonner vie, avec un nouveau contenu vivant. Exactement comme avant.., ou bien – si les chimistes des labos de bière Budweiser accomplissent le projet divin du progrès continu – avec une bière encore meilleure dedans.

La Pietà, non plus figure originaire d'un monde ancien, mais conjonction active de deux opérateurs du Temps, intervenant depuis l'une de ces réalités situées sur un axe orthogonal par rapport à celui du temps que nous croyons vivre – idée que développe Dick dans l'ensemble de son œuvre –, voilà qui enrichit considérablement le regard que nous pouvons porter sur le chef-d'œuvre de Michelangelo. Isn'it ?

 

© Les éditions de L'Éclat, 1998,
pour les passages reproduits du texte de Philippe K. Dick.

 

[Liens]
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Ma première mise en ligne
sur la Pietà, en novembre 2004.

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*
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Une page du livre de Robert Hupka.

 

 

[1] Philip K. Dick, Si ce monde vous déplait…, anthologie établie et préfacée par Michel Valensi, textes traduits de l'américain par Christophe Wall-Romana, éditions de L'Éclat, 1999.
[2] Passim, notamment p. 186.
[3] « Androïde contre humain » (1972), op. cit., pp. 61-62.
[4] L'un des premiers textes que j'ai mis en ligne, le seul que j'aie publié deux fois – la seconde le Vendredi saint de 2005. Alina Reyes attira mon attention, dans les commentaires, sur le travail photographique réalisé par Robert Upka sur la Pietà de Michelangelo. C'est seulement des mois plus tard que je fis le rapprochement : je disposais, depuis sa parution, du livre (chef-d'œuvre de mise en page et d'impression !) qui rassemble les plus beaux clichés d'Upka, et c'est précisément de ce livre que j'avais tiré la photographie qui ouvrait sur ce texte – la même, dès novembre 2004. J'ai recomposé la page initiale, ces jours-ci, mais on peut toujours consulter le post de mars 2005, avec l'image et le commentaire d'Alina Reyes.
[5] Et les passages cités suivants : Ibid., pp. 71-74 (texte continu).
[6] Sur le thème de la Terre-Mère – ou de la Grande Déesse, je renvoie (pour ceux qui auront le goût de trouver l'ouvrage chez les bouquinistes ou de le lire en bibliothèque) à la belle étude de Jean Przyluski (qui fut professeur au Collège de France), La Grande Déesse, Introduction à l'étude comparative des religions, Payot, « Bibliothèque historique », 1950. Par ailleurs, les éditions Albin Michel ont fait paraître en 1998 un ouvrage de Shahruch Husain (traduit de l'anglais par Alain Deschamps), La Grande Déesse-Mère (collection « Sagesses du monde »). Le volume est richement illustré, dans une maquette qui est une stricte copie conforme de la charte graphique de Pierre Marchand pour la collection « Découvertes » de Gallimard. Mais ce livre, pourtant utile comme porte d'entrée dans ce vaste et difficile sujet, est donné comme définitivement indisponible sur les sites de vente en ligne.
[7] Dans « Comment construire un univers qui ne tombe pas en morceaux au bout de deux jours » (1978), ibid., pp. 183 sq.
[8] D'autant que cette édition de conférences de Philip K. Dick présente la particularité d'un appareil critique – au demeurant fort intéressant – établi par Michel Valensi, qui est directeur des éditions de L'Éclat. L'éditeur est donc ici editor et publisher (why not ? l'expérience, j'en témoigne, peut être féconde et, surtout, elle me semble emblématique d'un mode de gestion de l'édition dans lequel l'entrepreneur est comptable – parce que compétent – des contenus qu'il publie). Il renvoie presque exclusivement, dans ses commentaires, à des ouvrages publiés par sa propre maison d'édition. Cela va des fragments d'Héraclite (L'Éclat a fait paraître la traduction française de l'édition de Giorgio Colli) à des travaux sur Emerson. Pour comprendre Philip K. Dick et, plus largement, s'instruire, il suffit donc d'acquérir en bloc le fonds des éditions de L'Éclat. Ne vous manquera que la Bible et deux ou trois autres babioles, disponibles dans le domaine public. Ce petit coup de griffe n'atténue pas les mérites de cette maison d'édition, qui sont grands et précieux.
[9] La psionique désigne l’étude des phénomènes dits paranormaux liés au fonctionnement du psychisme : hypnose, télépathie, télékynésie…
[10] « Autofac » (1955), traduction française publiée dans Nouvelles (1953-1963), Denoël, Paris, 1997.

 

 

Pietà, ca. 1400, sculpteur allemand anonyme.
Statue polychrome, hauteur 75 cm. Bayerisches Nationalmuseum de Munich. D.R.

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Dimanche 29 juillet 2007

16: 34

 

Du drapé,
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à Ravenne

 

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Debout, face au spectateur, bras levés et mi-ouverts, figure féminine, l'orante est une des images que l'on rencontre le plus fréquemment dans le répertoire que constituent les parois des galeries, des chambres et des niches catacombales. Mais si la plupart [des autres figures picturales] sont encore vivantes, celle de l'orante semble avoir connu une désaffection à la mesure de son succès des premiers temps de l'ère chrétienne. Cet abandon n'est pas la moindre des questions qu'elle suscite [1].

Sur ce bref « chapeau » introductif et ce cliché, s'ouvre l'article le plus singulier d'un double ensemble d'études [2] qui, en ces jours de lecture fragmentée et de fatigue massive, s'ajuste à mon temps et à mon humeur.

