blog dominique autie

 

Vendredi 10 février 2006

05: 51

 

Écriture

 

manusc_pe_autie
Zoom

 

 

Son écriture des derniers temps.

 

 

Aurais-je été son médecin, il me suffisait de le regarder écrire. J'aurais pris la mesure de la force intérieure que mon patient opposait à la maladie.

Je médite cette évidence : même quand il fut dans la force de l'âge, quand sa main était ferme, son écriture n'avait pas pour première vertu la lisibilité immédiate. Il convenait d'entrer dans cet ordre sévère – éminemment esthétique – qu'était le feuillet rédigé de sa main (la lettre, mais encore la simple liste, le pense-bête qu'il avait préparé à votre intention, le chèque). Il fallait aller à lui, à sa pensée, aux mots en cheminant le long de ses lignes parfaitement tracées – toujours sensiblement tombantes, et je ne dénierai pas au graphologue ses raisons : il y avait sans doute des aires de basse pression chez cet homme, dans sa spiritualité.

Comment ne pas songer aux copistes médiévaux ?

Écrire était l'une de ses multiples façons de prier.

 

 

[Peut-être.]

 

 

 

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Lundi 12 décembre 2005

06: 35

 

Kaddish

 

vitrine
Zoom

 

 

En prononçant le kaddish, nous louons D.ieu. Pourquoi ? Il est facile de glorifier D.ieu quand tout va bien. Mais quand on éprouve de la peine, c’est beaucoup plus difficile. En récitant le kaddich, on reconnaît qu’Il a un plan suprême pour le monde, que chacun a un rôle unique à jouer dans ce plan et que le plan est bon. En se souvenant du bien-aimé de cette façon, on marque ainsi que la relation qu’on avait avec lui a totalement changé. Tant qu’il était dans ce monde, chacun de nous deux bénéficiait de la relation « donner et prendre ». Maintenant qu’il est dans le monde futur, on ne peut plus que donner. Au moyen du kaddish, on loue D.ieu d’être maintenant le lien vital de ce nouveau rapport. (Source : ww.lamed.fr)

 

Le rituel juif dispose, pour aborder et mener le deuil d'un être aimé, d'une stratégie magnifique. Celle-ci prévoit deux prises de paroles aux réunions qui marquent le mois puis l'année après la mort du père. En la seconde consiste la sortie de deuil.

Pour clore ce deuil, je veux dire ce que transmet la mort du père, qui touche à la frontière entre la vie et la mort. Frontière étrange qui d'abord est atteinte, puis fragilisée, mise en question, rendue très sensible. […] La mort du père prend donc place dans le passé, devient elle-même souce de passé et de temps. Et à cette source brille un point mystérieux : qu'est-ce qui passe du père au fils ? Pourquoi le père, cet être bizarre qui donne si peu de corps, est-il au centre de la transmission ? Certes, il fut un tiers, entre mère et fils, c'est même pour ça que certains lui en veulent, et que d'autres lui sont reconnaissants. Certes, on peut aussi dire qu'il a la charge de faire l'idiot même s'il ne l'est pas, pour imposer certaines limites, à charge pour ceux qui peuvent de jouer avec. Mais tout cela semble un peu théorique et n'éclaire pas le mystère [1].

L'année a passé, jour pour jour, il me semble n'en être pas sorti – devoir n'en jamais sortir, faute d'un Dieu à qui faire don de son absence.

J'ai aménagé, à l'entrée de la bibliothèque, une petite vitrine, un mausolée à mon deuil impossible. Un moulage en réduction de la déesse-chatte Bastet exposée au Louvre, un cartel sur lequel est indiqué que cette pièce lui est dédiée entourent un portrait de lui. Jusqu'à la toute fin du mois dernier, tous les prétextes ont été bons pour ne pas revenir dans l'appartement – jusqu'à ne pas ouvrir le courrier qu'un voisin bienveillant me réexpédie avec assiduité (un avis d'huissier m'a rappelé à l'ordre in extremis : gisait toujours parmi la pile sa dernière facture de téléphone, huit mois après que la ligne a été coupée).

[Il conservait, après en avoir soigneusement cisaillé la partie supérieure, la plupart des enveloppes à fenêtre qu'il recevait des administrations. Il y conservait les timbres qu'il avait décollés et fait sécher, avant de les placer dans les albums.

 

enveloppes

 

J'avais connaissance de ces dizaines d'enveloppes maintenues verticales dans des couvercles de boîtes à chaussures leur servant de support, entreposées sur les étagères d'un meuble de son bureau. Je suis tombé, il y a quinze jours, sur la réserve de ces enveloppes. Beaucoup étaient fort anciennes, d'un format et d'un papier que l'on n'utilise plus depuis des lustres. Il a fallu jeter, cela par excellence – petit pas prudent sur le chemin du deuil, des centaines, un millier sans doute de ces custodes à jamais vides de toute présence réelle. Tout juste en retrouvera-t-on une pincée parmi mes biens, dans une chemise en carton léger délavé par le temps.]

 

 

 

Galerie
Histoire d'un visage

 

Je remercie Guy Autié. Avec une affectueuse pudeur, il m'a offert, au fil de cette interminable année, quelques-uns des documents que je reproduis ici.

 

 

[1] Daniel Sibony, Requiem pour un père mort, repris dans Événements III – Psychopathologie de l'actuel, Le Seuil, 1999, pp. 394-395. Daniel Sibony est né à Marrakech, dans une famille juive habitant la Médina. L'arabe est sa langue maternelle, sa langue culturelle l'hébreu biblique. Il apprend le français à l'âge de cinq ans. Il émigre à Paris à l'adolescence. Docteur d'État en mathématiques, Daniel Sibony est psychanalyste profane (non-médecin).

 

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Mercredi 10 août 2005

06: 43

 

Demeure dernière

 

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Marie Valarché, Pastel (détail)

Voir le pastel en son entier : cliquer ici ou sur le détail.

 

Je suis entré à nouveau dans l'appartement. Non plus par obligation administrative mais, cette fois, pour me colleter avec le réel des lieux et des objets. Sur la grande table de la salle à manger, son matériel de reliure était en l'état où il l'avait laissé, un soir de décembre : le pot de colle ouvert, deux pinceaux fossilisés plantés dedans. Quand j'ai refermé derrière moi, dimanche, la table était débarrassée. Le dernier repas était enfin desservi.

J'ai décroché des murs les quatre pastels de Marie Valarché. Je l'avais pressenti : les rapporter – ou, plutôt, les arracher à sa demeure dernière à lui pour les conjoindre à ceux qui sont accrochés ici – constituait bien un geste décisif. Le fruit d'une décision nécessaire, en tout cas. Mon intime relation à mon père mort, désormais, se joue hic et nunc, dans ce lieu où j'habite, où je travaille, où j'écris, et non plus dans ce cénotaphe de la proche banlieue parisienne où j'ai failli, depuis décembre, cadenasser mon souffle avec mes larmes.

J'ai pris aussi quelques-uns des livres dont il a supervisé l'impression, l'un des albums de sa collection de timbres afin de statuer sur le destin de celle-ci, un superbe Christ baroque que son neveu Jean, le fils de Marie Valarché, lui avait offert il y a peu de temps en souvenir de sa sœur, un nouveau volume parmi la vingtaine qui subsiste là-bas de nos photographies de famille (j'en avais déjà extrait plusieurs, avant de regagner Toulouse juste après l'enterrement). Et, pour conjurer toute dramatisation importune, j'ai roulé dans une feuille de Sopalin le bec verseur promotionnel de la bouteille d'huile d'olive entamée, un accessoire épatant offert par Puget il y a une dizaine d'années pour l'achat d'un pack de deux litres de leur huile Première pression à froid. Un objet que j'ai obstinément envié à ma mère, les dernières temps de son règne. [J'ai jeté l'huile, qui avait dépassé la date de péremption.]

Et j'ai repris la route, dans l'autre sens.

J'ose cette hypothèse : dans ce qui m'a tétanisé ces derniers mois, entrerait pour une part non négligeable mon refus d'obtempérer à l'injonction d'un quelconque devoir de mémoire. Et Dieu sait combien de fois j'ai vu venir de loin, sous l'affabilité de la sympathie, ce rappel de la posture formatée, affectivement correcte, inventée de toutes pièces par une civilisation qui refuse à la mort tout accès organique à sa langue mais se vautre dans la nécrophilie au premier talk show venu.

Mon père compte au nombre des êtres qui nous font vivre, non par la mémoire, mais par le désir et par l'énergie d'aimer qu'ils continuent d'inspirer – d'agiter – en nous. Le temps du premier chagrin dépassé, c'est moins à eux qu'au monde que se destine et s'applique, à travers eux vivants en nous, cette énergie. Je vais enfin pouvoir me livrer à la précieuse ambivalence du deuil, à sa saveur de douce-amère – je m'étais trompé sur un point, en janvier : rapporter les tableaux de Marie Valarché n'aura pas été l'ultime station de mon cheminement de deuil mais, sans doute, son geste inaugural.