L'auteur, professeur d'archéologie chrétienne aux Pontifico Instituto Regina Mundi à Rome, se livre à un passionnant inventaire raisonné de la figuration de femmes – et de quelques sujets masculins –, abondamment présente jusqu'au quatrième siècle dans l'art paléochrétien sans qu'on puisse, de façon certaine, lui attribuer un contenu sémantique stable, univoque, cohérent avec les autres représentations qui, le plus souvent l'accompagnent – la figure du pasteur, notamment. Pas plus que ce dernier n'a pour fonction de renvoyer de façon systématique au Bon Pasteur du Nouveau Testament, l'orante « anonyme » n'affiche de parenté symbolique explicite avec la Vierge ni quelque personnage biblique. La posture toutefois, recommandée et commentée par les textes (Origène, saint Cyprien, saint Augustin), se retrouve, à la même époque, dans des peintures et en illustration d'inscriptions où des prophètes (Daniel et ses lions) et des orantes bibliques (Suzanne, la Vierge…) sont clairement identifiés. Pour ajouter au doute, divers sites archéologiques ont livré des orantes entourées de symboles et de thèmes picturaux païens.

Ce qui constitue, cependant, l'intérêt singulier de l'orante est sa « disparition » – son retrait de la scène picturale – au cours du quatrième siècle. Rendons hommage à Alice Mulhern, qui évoque cette interrogation comme un mystère, tant il est rare et précieux qu'un historien de l'art s'avoue dépourvu de thèse péremptoire devant une œuvre. L'histoire de l'art est une fiction : pour m'accompagner dans la villa des Mystères de Pompéi, sans la moindre hésitation je convoque Pascal Quignard, non quelque fonctionnaire du CNRS. Pour Angkor, Malraux. Le récit que m'offre Alice Mulhern suffit à ma délectation de l'orante. D'autant qu'elle termine son exposé en ouvrant une bien troublante piste.

Elle relève qu'une mosaïque incluse dans la décoration de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf de Ravenne, réalisée au quatrième siècle, porte les traces résiduelles d'une reprise : supposée avoir été exécutée après l'avènement de l'empereur Théodose, fin 378, la correction a substitué aux corps initialement figurés entre les arcades du palais des rideaux noués près de leur base. Subsistent toutefois le sommet du crâne et les mains des personnages congédiés sur plusieurs colonnes. Alice Mulhern, qui a ses raisons, je suppose (la position des mains ?), nous dit qu'il s'agissait d'orantes : Dans les arches du palais, il y aurait eu des images d'orantes. Quelque temps après le travail original, pendant la période byzantine disons, les orantes disparurent et furent remplacées par des dessins de rideaux, gracieusement drapés dans chacune des arches. Les orantes ne plaisaient-elles plus ? Pourquoi ? Les files de saints et de martyrs qui occupent le reste de l'espace au même niveau n'ont pas mérité un pareil traitement. Ils ont survécu jusqu'à présent. Si on comprenait la raison pour laquelle on a effacé ces seuls symboles d'orante, on aurait peut-être la clé de tout le symbolisme de l'orante [3].

Un site en italien (langue que je ne lis pas) semble privilégier la thèse que ces personnages aient été des adeptes du culte d'Ariane – preuve qu'il convient surtout de s'en tenir à l'analyse qui, d'emblée, vous séduit ! et je n'ai pas une minute pour me plonger dans Le Premier Art chrétien d'André Grabar [4] afin d'y vérifier qu'une troisième hypothèse, c'est probable, prévaut pour ce spécialiste-là.

Ces corps dérobés, dont la présence, loin d'être gommée, est accusée par leur reliquat – ou leur excédent : ce que la forme du linge ne peut couvrir – anticipent ceux que nous ont légués les drapés de Gaëtan Gatian de Clérambault. Je songe à l'instant que si l'impeccable clinicien de « Passion érotique des étoffes chez la femme » avait opéré en d'autres temps et lieux, il aurait peut-être conçu de véritables compositions architecturales – des arches, des cloîtres, des nefs de corps envoilés, des cathédrales d'orantes dont la raison d'être – la langue ? – serait cependant restée tout aussi inintelligible que ses drapés marocains et les spectres de Ravenne.

 

 

[1] Alice Mulhern, « L'orante, vie et mort d'une image », Les dossiers de l'archéologie, n° 18, 1976, pp.  34-47.
[2] Les dossiers de l'archéologie, n° 18, septembre-octobre 1976, et n° 19, novembre-décembre 1976. Trouvaille heureuse entre toutes, chez un bouquiniste, que ces deux livraisons successives parues il y a trente ans : consacrées aux vestiges du premier art chrétien, aux catacombes et à l'élaboration de la symbolique picturale et mobilière dans les sépultures souterraines d'Italie et du bassin méditerranéen, elles offrent un ensemble cohérent d'articles d'un grand intérêt. Tous les contributeurs avaient participé aux travaux du neuvième congrès international d'archéologie chrétienne qui s'était tenu à Rome l'année précédente. Destinée au public non scientifique, une telle publication n'avait pas encore obtempéré à l'injonction d'alléger ses contenus, de ne retenir qu'une iconographie flashy pour réduire le texte à un vague légendage racoleur – cela pour élargir son lectorat à un grand public dont j'ai déjà rappelé ici – dix fois, ce ne sera que la onzième – qu'il n'existe que dans la mythologie cachectique des forces de vente.
[3] Ibid., p. 47.
[4] Gallimard, 1966, collection « Univers des Formes ».

 

 

En ouverture de la page : Basilique Sant'Apollinare Nuovo à Ravenne,
Le palais de Théodose le Grand,
mosaïque, premier quart du quatrième siècle.
Cliché : foreverfreebird2 sur Travel Webshots, D.R.

 

 

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