Le devoir de mémoire, c'est la mort à l'œuvre, qui ne veut plus dire son nom. C'est la mort hors la langue. La mémoire, telle qu'on nous la revend ces temps-ci, c'est du posthumain, de l'affect pour clones. Sur mes sept cents kilomètres d'asphalte, c'est de l'amour en barres que je convoyais dans mon coffre de voiture.

 

 

 

 

Vendredi 21 janvier 2005

05: 17

 

Marie Valarché

 

Marie Valarche

 

Marie Valarché était la sœur de mon père. Ce cliché appartient à ceux que j'ai extraits des albums familiaux que nous avons feuilletés ensemble fin novembre, quinze jours avant sa mort – que rien ne laissait entrevoir si proche, ce jour-là.

Cet univers de secrets tus, de souffrances et de joies que de tels êtres rendaient lumineuses, je crois pouvoir affirmer qu'il était hostile à ma mère. Ce silence la contournait et j'appris, sans qu'il fallût me l'enseigner, des voies de contournement à mon usage – moins retenues, moins édifiantes que la paix absentée – je ne trouve pas d'image moins problématique, ni plus juste, me semble-t-il – que mon père opposait aux pouvoirs domestiques : aux murs de notre maison, les natures mortes de ma tante donnaient [comme donne une fenêtre sur un paysage] sur un espace et un temps dont mon père, sans me l'avoir jamais confirmé autrement qu'à travers une admirable constance dans son attachement muet aux œuvres de sa sœur, semblait m'indiquer qu'il s'agissait de l'espace et du temps qu'il s'était efforcé d'inventer et de préserver afin de me les transmettre en héritage.

De fait, j'ai dû employer mon existence à tenter de donner forme (mentalement, pour la plus large part, puis avec les moyens du bord entre les murs que j'habite) à un univers dont ces deux êtres avaient rêvé et que je crains si souvent de froisser en prétendant m'en approcher : une présence attentive au monde dite dans un commerce d'un subtil raffinement avec les objets, dans la joie intime de créer et une infinie réserve dans le goût de transmettre (cette pudeur dont l'absence signe l'obscène vulgarité de la pédagogie qui affiche ses bons sentiments). Je suis issu d'un monde d'artistes constitué par les circonstances en société secrète. Si Marie connut des loisirs et une aisance sociale que mon père n'aurait pas songé à revendiquer, tous deux respiraient la même modestie face à leur œuvre – et à de tels êtres l'existence, jusque dans ses instances les plus ternes, tient lieu d'œuvre ; ce peut être leur drame, c'est assurément leur gloire.

Cette gloire prévaut dans les quelques pastels de Marie Valarché qui rehaussent ces lieux où je travaille et vis à la fois. Ils font échos, répondent d'une même voix à ceux que mon père a regardés jusqu'à son dernier souffle et dont je pressens que les réunir ici sera l'ultime station de mon cheminement de deuil. Un bouquet de fleurs coupées, un vase qui s'efface sous les corolles (dessiner, poser les couleurs est geste de courtoisie, dirait-on, chez cette femme – et j'y reconnais les mains de mon père organisant le même bouquet fraîchement cueilli dans notre jardin de Sceaux –, le plateau d'une crédence à peine esquissé… le casting est immuable. J'ai vu un antiquaire de passage ici enlever ses lunettes pour déchiffrer la signature et s'arrêter au bord de me demander si je tenais à ces merveilles qui feraient la joie de certains de ses clients.

Les pastels de Marie Valarché ont été exposés dans plusieurs salons enviés, me dit mon père. Marie ne les refusait pas, mais ils paraissent à jamais réservés dans une aura de secret. La vitre qui protège leur vulnérabilité m'interdit de les photographier pour les reproduire. Je rêve qu'un jour un inconnu sonne ici, me tire en pleine journée d'un travail urgent pour me demander de les regarder quelques instants.

Il me semble avoir surpris, les dernières années de sa vie, quand nulle ne s'interposait plus dans nos dialogues tacites, que mon père jetait toujours un bref regard sur l'un des pastels de sa sœur quand il entrait dans une pièce. La maladie l'avait courbé, le buste devait acquiescer dans un effort à l'intention des yeux – l'inverse de qui s'incline devant un autel ou une icône, mais c'était bien une manière de piété qui prenait le dessus sur l'ankylose, le temps de ce regard votif.

Une intuition me saisit à l'instant par la tignasse : et si, de mes premières compulsions à noircir du papier – dans le propos résolu d'être lu – jusqu'à ce blog, il ne s'était agi que d'une tentative de transcrire ce que la taciturnité de cet homme recelait ? De me glisser à l'intérieur de sa bogue de silence pour goûter sur mes lèvres et mes dents la pulpe d'un monde enviable, pour l'essentiel inaccessible – ou perdu ? Si je n'étais, péniblement, que l'écrivain qu'il n'a pas été ? – dont les textes, en douterais-je un seul instant, auraient partagé la ferme allégresse des natures mortes que composait sa sœur sur le pur chiffon à grain.

Tant il me semble, soudain, être bien près d'écrire enfin comme Marie Valaché travaillait ses pastels, qu'un simple effleurement, un souffle, suffiraient à gommer.

 

 

Marie Valarché, s.d., archives familiales.

 

Dimanche 19 décembre 2004

07: 57

 

Éloge de la main

 

Paul-Emile Autie

 

Il disait parfois, sur un ton entre l’excuse et le précepte : « La patience ne s’enseigne pas. » Il y avait sa main, posée en équilibre sur le rebord de la table. Pourquoi songer alors à considérer avec attention cette partie de lui-même ? On était à table, on maniait fourchettes et couteaux, on reposait le verre qui heurtait la faïence de l’assiette, ou du saladier au centre de la table. On parlait pour ne rien dire, avec des corps qui ne restaient pas en place. Aujourd’hui, c’est l’image de sa main, qui tenait en attente une bouchée de pain ou qui, ayant abandonné un instant le couteau, respectait la position même qu’il exigeait pour les poignets devant le clavier : l’énergie orientée vers le métacarpe, sans raideur, une mise à disposition de tout le membre au profit des doigts qui pourraient ainsi mobiliser dans l’instant toute l’intelligence du corps, œuvrer sans entrave. C’était le contraire d’un affût, de la concentration avant la performance chez le sportif ; mais plutôt une austère disponibilité dont on imagine à présent qu’elle était, le moment venu, la condition nécessaire du geste, de la juste force imprimée à la clé pour hausser la note à son niveau, sans approximation ni repentir, afin d’éviter à la corde tout travail inutile qui l’eût rendue plus malléable encore aux effets conjugués du marteau, de la chaleur et de l’humidité. Voulait-il dire qu’il n’était pas question d’inculquer une vertu, une sorte d’antidote aux agacements, aux impatiences du jeune âge, mais qu’il y avait là une stricte affaire de posture ? Sinon, comment le souvenir de cette main aurait-il pu traverser les années ? Une main qui ne devait pas sa clairvoyance, la précision de ses gestes à l’exercice de la vue mais semblait – la patience même ! – déchiffrer sa conduite sur une portée enfouie au plus profond de l’être. Une main en perpétuelle écoute.

Il arrivait que le ton montât, pour de l’eau renversée sur la nappe, pour une sottise, un écart. Dans son immobilité, la main devenait inquiétante. L’a-t-on vue trembler, sur le point de céder à une colère hâtive, pressée par l’injonction de sévir qu’on proférait en haut lieu ? « Tu ne vois donc pas ce qu’ils font ! » L’enfant, plus que tout, redoute l’impassibilité contre laquelle viennent échouer ses angoisses et ses frasques.

Il advint, une fois, que cette main frappa. Elle n’y fut pas engagée par un verdict extérieur. Elle ne fut précédée par nul signe avant-coureur. Elle procéda avec une rigueur concise. La chronique retint que l’impact en fut visible pendant plus d’une semaine sur le haut des cuisses et qu’il fallut, malgré la belle saison, remplacer le short par un pantalon de survêtement afin de ne pas ajouter au saisissement par un affront public. Quant à ce qui provoqua l’incident, tout en s’avouant que quelque chose sonnait faux ce jour-là, on n’aurait su dire quelle corde, qui s’était soudain relâchée, avait été l’objet de cette brève et terrible séance d’accordage.

Que sait-on, enfant, des mains du père ? Il semble, soudain, qu’un tel savoir provienne d’un autre temps – bien plus proche, si l’on y réfléchit, mais qui cependant s’épuise à fixer sur un passé lointain des intuitions, des fulgurances irrecevables telles quelles à l’instant où elles s’imposent.

 

Paul-Émile Autié, Cliché J. A., juillet 1998.
Le texte de la présente chronique est un extrait du Clavier bien tempéré, Éditions Michel de Maule, février 2004, pp. 42-44. Ce roman lui est dédié.

 

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